L’affaire Fernando Cerimedo et les réseaux d’extrême-droite en Amérique latine (L’Humanité / RFI)


L’Argentin Fernando Cerimedo, proche collaborateur du président bolivien, a été arrêté dans l’est du pays après que son ex-compagne, l’avocate Nadia Beller, a été blessée par balles le 17 août. Le parquet soupçonne le stratège en communication et ancien conseiller de Jair Bolsonaro et Javier Milei d’être le commanditaire de l’agression. Cette affaire menace d’éclabousser de nombreux dirigeants d’extrême droite de la région; en effet Fernando Cerimedo, est considéré comme un consultant de la droite latino-américaine et expert en manipulation des réseaux sociaux. 

Le scandale Cerimedo, où l’homme qui murmurait à l’oreille des dirigeants d’extrême droite d’Amérique Latine (Cathy Dos Santos / L’Humanité)

De la Casa Rosada à la place Murillo, les présidences d’extrême droite et néoconservatrices tremblent, en Amérique latine. Le scandale Fernando Cerimedo grippe la dynamique réactionnaire du Mexique à la Terre de Feu.

Le consultant argentin Fernando Cerimedo, conseiller du président bolivien Rodrigo Paz Pereira, lors de son audience pour une affaire de tentative de féminicide, à Santa Cruz de la Sierra (Bolivie), le 21 août 2026. IPA IBANEZ / REUTERS

L’Argentin, qui susurre à l’oreille des dirigeants ultradroitiers, est sous le coup d’une nouvelle inculpation pour lien présumé avec le narcotrafic, après avoir été placé sous les verrous pour avoir commandité le féminicide de son ex-maîtresse. Cette sordide affaire aurait pu en rester là si la victime, qui a miraculeusement survécu aux tirs des sicaires, n’avait pas décidé de parler.

Fernando Cerimedo est un personnage clé de l’architecture communicationnelle des extrêmes droites qui, à coups de fake news et de thèses complotistes, a radicalement bouleversé le paysage politique du continent. On retrouve ce Raspoutine des réseaux sociaux dans l’ascension du libertarien Javier Milei.

C’est lui aussi qui contribue à polir l’image désastreuse de Jair Bolsonaro au Brésil pour s’adjuger le vote homonationaliste. Il intrigue encore au côté de l’homme de paille de Donald Trump au Honduras, Nasry Asfura, au moment de la présidentielle.

Il est également derrière l’armée de trolls qui tente discréditer la présidente de gauche du Mexique, Claudia Sheinbaum. Jusqu’à son arrestation, il jouissait du statut de conseiller particulier du chef d’État bolivien Rodrigo Paz, chantre du « capitalisme pour tous ». Dans ce pays ravi à la gauche, il tremperait dans des transactions douteuses de carburant et d’or

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Des palais présidentiels à la prison, la chute de Fernando Cerimedo, éminence grise des extrêmes droites sud-américaines (Marine Jeannin / RFI)

Conseiller de l’ombre des droites extrêmes sud-américaines, il occupait les coulisses du pouvoir sans jamais y apparaître officiellement. Une avalanche de procédures le rattrape désormais en Bolivie : tentative de féminicide contre son ex-compagne, enrichissement illicite, blanchiment d’argent, et jusqu’à une enquête, dans le département amazonien du Beni, sur une possible protection accordée à des vols liés au narcotrafic.

Fernando Cerimedo assiste à la CPAC (Conservative Political Action Conference) à Buenos Aires, en Argentine, le 4 décembre 2024. © Agustin Marcarian / REUTERS

La scène ressemble à ces faits divers auxquels la police bolivienne est de plus en plus confrontée. Le 17 août, les caméras de sécurité de l’hôtel Swissotel, à Santa Cruz de la Sierra, filment deux hommes casqués, habillés en livreurs à moto, qui s’approchent d’une jeune femme qui semble attendre quelqu’un. L’un d’eux dégaine et tire trois balles, qui l’atteignent à la poitrine, au flanc droit et au bras, puis les deux hommes s’enfuient sans s’assurer de son sort. La victime, l’avocate bolivienne de 33 ans Nadia Beller, est opérée en urgence et survit. La police arrête le lendemain, à l’aéroport de Santa Cruz, son ex-compagnon qui s’apprête à embarquer pour Buenos Aires. L’Argentin Fernando Cerimedo, 45 ans, est soupçonné d’avoir commandité l’assassinat de Nadia Beller. Or l’homme n’est pas un inconnu. Stratège numérique expert des campagnes électorales d’extrême droite en Amérique latine, il a conseillé tour à tour Jair Bolsonaro, Javier Milei et, jusqu’à son arrestation, le président bolivien Rodrigo Paz.

L’histoire de Cerimedo racontée par lui-même est un conte de fées à l’américaine. Celle d’un enfant de Mar del Plata parti à 19 ans avec une bourse Harvard pour devenir triathlète, contraint par son anglais insuffisant de se rabattre sur Puerto Rico, où il aurait décroché un diplôme de marketing avant de suivre un entraînement militaire auprès des Navy Seals, troupes commandos de la marine étatsunienne.
Une histoire trop belle pour être vraie, qui s’est largement effondrée en 2024 avec une enquête du Centro Latinoamericano de Investigación Periodística (Clip) qui lui est consacrée. Ce consortium latino-américain de journalisme d’investigation a reconstitué un parcours plus terre-à-terre : chauffeur de taxi à Mar del Plata, employé d’une compagnie d’assurance, d’une entreprise informatique, d’une usine de plastique, puis professeur de lycée à Buenos Aires.

En 2016, la justice argentine le condamne à deux ans et demi de prison avec sursis pour escroquerie : il a vendu le même appartement à deux acquéreurs différents.

Ce n’est qu’en 2018, alors qu’il est employé de l’agence de publicité McCann, que Cerimedo se lance dans les campagnes politiques en ligne. Il se fait alors remarquer par ses discours complotistes diffusés sur les réseaux sociaux pendant la pandémie de Covid-19, qui lui assurent une première notoriété dans les cercles naissants de l’extrême droite libertarienne argentine.

Quatre ans plus tard, il dirige selon ses propres dires près de 200 employés. Ils sont répartis dans une agence de publicité, une académie de marketing politique, une société de sécurité privée et une trentaine de sites, dont La Derecha Diario, média d’extrême droite dont il reste aujourd’hui actionnaire aux côtés de l’Espagnol Javier Negre, journaliste connu en Espagne pour ses positions pro-Trump et son rôle dans la mouvance Vox.

Sa méthode se rôde en 2020, lors du référendum constitutionnel chilien, dans la diffusion de désinformation sur le vote électronique. Mais c’est au Brésil, cinq jours après la victoire de Lula da Silva en 2022, qu’il accède réellement à la notoriété. Dans un livestream intitulé « Brazil Was Stolen », il exhibe un rapport anonyme accusant à tort le système électoral de fraude. La police fédérale brésilienne conclut que l’opération était coordonnée avec des officiers militaires et des proches de Bolsonaro, qui lui auraient fourni le document falsifié. Le parquet renonce toutefois à le poursuivre, faute de preuve qu’il savait le rapport fabriqué. « Je suis un héros pour la moitié du pays », se vantera-t-il plus tard auprès des journalistes du Clip.

En 2023, il prend en charge la communication numérique de la campagne de Javier Milei. Il se vante d’avoir suggéré au candidat libertarien de brandir une tronçonneuse en meeting, et aurait coordonné l’entretien accordé par Milei à Tucker Carlson, animateur américain proche de Donald Trump et figure de la droite conservatrice aux États-Unis, sans jamais occuper de poste officiel dans le gouvernement argentin. Cerimedo avait auparavant déjà travaillé, en 2019, pour la campagne de Mauricio Macri, président argentin de centre droit de 2015 à 2019. (…)

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Voir également : Fernando Cerimedo, l’éminence grise des dirigeants d’extrême droite latino-américains, emprisonné en Bolivie pour tentative de féminicide (Angeline Montoya /article réservé aux abonné·es / Le Monde)