🇮🇱 «Pourquoi l’Amérique du Sud et centrale est essentielle à l’impunité diplomatique d’Israël» (Xavier Abu Eid / Traduction par À l’Encontre)
Le 10 août, trois jours seulement après son entrée en fonction, le nouveau gouvernement colombien dirigé par le président Abelardo de la Espriella a officiellement reconnu la souveraineté israélienne sur le plateau du Golan occupé. Cette annonce était d’autant plus frappante qu’elle intervenait le jour même où la Colombie était confrontée à l’un des plus importants séismes de son histoire récente, qui a fait plus de 300 morts et causé d’importants dégâts dans tout le pays.

Avant même son entrée en fonction, le futur gouvernement de Abelardo de la Espriella avait convenu avec Israël de rétablir pleinement les relations diplomatiques, de transférer l’ambassade de Colombie à Jérusalem, de reprendre les exportations de charbon et de se retirer de la plainte déposée par l’Afrique du Sud devant la Cour internationale de justice (CIJ), accusant Israël de possible génocide, ainsi que du Groupe de La Haye [alliance internationale d’États créée en 2025 pour coordonner des actions juridiques, diplomatiques et économiques afin de faire respecter le droit international concernant le conflit israélo-palestinien]. Abelardo de la Espriella a également annoncé que la Colombie renoncerait à son projet d’ouvrir une ambassade en Palestine, et s’est engagé à «ne jamais cesser de défendre Israël, car c’est le peuple de Dieu».
Ces mesures marquent un revirement diplomatique remarquable. Jusqu’à récemment, la Colombie incarnait l’un des exemples les plus évidents d’une tendance très différente en Amérique du Sud et centrale.
Pendant le génocide israélien à Gaza, plusieurs gouvernements de gauche et sociaux-démocrates ont vivement critiqué les politiques israéliennes, ont rappelé leurs ambassadeurs de Tel-Aviv, se sont joints à la plainte de l’Afrique du Sud devant la CIJ et ont fait pression sur la Cour pénale internationale (CPI) pour qu’elle accélère les enquêtes sur les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité présumés en Palestine. Certains ont également participé aux réunions du Groupe de La Haye, qui appelait à des mesures coordonnées visant à faire rendre des comptes en réponse aux violations systématiques du droit international par Israël.
Mais les récentes élections ont porté au pouvoir des dirigeants de droite, d’extrême droite et populistes dans un nombre croissant de pays, notamment l’Argentine, le Paraguay, la Bolivie, le Chili, le Pérou, l’Équateur, la Colombie et le Honduras. Une tradition diplomatique latino-américaine longtemps fondée, du moins formellement, sur le droit international s’oriente vers une politique plus transactionnelle: un alignement plus étroit sur Israël et l’adhésion à ses discours politiques en échange d’une coopération militaire et sécuritaire plus poussée, ainsi que de la perspective de relations plus solides avec Washington.
Des dirigeants tels que l’Argentin Javier Milei, le Colombien de la Espriella et le Paraguayen Santiago Peña ont ouvertement adopté un alignement politique étroit avec le président américain Donald Trump et le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou. Le Paraguay, le Honduras et le Guatemala ont transféré leurs ambassades à Jérusalem, tandis que l’Argentine et la Colombie ont annoncé leur intention de faire de même, au mépris du consensus international reflété dans la résolution 478 du Conseil de sécurité des Nations unies.
Et aux Nations unies, l’Argentine, le Honduras, le Guatemala et l’Équateur se sont de plus en plus alignés sur Israël, les États-Unis et un petit groupe de soutiens diplomatiques traditionnels d’Israël, tels que Tuvalu et les Îles Marshall. (…)
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