🇭🇳 Honduras. Dix ans d’impunité pour l’assassinat de Berta Cáceres (Amnesty International / COPINH)
Dix ans après l’assassinat de Berta Cáceres, sa famille et le COPINH n’ont que partiellement obtenu justice. Les commanditaires du crime restent impunis et les conditions structurelles ayant mené à ce drame n’ont pas évolué : chaque année des personnes défendant l’eau et les forêts au Honduras continuent d’être victimes de violences et tuées. « Combien de temps cela va-t-il encore durer ? » a déclaré Ana Piquer, directrice pour les Amériques à Amnistie internationale.

Il est temps de faire en sorte la vérité soit établie et la justice rendue
Le Groupe interdisciplinaire d’experts indépendants a été créé en février 2025 avec pour mission d’analyser et de renforcer l’enquête sur l’assassinat et les crimes connexes, et de proposer des mesures de réparation et des garanties de non-répétition.
Son rapport final non seulement conclut que l’assassinat de Berta Cáceres était prévisible et aurait pu être évité, mais identifie également de graves lacunes dans l’enquête, qui encore aujourd’hui entravent la quête de justice. Le Groupe interdisciplinaire d’experts indépendants présente des pistes concrètes en vue de faire avancer l’identification des personnes ayant planifié et financé le crime, ainsi que les défaillances structurelles qui ont permis qu’il se produise. Il propose également un plan de réparations intégrales pour la famille de Berta Cáceres et pour le Conseil civique d’organisations indigènes et populaires du Honduras (COPINH), l’organisation dont elle était coordinatrice.
Amnistie internationale appelle instamment les autorités honduriennes à étudier attentivement les recommandations du rapport et à lever tous les obstacles qui ont entravé l’élucidation complète de l’assassinat. À partir des pistes d’enquête proposées sur les commanditaires du crime, les autorités doivent poursuivre les enquêtes jusqu’à ce que la responsabilité pénale de toutes les personnes impliquées soit établie.
La responsabilité ne s’arrête pas à l’État
Selon l’organisation Global Witness, le Honduras reste l’un des pays les plus dangereux au monde pour les défenseur·e·s de l’environnement. Le COPINH, dont Berta Cáceres était coordinatrice lorsqu’elle a été assassinée, avait dénoncé les irrégularités et atteintes aux droits humains liées à la mise en œuvre du projet de barrage hydroélectrique d’Agua Zarca et organisait une manifestation pacifique contre la construction du barrage sur le territoire lenca.
Amnistie internationale appelle également les États dont les institutions financières ont participé au projet d’Agua Zarca à mener une analyse approfondie des conclusions du Groupe interdisciplinaire d’experts indépendants et, le cas échéant, à prendre des mesures en conséquence.
Amnistie internationale rappelle que les États ont l’obligation de protéger les droits humains, y compris en ce qui concerne les actions d’acteurs privés comme des entreprises. Cela implique de mener des enquêtes efficaces sur les allégations d’atteintes aux droits humains commises par des entreprises et, le cas échéant, d’en traduire les responsables en justice. (…)
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Berta Cáceres : dix ans d’héritage, de résistance et d’espérance (COPINH / Traduction CDHAL)
Le Conseil civique des organisations populaires et autochtones du Honduras (COPINH), à l’occasion du dixième anniversaire du décès de la camarade et fondatrice Berta Cáceres, élève sa voix devant le peuple hondurien et le monde entier.
Leer en español : Berta Cáceres: diez años de luz, rebeldía y justicia

Berta triomphe malgré sa mort
Dix ans après sa disparition, Berta Cáceres demeure une lumière et une source d’inspiration. Malgré les tentatives pour la réduire au silence, sa voix résonne aujourd’hui avec encore plus de force dans les luttes du peuple Lenca et de nombreux peuples à travers le monde. Elle nous apprend et nous appelle à affronter la guerre, les inégalités et l’oppression avec espoir, courage et lucidité politique.
Son parcours démontre qu’il est possible de résister aux intérêts étroits des grands capitaux nationaux et internationaux. Son héritage en est la preuve vivante.
La vérité est irréfutable, la justice est nécessaire
Aujourd’hui, il n’y a plus aucun doute : le crime commis contre Berta Cáceres a été perpétré sur ordre de puissants intérêts économiques, notamment ceux de Jacobo Atala, José Eduardo Atala, Pedro Atala et Daniel Atala Midence, avec la complicité de l’État du Honduras et l’appui financier de la banque néerlandaise FMO ainsi que de la CABEI.
La vérité a été établie par des experts internationaux ; il ne reste désormais qu’à suivre le chemin inévitable de la justice.
Berta nous appelle à l’unité
L’héritage de Berta Cáceres est un puissant appel à l’unité sous le signe de la dignité. Il invite à une organisation communautaire sincère, à l’éveil du peuple Lenca et à un engagement profond envers la défense de la vie. C’est aussi un appel à renforcer notre cohésion, à reconnaître et dépasser nos propres erreurs, et à pratiquer une autocritique constructive. (…)
(…) Lire la suite du communiqué du COPINH ici
Pour rappel, voir notre dossier sur Berta Cáceres