Liberté de la presse. Le « ¡basta ya ! » des journalistes mexicains.


À Mexico et à Culiacán, hommage au célèbre chroniqueur Javier Valdez, assassiné il y a deux mois. Les organisateurs dénoncent une profession en danger dans un pays gangrené par les violences de l’État et du crime organisé. (par Cathy Dos Santos/ L’Humanité)

À retenir: 

Sergio Ocampo, journaliste de La Jornada, victime d’agressions et de menaces, sera présent à la Fête de l’Humanité, à l’invitation de France-Amérique latine. Il témoignera des dangers que courent les journalistes mexicains et participera à plusieurs débats et rencontres à Paris, Grenoble, Bordeaux et Marseille entre le 15 et le 24 septembre.

Javier Valdez était l’un des meilleurs spécialistes du crime organisé et du narcotrafic du Mexique. Photo : Hector Guerrero/AFP

Javier Valdez a été abattu de douze balles. Les sicaires auraient contraint à s’agenouiller le célèbre journaliste, l’un des meilleurs spécialistes du crime organisé et du narcotrafic – qui gangrènent le Mexique –, avant de l’exécuter froidement en plein jour dans une rue de Culiacán, au nord-ouest de l’État de Sinaloa, dont il était natif. C’était le 15 mai. Et, depuis, pas le début d’une piste sérieuse sur les auteurs de cet assassinat survenu non loin du siège de l’hebdomadaire Riodoce, dont il était l’un des fondateurs.

 

« Ils veulent nous réduire au silence »

Deux mois après le tragique événement qui a soulevé une onde de choc bien au-delà des seuls rangs de la profession, près de deux cents confrères et amis du chroniqueur, qui collaborait également au quotidien de gauche La Jornada, lui ont rendu hommage à Mexico et à Culiacán. Ils ont également demandé des comptes aux autorités après que le parquet a refusé à des journalistes et à la famille de consulter le dossier de l’enquête. Ils se sont donc retrouvés, samedi, devant le bureau du procureur. Le président de l’association des journalistes du « 7 juin » de Sinaloa, Alejandro Sicairos, a annoncé la poursuite des manifestations tant qu’aucune information ne sera obtenue, craignant qu’une fois de plus l’impunité ne l’emporte. « Nous ne pouvons baisser notre niveau d’investigations car nous donnerions raison à ceux qui, en tuant Javier, voudraient tous nous réduire au silence », avait-il déjà déclaré lors d’une précédente mobilisation, il y a un mois.

Javier Valdez est le sixième journaliste assassiné depuis le début de l’année. Il vient s’ajouter à une insupportable liste de plus de cent rédacteurs exécutés depuis 2000, faisant du Mexique le second pays au monde le plus dangereux pour la profession. Selon les différentes associations de défense de la liberté d’expression, 60 % de ces crimes sont imputables aux autorités. À ce jour, aucun des auteurs des six assassinats de cette année n’a été arrêté. Le gouvernement du président Enrique Peña Nieto s’est tout juste borné à nommer un procureur chargé des délits contre la liberté d’expression et une récompense de 80 000 euros à quiconque livrera une information sur la mort de Javier Valdez.

« On doit se protéger de tout »

Un coup d’épée dans l’eau aux yeux des professionnels. « Tant que nous ne saurons pas ce qui s’est passé (…), les journalistes de Sinaloa seront en danger extrême. Tant qu’il n’y aura pas de justice, personne ne pourra exercer un journalisme libre et sûr », dénonce sa collègue de Riodoce, ­Miriam Ramírez. Depuis le début de l’année, date de l’extradition vers les États-Unis du leader du cartel de Sinaloa, Joaquín El Chapo Guzmán, 492 homicides ont été enregistrés, soit plus qu’en 2008, lorsque trois cartels se disputaient le contrôle de cet État. « À Culiacán, faire du journalisme, c’est marcher sur une ligne invisible tracée par les méchants qui sont dans le narcotrafic et dans le gouvernement (…). On doit se protéger de tout et de tous », mettait en garde Javier Valdez lors de la remise du prix international de la liberté de la presse, que lui a décerné le Comité pour la protection des journalistes. C’était il y a six ans et rien n’a changé depuis.

Cathy Dos Santos 

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