Mercosur : « Cet accord participerait au démantèlement des politiques d’intérêt général brésiliennes »
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France Amérique Latine est signataire de cette tribune

Photo: Frederico Mellado / ARG

L’accord de libre-échange prévoit, d’un côté, l’abaissement des tarifs douaniers pour de nombreux produits du Mercosur destinés à l’exportation, comme le sucre, le soja, l’éthanol et la viande bovine, et, de l’autre, l’abaissement des taxes pour les produits manufacturés européens. Or, depuis l’arrivée au pouvoir de l’extrême droite, le 1er janvier 2019, et la nomination de Tereza da Costa, ancienne responsable du lobby agro-industriel brésilien, au poste de ministre de l’agriculture, pas moins de 239 pesticides ou herbicides ont été légalisés et introduits sur le marché.

Cela fait du Brésil le premier consommateur de pesticides au monde. Une grande partie d’entre eux sont interdits en Europe. Conclure cet accord, c’est s’assurer que les Européens retrouveront certains de ces produits chimiques très toxiques, même sous une forme résiduelle, dans les aliments produits au Brésil (orange, café, sucre…) qu’ils consommeront. Cela signifie aussi renforcer la monoculture (soja, maïs) et l’agrobusiness, modèles dont les conséquences environnementales, sociales et politiques sont catastrophiques puisqu’ils mettent en péril la subsistance de l’agriculture paysanne en plus d’accroître la violence des conflits agraires au Brésil qui tuent chaque année davantage. 

Une dégradation des droits fondamentaux et des libertés
La culture du soja est la première cause de déforestation de l’Amazonie, dont le rythme a augmenté de 88 % par rapport à janvier 2018. Conclure cet accord signifie contribuer à accroître la déforestation. Il n’y a pas que l’agriculture intensive qui menace l’environnement au Brésil. En mars, Bento Albuquerque, ministre des mines et de l’énergie, a annoncé que le Brésil envisageait d’ouvrir les terres indiennes à l’exploitation minière.
Les peuples autochtones et leurs organisations ont, pour l’instant, réussi à freiner les tentatives du gouvernement de mettre fin aux sanctuaires de biodiversité au sein desquels ils vivent et dont ils prennent soin, malgré les violences qu’ils peuvent subir. Conclure cet accord revient à soutenir la violation des droits des peuples autochtones au nom de l’extraction minière et de la déforestation.
En mai, les coupes budgétaires drastiques dans le secteur de l’éducation ont fait converger les oppositions : des milliers d’étudiants, rejoints par les représentants des mouvements syndicalistes, noirs, LGBT et peuples autochtones se retrouvaient dans la rue pour s’opposer au processus de dégradation des droits fondamentaux et des libertés.

Monsieur le président, refusez de conclure et de ratifier cet accord.
Face au délitement progressif de la démocratie brésilienne, les résistances et les mouvements se multiplient. Les représentants de la jeunesse noire dénoncent les comportements criminels des forces de l’ordre contre les habitants des quartiers populaires périphériques. Les étudiants s’opposent aux coupes budgétaires drastiques dans l’éducation et les universités publiques. Conclure l’accord UE-Mercosur revient à leur dire que les relations commerciales et les intérêts économiques entre les deux pays passent avant les droits humains.

Monsieur le Président, alors que vous souhaitez incarner le leadership européen pour le respect de l’Accord de Paris sur le climat, que vous avez garanti en mai au chef autochtone amazonien Raoni d’œuvrer à la préservation de l’Amazonie, que vous prétendez mettre en œuvre des politiques qui favorisent l’ascension de chacun, comment pouvez-vous accorder un blanc-seing au gouvernement d’extrême droite brésilien en concluant cet accord avec le Mercosur ?
Vous rendez-vous compte que la mise en œuvre d’un tel accord fournirait un appui économique et politique au démantèlement des politiques d’intérêt général brésiliennes, à la déforestation de l’Amazonie et au délitement de la démocratie ? La concession a minima du président Jair Bolsonaro de ne pas sortir de l’Accord de Paris, sans toutefois donner d’objectifs chiffrés ni d’engagements vérifiables, n’est en aucun cas un argument suffisant pour justifier votre revirement d’opinion. Monsieur le président, refusez de conclure et de ratifier cet accord.

Signataires de cette tribune : Hélène Cabioc’h, Aitec (Association internationale des techniciens experts et chercheurs) ; Erika Campelo, Association Autres Brésils ; Silvia Capanema, RED (Réseau européen pour la démocratie au Brésil) ; Maxime Combes, Attac France ; Bernard Dreano, Centre d’études et d’initiatives de solidarité internationale (Cedetim) ; Aurélie Journee-Duez, Comité de solidarité avec les Indiens des Amériques (CSIA-Nitassinan) ; Sara Laisse, Acteurs du monde agricole et rural (AMAR) ; Monique Murga, France Amérique-Latine et Amis du Mouvement des sans-terres ; Nathalie Pere-Marzano, Emmaüs international ; Guert Peter-Bruch, Planète Amazone ; Emmanuel Poilane, CRID (Centre de recherche et d’information pour le développement) ; Celina Whitaker, Centre d’étude du développement en Amérique latine (Cedal).

 

(…) Lire la tribune sur le site du Monde (article réservé aux abonné.e.s)

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