Hommage de France Amérique Latine à Monique Markowicz
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 Infatigable Monique… tu vas beaucoup nous manquer !

C’est avec avec une grande tristesse que France Amérique Latine a appris la disparition de notre camarade Monique Markowicz. Avec elle, nous perdons une militante de la première heure de notre association. Elle est restée fidèle jusqu’au bout à son idéal révolutionnaire et attachée aux valeurs de solidarité que nous partageons. Nous souhaitons lui rendre hommage et saluer sa mémoire.  

À Valparaíso, premier port et deuxième ville du Chili, Monique Markowicz était plus connue sous le nom de « la Monique des Droits de l’Homme ». Depuis plus de vingt-cinq ans, au sein de la Commission des Droits de l’Homme (CDH), elle se battait pour défendre les droits des opprimés. Les prisonniers politiques bien sûr, derniers souvenirs de la dictature, mais aussi les Mapuche, indigènes du Sud du Chili qui réclament leur droit à la terre. Chez-elle, Monique nous recevait au coin du poêle, entre un portrait de Pablo Neruda et une nappe aux motifs provençaux. « Je suis internationale, s’amusait-elle à dire; un peu française, un peu chilienne. » 

Née à Paris, de parents polonais, communistes, et juifs, elle échappa de peu, pendant la seconde guerre mondiale, à la maison d’Izieu qui cachait des enfants juifs. Sa mère se ravisa au dernier moment, ce qui lui sauvera la vie. Depuis son inscription aux Vaillants, organisation de jeunesse liée au Parti Communiste, elle ne cessa de militer. À 12 ans, elle se coucha sur les rails pour arrêter les trains qui transportaient les soldats partant pour l’Indochine. À 13 ans, elle intègra les Jeunesses Communistes (JC). Elle entendit parler du Chili pour la première fois, à l’occasion de l’interdiction du PC chilien, en 1947, par González Videla. Pablo Neruda, le grand poète, rentra alors dans la clandestinité. Elle se mit alors à vendre des traductions de son Canto General.

En 1970, le Chili revient à la une. Salvador Allende arrive au pouvoir par les urnes. Un rêve qui tourne vite au cauchemar avec le coup d’état d’Augusto Pinochet, le 11 septembre 1973. Très vite, les premiers exilés politiques chiliens arrivent à Paris. Monique intègre l’association France-Amérique latine, qui accueille les réfugiés politiques. Elle les aide à trouver un logement, à remplir les formulaires de demande d’asile, à apprendre le français, tout en se battant pour la libération des prisonniers politiques là-bas. De nombreux artistes chiliens trouvent refuge à Paris. Monique côtoie notamment Osvaldo Torres, le fondateur du groupe de musique folklorique Illapu, avec qui elle restera amie.

En 1980, elle part au Chili pour évaluer les besoins réels de la population sous la dictature et  s’installe à Santiago, la capitale, d’où elle défend la cause des prisonniers politiques, avec l’aide de la consule de France. Pour la couvrir, un ami avocat l’embauche comme secrétaire.

Une perquisition de la police l’oblige à quitter Santiago pour Quilpué, un petit village proche de Valparaíso, où la mère d’un étudiant chilien rencontré à Paris l’accueille : « C’est là, dira-t-elle, qu’a commencé mon histoire avec Valparaíso ». Elle deviendra professeur de français dans un collège anglo-français. Mais la police ayant retrouvé sa trace, elle devra rentrer en France.

À Paris, elle continue à aider les réfugiés latino-américains. Naturellement, on lui confie les demandes d’asile des réfugiés chiliens. Mais elle ne rêve que d’une chose : repartir au Chili. Elle le fera en 1988, pour s’y installer définitivement. Elle pose ses valises à Viña del Mar, ville balnéaire voisine de Valparaíso, où elle intègre la Commission des Droits de l’Homme. Bravant l’interdiction, ignorant les mises en garde, elle installe tous les samedis une exposition dénonçant le sort des prisonniers politiques. Elle est filée par la police, reçoit des menaces de mort, mais tient bon. Tout son temps sera désormais consacré aux prisonniers politiques : depuis mars 1990, le Chili est certes officiellement une démocratie mais les derniers détenus politiques de la dictature ne seront libérés qu’en 1994.

Puis Monique se bat pour une autre cause : celle des Mapuche, indigènes du sud du Chili qui réclament leur droit à la terre face aux expropriations au profit des grandes entreprises forestières. 

Monique a toujours cherché, notamment dans la dernière période, à rejeter les rivalités entre organisations de gauche :  « Il faut qu’on arrive à oublier un peu ce qui nous sépare, et à travailler ce qui nous regroupe », affirmait-elle. 

France Amérique Latine tient à transmettre à la famille de Monique, à ses enfants, à ses petits-enfants, à ses proches, à ses ami-e-s, qui sont aussi les notres, nos plus sincères condoléances. Nous sommes fier.e.s de l’avoir comptée parmi nous et c’est avec beaucoup de peine que nous la voyons partir. ¡Monique, presente! ¡Ahora y siempre! Hasta la Victoria siempre !

Fabien Cohen, secrétaire général de FAL

Paris le 25/06/2018

Lire également le portrait de Monique publié il y a deux ans par Marion Bastit

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