🇺🇸 🇦🇷 🇧🇴 Le scandale qui pourrait coûter cher à l’extrême droite latinoaméricaine (Kurt Hackbarth / Traduction par Alexandra Knez – Le vent se lève)


Fernando Cerimedo, architecte d’une vaste machine de désinformation qui a contribué aux percées électorales de l’extrême droite de l’Argentine à la Bolivie en passant par le Honduras, se retrouve aujourd’hui derrière les barreaux en Bolivie. Il avait bénéficié de la technologie et des fonds fournis par les proches collaborateurs de Trump dans ses activités politiques. Accusée d’avoir commandité une tentative d’assassinat visant son ex-compagne, il a vu sa carrière brisée par une procédure judiciaire – qui pourrait avoir un retentissement bien au-delà du cas Cerimedo. Par Kurt Hackbarth, traduction Alexandra Knez.

Le président argentin Javier Milei en compagnie de Donald Trump et d’Elon Musk

Le mardi 18 août, un ressortissant argentin du nom de Fernando Cerimedo est arrêté à l’aéroport international de Viru Viru, à Santa Cruz de la Sierra, en Bolivie. Âgé de quarante-cinq ans, M. Cerimedo est accusé de tentative d’homicide sur la personne de son ex-compagne, l’avocate bolivienne Nadia Beller, et fait l’objet d’une mesure de détention provisoire de 180 jours. Le récit est macabre : Les images issues des caméras de sécurité montrent des tueurs à gages déguisés en livreurs s’approchant de Beller et tirant à bout portant, avant de s’enfuir en quelques secondes. Plus troublant encore : Beller, qui a miraculeusement survécu à l’attaque, attendait apparemment un enfant de Fernando Cerimedo.

Pour l’heure, l’affaire pourrait presque passer pour un féminicide manqué, tragique mais tristement banal, survenu après une rupture amoureuse et promis à une brève apparition dans la rubrique faits divers des journaux locaux. C’est d’ailleurs exactement la lecture que nombre d’acteurs impliqués auraient tout intérêt à imposer. Mais il y a plus. Loin d’être un quidam, Cerimedo se trouve être le cerveau de la campagne de désinformation ultra-droitière qui a pris d’assaut l’Amérique latine.

Ses réseaux ne s’arrêtent pas aux frontières sud américaines : ils s’étendent jusque dans les cercles les plus proches du trumpisme.

Dès que l’on s’intéresse à l’extrême droite latino-américaine, le nom de Fernando Cerimedo revient sans cesse. On le retrouve au Brésil, où il a épaulé le clan Bolsonaro dans la diffusion de la thèse selon laquelle les élections de 2022, qui ont vu le retour de Luiz Inácio Lula da Silva, auraient été entachées de fraude. On le retrouve aussi en Argentine, où — selon Beller — il a travaillé pour Javier Milei, qu’il décrivait pourtant comme un « fou », tout en collectant des informations sensibles sur le scandale de corruption impliquant la sœur du président, Karina Milei, aujourd’hui secrétaire générale de la présidence. Il était aussi au Chili, où il s’est publiquement vanté d’avoir contribué à faire échouer le référendum sur la nouvelle Constitution destinée à remplacer celle héritée de l’ère Augusto Pinochet, toujours en vigueur.



Selon plusieurs sources, il aurait en parallèle apporté son soutien à la campagne présidentielle de José Antonio Kast, figure majeure de la droite radicale chilienne. On le retrouve ensuite au Pérou, où il a côtoyé un proche conseiller de Keiko Fujimori à l’approche de l’élection présidentielle de juin, un scrutin qu’elle a finalement remporté de justesse, selon les résultats officiels. Puis au Honduras, où il apparaît dans un enregistrement audio dans lequel il aurait reconnu avoir participé à des fraudes électorales lors du scrutin de novembre 2025, remporté de manière inattendue par Nasry Asfura, un allié politique de Donald Trump. Il a également pris part aux élections présidentielles colombiennes en juin, où, selon les résultats officiels, un autre partisan de Trump, Abelardo de la Espriella, a battu Iván Cepeda avec moins d’un point de pourcentage d’écart. (…)


Voir également :
De Bolsonaro à Milei et Kast : l’affaire Cerimedo révèle les réseaux de l’extrême droite latino-américaine (Christian Dubucq / CADTM)
L’affaire Fernando Cerimedo et les réseaux d’extrême-droite en Amérique latine (L’Humanité / RFI)