🇨🇴 En Colombie, le processus de paix pris pour cible (Julie Gacon / Cultures Monde)


Élu le 21 juin 2026, le président d’extrême droite Abelardo de la Espriella a fait campagne sur une critique radicale du processus de justice transitionnelle enclenché suite aux accords de paix de 2016. Il promet notamment de dissoudre la Juridiction spéciale pour la paix.

Manifestation contre Abelardo de la Espriella, la veille de son investiture le 7 août 2026. ©AFP – Raul Arboleda

Alors que l’instance a prononcé ses premières sentences en septembre 2025, le nouveau président dénonce un mécanisme de justice transitionnelle coûteux et éminemment politisé, complaisant avec les anciens FARC, qu’il promet donc de dissoudre. En lieu et place, il propose un autre système beaucoup plus radical : dissocier les atrocités commises par les militaires de celles des guérilleros, et tuer « tous les bandits qui ne se rendent pas ». Une volte-face complète pour celui qui, lorsqu’il était avocat pénaliste et défendait des paramilitaires, s’était prononcé en faveur de la justice transitionnelle.

La Juridiction spéciale pour la paix se distingue pourtant par plusieurs innovations dont d’autres systèmes étrangers essaient aujourd’hui de s’inspirer. Elle a notamment procédé à une fusion de la justice pénale et de la justice restaurative en mettant au cœur du processus les victimes. Elle a également décidé de n’opérer qu’avec des « macro-cas » (ou « mégadossiers ») afin de saisir l’ensemble d’un phénomène. Ainsi, des magistrats travaillent spécifiquement sur les cas d’enlèvements et de séquestrations des FARC, d’autres sur le recrutement d’enfants-soldats, et d’autres encore sur les crimes commis contre les peuples et territoires autochtones et afro-descendants.

Quel bilan pour la Juridiction spéciale dix ans après les accords de 2016 ? Qu’est-ce qui caractérise cette justice restaurative et en quoi est-elle innovante ? Le nouveau président a-t-il les moyens de s’attaquer au processus de paix ? Qu’en est-il des financements de la JEP ? (…)

Julie Gacon s’entretient avec Shoshana Levy, Lina Penagos et Ángela Santamaría. Écouter le podcast ici