Projet de Radio Bolivie – Premieres rencontres avec les Bartolina Sisa et le CEFREC

A Tarija, les Bartolina Sisa ont fait part depuis longtemps de leur besoin d’avoir un outil de communication consacré aux populations rurales et aux secteurs marginalisés de la région. La fédération des Bartolina Sisa souhaitent ainsi créer une radio populaire afin de promouvoir la participation citoyenne des femmes indigènes et de lutter contre l’influence des médias privés au service de l’oligarchie bolivienne menacée depuis l’accession d’Evo Morales au pouvoir. En effet, la grande majorité des médias privés n’accordent que peu d’importance aux peuples indigènes et se font plus souvent le relai et le serviteur des classes dominantes. Le rôle essentiel de la radio sera donc de communiquer sur l’actualité locale et départementale depuis la perspective des communautés indigènes et paysannes. La radio sera principalement animée par des femmes actrices des mouvements paysans et aura pour mission d’informer et d’instruire les populations sur des thèmes relevant de la santé, l’éducation, la sécurité alimentaire etc. Il est également espéré que la radio puisse animer des débats démocratiques ouverts à toutes les organisations sociales, et qu’elle contribue au développement des projets de production durable au bénéfice des communautés rurales de Tarija.

La communication, un axe stratégique des Bartolina Sisa

Les premières rencontres avec les Bartolina Sisa à Tarija ont permis d’éclairer les besoins et les objectifs locaux de communication. Il existe une grande attente autour du projet radio, considéré comme nécessaire à la création d’un processus d’information et d’analyse qui ne se soit pas phagocyté par les moyens de communications traditionnels, et qui soit exclusivement destiné au développement des communautés paysannes de Tarija. D’autre part, les besoins en communication sont importants, notamment en termes de formation, et rares sont celles qui ont été habituées et formées à l’usage des moyens de communication. En effet, faute de moyen, les Bartolina Sisa de Tarija n’ont que peu profiter des espaces radiophoniques et télévisuels qui leur avaient été octroyés localement, notamment à Radio Patria Nueva, et la chaine de télévision d’Etat Canal 7.

Le Système Plurinational de Communication

Le projet de radio communautaire des Bartolina Sisa s’inscrit en réalité dans le cadre global du Système Plurinational de Communication, réseau des médias communautaires et alternatifs affiliés aux organisations du Pacte d’Unité. A l’origine des transformations les plus radicales de l’Etat Bolivien, dont la Nouvelle Constitution Politique, le Pacte d’Unité est une coalition des principales organisations autochtones et paysannes de Bolivie qui s’est créé dans la nécessité d’ouvrir un espace institutionnel qui défende les demandes les plus importantes des peuples indigènes et paysans auprès de l’Etat. Le Pacte d´Unité est ainsi composé des organisations suivantes : le Conseil National des Ayllus et Markas du Qullasuyu (CONAMAQ), La confédération des peuples indigènes de Bolivie (CIDOB), La Confédération Syndicale des Communautés Interculturelles de Bolivie (CSCIB), la confédération Syndicales Unitaire des Travailleurs Paysans de Bolivie (CSUTCB) et la Fédération Nationale des Femmes Paysannes Indigènes Originaires de Bolivie « Bartolina Sisa » (FNMCIOB « BS »).

Dirigé par les organisations du Pacte d’Unité, le Centre de Formation et de Réalisation Cinématographique (CEFREC) et la Coordination Audiovisuelle Indigène Originaire de Bolivie (CAIB), le Système Plurinational de Communication a pour mission de contribuer par le biais des technologies de communication à la transformation de la société bolivienne en faveur des peuples indigènes et paysans. La communication doit être un outil de formation, de renforcement organisationnel et politique, qui doit générer des propositions qui contribuent à la construction de la plurinationalité et de la transformation intégrale de la société jusqu’à la conquête du Buen Vivir [1]. Membre du réseau de médias qui composent le Système Plurinational de Communication, la radio à Tarija est donc un projet pilote pour les Bartolina Sisa qui doit être à terme reproduit pour chaque fédération départementale si l’expérience est un succès.

Issue de la lutte des organisations indigènes, une nouvelle loi de télécommunication a récemment vu le jour. Cette loi, dont la réglementation est en cours de rédaction, présente l’avantage de transformer radicalement le spectre radiophonique, 33% revenant à l’Etat, 33% aux radios commerciales, 17% au secteur social communautaire et 17% aux peuples indigènes et paysans, ce qui devrait faciliter l’apparition légale de la radio Pachamama à Tarija. L’objectif affiché de cette nouvelle loi est de renforcer la place de l’Etat dans les télécommunications mais également de consolider les moyens de communication alternatifs, des mouvements sociaux, des syndicats, des organisations indigènes et paysannes au détriment des médias privés.

Le CEFREC, coordinateur de la communication indigène

Autre protagoniste important du projet radio de Tarija, le CEFREC est un partenaire de longue date des Bartolina Sisa avec qui ils se sont engagés à renforcer leur stratégie nationale de communication. Créé en 1996, le CEFREC, coordinateur du Système Plurinational de Communication, se dédie à la formation et à l’accompagnement des moyens alternatifs de communication indigène. Partant du constat que les médias traditionnels ne servent que des intérêts particuliers et ne relaient que de façon marginale les informations relevant des populations pauvres et déclassées, le CEFREC, mené par le cinéaste Ivan Sanjines, a développé des nouvelles possibilités de communication pour ces groupes sociaux alors en marge de l’Etat et de la classe politique dominante. Ce long travail a permis d’engendrer certaines formes de résistance médiatique pour les organisations sociales qui, depuis, ont fait de la communication un des axes principaux de leur stratégie. La communication indigène et sociale se veut différente des médias dominants de par son contenu, ses objectifs et son organisation. Le CEFREC dispose ainsi d’une grande expérience dans la formation de leaders, la communication et le soutien aux organisations indigènes ; ils ont d’ailleurs déjà créé un certain nombre de radios communautaires, et c’est à partir de ces expériences que se fonde leur expertise pour le déroulement du projet radio à Tarija.

Jules Girardet, 24 avril 2012, Tarija

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