L’espérance d’une “Colombie humaine” est née (Sergio Coronado/Politis)
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Sergio Coronado, ex-député des Français d’Amérique latine, revient, depuis Bogotá, sur l’élection présidentielle colombienne qui a mené Ivan Duque, candidat d’une droite radicale, au pouvoir, et sur l’exploit de Gustavo Petro, dont la candidature progressiste a recueilli 41,8 % des voix.

La Colombie apparaît souvent comme un pays à part sur le continent latino-américain. Il a l’apparence d’une démocratie libérale, n’ayant pas connu de dictature militaire à proprement parler, contrairement à d’autres pays latino-américains. Longtemps conservateurs et libéraux se sont disputés le pouvoir. Longtemps le pays vécut un conflit armé, l’un des plus anciens au monde, pas encore totalement éteint. Une violence protéiforme demeure présente, provoquée par l’action de bandes armées, du paramilitarisme, et fruit de l’action du crime organisé qu’engendre le commerce de la cocaïne, dont la Colombie est l’un des principaux exportateurs au monde. La violence sociale y est brutale, le pays est l’un des plus inégalitaires du continent. La violence a souvent régenté la vie publique, et le sentiment que la guerre avait « cannibalisé » la politique était devenu une réalité. Les responsables politiques assassinés sont légion. D’ailleurs, depuis la signature des accords de paix, les assassinats de responsables syndicaux ou de leaders paysans n’ont pas cessé.

Une domination oligarchique

Ces années de conflit et d’affrontements ont façonné une vie politique endogamique, sous domination oligarchique, dont l’exemple le plus abouti est l’actuel président Juan Manuel Santos. Ministre dès 1992, dans tous les gouvernements, élu président en 2010 pour deux mandats, et prix Nobel de la paix, Santos a été élevé pour gouverner dans une famille au carrefour de la presse et de la politique.

À la charnière du nouveau siècle, l’enlisement puis la fin des négociations de paix ouvertes par le président Pastrana et l’élection dans la foulée du candidat Alvaro Uribe Velez marquent l’apogée de la crise des partis traditionnels, le libéral et le conservateur. D’origine libérale, Uribe se fait élire en indépendant en 2002, dès le premier tour et sur un projet de guerre aux « terroristes ». Sa victoire fut le fruit de l’échec de négociations qui n‘en finissaient pas, et dont personne ne voyait l’issue. Mais aussi de l’émergence de nouvelles élites provinciales, parfois liées au paramilitarisme, qui usent de la politique pour se faire accepter d’une oligarchie habituée à gérer les affaires sans partage.

Deux mandats présidentiels, huit ans de guerre contre les guérillas, avec l’aide financière et militaire états-unienne, sans s’embarrasser des libertés et de l’état de droit, ont affaibli militairement les Farc, privées depuis longtemps de soutiens populaires (…)

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