🇦🇷 Argentine : manifestation contre l’asphyxie financière de l’université publique (Chloé Valla / Espaces latinos)
Le mardi 12 mai, des dizaines de milliers de personnes ont manifesté en Argentine contre les coupes budgétaires visant les universités publiques. Cette « marée humaine » a déferlé au sein de la capitale et s’est reproduite dans de nombreuses villes du pays. Selon les organisateurs, plus de 1,5 million d’étudiants, enseignants et de représentants syndicaux ont participé à cette mobilisation à l’échelle nationale.

ll s’agit déjà de la quatrième mobilisation en deux ans où les Argentins, au sein de la capitale et dans de nombreuses villes du pays, telles que La Plata, Rosario ou Mendoza, se sont mobilisés pour dénoncer les restrictions budgétaires du gouvernement populiste de Javier Milei. Ce dernier a été élu président le 10 décembre 2023 avec plus de 55 % des voix exprimées. Porté par un programme ultra libéral, Milei affirme vouloir réduire drastiquement les dépenses publiques « à coups de tronçonneuse », tout en combattant l’inflation et la hausse généralisée des prix, deux problématiques majeures en Argentine. Dès son arrivée au pouvoir, l’inflation est très élevée (211 %). Pour tenter d’y remédier, il a mis en place une politique de restriction budgétaire drastique marquée notamment par l’arrêt des travaux publics, le gel des salaires des fonctionnaires, la privatisation des entreprises publiques et la suppression de certains ministères. Ces mesures ont permis de faire baisser l’inflation à 32 % en 2025 et Milei a pour objectif de la ramener à 10 % en 2026.
L’inflation constitue donc un enjeu majeur en Argentine notamment dans le cadre de la loi de financement universitaire, approuvée en 2025 par le Parlement malgré l’opposition présidentielle. Cette loi oblige ainsi l’État à garantir les ressources de l’université publique et à les indexer sur l’ inflation. Autrement dit, le budget est censé augmenter quand les prix augmentent dans le pays. Cependant, malgré le contexte inflationniste, le gouvernement Milei refuse d’appliquer cette mesure, ce qui empêche toute revalorisation du budget des universités. L’exécutif estime en effet que cette loi, antérieure au budget, est « de facto abrogée par celui-ci, et qu’il ne peut y avoir d’affectations en dehors » du budget sous peine de mettre en péril les finances de l’État, comme l’a affirmé Alejandro Alvarez, le secrétaire aux politiques universitaires.
Par conséquent, la situation financière devient de plus en plus préoccupante en Argentine en raison des importantes coupes budgétaires. D’après certains syndicats c’est tout le système éducatif qui serait en danger et en particulier les universités dont le financement a chuté de 45,6 % en trois ans. Le financement des bourses de recherches a également diminué de 39 % et juste en ce qui concerne la faculté de sciences de Buenos Aires ont comptait 438 démission début mai depuis janvier 2024. Ainsi, depuis l’arrivée au pouvoir de Javier Milei en 2023, les salaires des professeurs et autres employés des universités publiques ont augmenté de 147 % alors que l’inflation a atteint 293 %. Cette évolution se traduit par une perte de pouvoir d’achat de plus d’un tiers. Par ailleurs, le budget préparé par le pouvoir exécutif pour cette année alloue 4 800 milliards de pesos (soit environ 3,4 milliards de dollars américains) aux universités, alors que ces dernières estiment que 7 200 milliards de pesos seraient « le strict minimum pour assurer leur fonctionnement ». Cet écart important entre les deux estimations constitue l’un des principaux points de tension entre le monde universitaire et le gouvernement conservateur. (…)
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