🇭🇹 Haïti : écoliers, fonctionnaires… plus personne n’est épargné par le kidnapping à Port-au-Prince (reportage de Peterson Luxama / RFI)


Il est 17h30, la journée touche pratiquement à sa fin à Delmas 31. Les motos et les véhicules circulent à vive allure. Les marchands ambulants et ceux qui mènent leurs petits commerces sur le trottoir se dépêchent de ramasser leurs marchandises et de rentrer chez eux. La scène ressemble presque à une course contre la montre, comme si chacun cherchait à échapper à la venue d’un cyclone. Ici, il ne faut pas rester trop tard. Pour cause : Delmas 31 est devenu l’un des bastions du kidnapping à Port-au-Prince.

Des voitures incendiées par des gangs armés dans une rue de Port-au-Prince, en janvier 2026 (photo d’illustration). AFP – Clarens Siffroy

Magdala vient de terminer de ranger ses affaires. La montée vertigineuse du phénomène l’inquiète : «Avec cette situation de kidnapping dans le pays, tout le monde a peur de sortir. Le plus souvent, les kidnappeurs s’habillent comme des policiers. Ils peuvent te kidnapper et te retenir pendant plusieurs jours, sans que ta famille ait de tes nouvelles. Mais on est quand même obligé de sortir. On n’a pas d’autre choix. On est obligé d’aller dans la rue, mais on le fait avec beaucoup de prudence. »

Tout près d’elle, Madeleine se dépêche elle aussi. Des proches à elle ont été victimes de kidnapping. Depuis plus de 15 jours, ils sont entre les mains des ravisseurs, nous dit-elle, sans vouloir se faire enregistrer.

C’est la même réalité pour Maxène. Croisé dans les parages de Delmas 31, un sachet contenant des vêtements en main, valise au dos, il attend l’arrivée d’un motard pour rentrer chez lui. Le sexagénaire affirme avoir un proche entre les mains des ravisseurs, et fustige le comportement laxiste des autorités qui n’entreprennent rien pour contrecarrer les kidnappeurs.

« J’ai actuellement un proche entre les mains des ravisseurs. Il a été enlevé lundi dernier à Delmas 31, tout près du collège Saint-Louis. Ce matin, les ravisseurs m’ont appelé et ils étaient en train de maltraiter l’otage, déplore Maxène. Cela fait plus d’un mois que le kidnapping refait surface autour de Delmas 31, 33 et 75. C’est irresponsable de la part des responsables de la chaîne de sécurité et du gouvernement. Ce sont des incapables. Comment se fait-il que le kidnapping prenne autant d’ampleur à Delmas et que la police n’arrive pas à prendre des mesures de sécurité pour empêcher ou contenir le phénomène dans cette zone ? »

Une question à laquelle même les forces de l’ordre semblent avoir du mal à répondre. Les ravisseurs n’ont peur de rien. Jeudi dernier, une passante a été tuée à Delmas 31 lors d’échanges de tirs entre la police et des présumés ravisseurs. Selon les informations disponibles, le drame est survenu au cours d’une tentative de kidnapping déjouée.

Delmas 31 est donc devenu le bastion du kidnapping. Face à cette réalité, les riverains vivent la peur au ventre. Stéphanie, dans la vingtaine, habite précisément dans la zone. Ce vendredi après-midi, elle ne perd pas une seconde pour rentrer chez elle alors qu’elle vient à peine de terminer son cours. 

« Au moment où je vous parle, Delmas 31 est considérée comme une zone rouge. Moi, en tant qu’être humain, oui, j’ai peur. J’ai vraiment peur. Là, maintenant, comme vous le voyez, je me dépêche de rentrer à la maison parce que je ne veux pas que l’obscurité me surprenne dans la rue. Personne n’est épargné. La situation est vraiment préoccupante. Matin, midi, comme le soir, les ravisseurs opèrent à différents moments de la journée et peuvent vous kidnapper comme ils veulent. »

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Pour rappel, voir : « À Port-au-Prince, en Haïti, lorsque les exactions diminuent dans un quartier, elles augmentent ailleurs » (Frédéric Thomas / Le Monde / CETRI)