Lettre à celles et ceux « qui ne sont rien », depuis le Chiapas rebelle (Jérôme Baschet/Paris Luttes Info)
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Que depuis le Chiapas, au Mexique, le soulèvement qui a lieu actuellement en France puisse recevoir un soutien enthousiaste, ne saurait pas nous étonner. Jérôme Baschet, historien proche de l ‘expérience zapatiste, nous a fait parvenir depuis San Cristobal de Las Casas cette réflexion sur les évènements en cours dans cette autre province du monde qu’est l’Hexagone.

Détail d’une fresque murale réalisée au caracol Morelia par des membres de l’EZLN et des artistes en résidence au centre culturel Edelo de San Cristobal de las Casas, Chiapas, 2009. www.katieyamasaki.com

Depuis 1994, les insurgés chiapanèques, des femmes et des hommes indiens tiennent tête à l’État mexicain, à son armée, ses polices et son oligarchie véreuse. Depuis 25 ans cette expérience d’autonomie politique, d’auto-organisation populaire qui rayonne sur le monde nous apprend que se soulever est le préambule au surgissement d’autres mondes de solidarité, de coopération, d’entraide et de rapports harmonieux avec la nature. Le refus du règne de l’économie et des pièges de la représentation politique. Tout cela pourrait résonner avec les nouvelles luttes qui surgissent de façon explosive en France.

On l’entend partout ces jours-ci : c’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Et là où beaucoup s’affligeaient de ne voir que le marécage stagnant d’une majorité dite silencieuse et passive ont surgi mille torrents impétueux et imprévisibles, qui sortent de leur cours, ouvrent des voies inimaginables il y a un mois encore, renversent tout sur leur passage et, malgré quelques dévoiements initiaux, démontrent une maturité et une intelligence collective impressionnantes. C’est la force du peuple lorsqu’il se soulève, lorsqu’il reprend sa liberté. C’est une force extraordinaire et ce n’est pas pour rien que l’on invoque tant 1789, mais aussi 1793 et les sans-culottes. Ami.e.s gilets jaunes, vous avez déjà écrit une page glorieuse de l’histoire de notre pays. Et vous avez déjà démentis tous les pronostics d’une sociologie compassée sur le conformisme et l’aliénation du grand nombre. 

Mais qu’est-ce donc que ce « peuple » qui, d’un coup, se réveille et se met à exister ? Rarement comme aujourd’hui le mot aura paru aussi juste, même à ceux d’entre nous qui pourraient le juger périmé, parce qu’il a trop souvent servi à capturer la souveraineté au profit du Pouvoir d’en-haut, et qu’il peut aujourd’hui faire le jeu des populismes de droite ou de gauche. Quoi qu’il en soit, dans le moment que nous vivons, c’est Macron lui-même qui a redonné au peuple à la fois son existence et sa plus juste définition. Le peuple qui se soulève aujourd’hui et qui est bien décidé à ne plus s’en laisser compter, c’est toutes celles et tous ceux qui, dans l’esprit dérangé des élites qui prétendent nous gouverner, ne sont rien. Cette arrogance et ce mépris de classe, on l’a dit mille fois déjà, sont l’une des raisons les plus fortes pour lesquelles Macron, hier adulé par certains, est aujourd’hui si profondément haï.

Voilà ce que le soulèvement en cours a déjà démontré : celles et ceux qui ne sont rien ont su réaffirmer leur dignité et, par la même occasion, leur liberté et leur intelligence collective…

(…)Lire la suite sur le site de Paris Luttes Info 

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