🇺🇸 🇻🇪 Venezuela : Trump, la police impériale et l’indigence européenne (Frédéric Thomas / Basta Média)
L’intervention états-unienne au Venezuela témoigne à la fois de la politique impériale de Donald Trump et de la défaillance européenne. Faute d’affronter l’allié états-unien, l’Europe se montre complice, dénonce le chercheur Frédéric Thomas.

Dans la nuit du samedi 3 janvier 2026, l’opération « Détermination absolue » est lancée : la capitale vénézuélienne, Caracas, est bombardée, tandis que les forces spéciales états-uniennes débarquent, arrêtent le président du Vénézuéla, Nicolás Maduro, et son épouse, Cilia Flores, et les exfiltrent vers les États-Unis afin d’y être jugés pour « narcoterrorisme ».
L’effet de sidération passé, une grande partie des questionnements a tourné autour du caractère inédit de cette action coup de poing, de la politique de Donald Trump et de son impact sur (ce qu’il reste de) l’ordre international. Les contradictions, ambiguïtés et omissions de ce débat sont révélateurs du malaise au sein du monde intellectuel et de la presse continentale, ainsi que de la difficulté européenne à affronter l’impérialisme états-unien.
Pratique constante, forme inédite
Si l’intervention armée au Venezuela a pris une tournure inédite – c’est la première fois que les États-Unis bombardent un pays d’Amérique du Sud et qu’un locataire de la Maison blanche le justifie aussi abruptement au nom d’intérêts économiques et géopolitiques (l’accès au pétrole) –, elle s’inscrit dans une politique vieille de deux siècles, incarnée dans la doctrine Monroe, rebaptisée « Donroe » par Donald Trump.
Tout au long du 20ème siècle, Washington est intervenu militairement et à plusieurs reprises (notamment) au Mexique, au Nicaragua, en Haïti et en République dominicaine. Et nombre de commentateurs ont avec raison évoqué le précédent de l’invasion du Panamá et de l’enlèvement du président Manuel Noriega, en décembre 1989, et de sa condamnation en Floride à quarante ans de prison pour trafic de drogue.
À l’exception notable de l’Espagne et du Danemark, les gouvernements de l’Union européenne s’en sont tenus, après avoir salué la chute de Maduro, à rappeler platoniquement le nécessaire respect des principes de la charte des Nations unies sans évoquer l’intervention armée ni condamner les États-Unis.
La posture initiale du président français Emmanuel Macron, affirmant que le peuple vénézuélien ne pouvait que se « réjouir » d’être « débarrassé de la dictature », sans mentionner le raid de Washington et le droit international est en ce sens symptomatique d’un double point aveugle.
Le débat intellectuel semble, dans une large mesure, reproduire les mêmes contorsions : on feint de s’interroger sur la légalité de l’action états-unienne, on tente de mettre en balance l’illégitimité de Maduro et la violation flagrante du droit international, on circonscrit les protestations sur la scène mondiale à la Russie et à la Chine, occultant celles du Brésil, de la Colombie, du Mexique, de l’Afrique du Sud et de nombreux pays du Sud. Lorsque l’impérialisme n’est pas, contre toute évidence, simplement et purement nié, il tend à être réduit à la politique sinon à la personnalité de Trump. (…)
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