Attentat contre le conseiller supérieur du Conseil Régional Indigène de Cauca
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LOGOFAL125L’association France Amérique latine exprime, depuis la France, sa profonde indignation suite à l’attentat perpétré le 2 février 2010 à l’encontre d’Alvaro Anacona, ex-gouverneur supérieur du peuple Yanakona et actuel Conseiller Supérieur au Conseil Régional Indigène du département de Cauca (CRIC).

Cet attentat a été perpétré dans un contexte de mobilisations qui, depuis le 1er février, sont organisées par le Conseil Supérieur du CRIC, les autorités traditionnelles indigènes du Cauca et les communautés elles-mêmes. Ces mobilisations prennent la forme de défilés pacifiques en réponse à la Déclaration d’Urgence Territoriale et Educative, émise par le Comité Directeur Régional des Conseils, le 18 février dernier. Ils exigent un décret pour obtenir l’administration d’environ 600 établissements éducatifs situés en territoires indigènes, avec l’appui de professionnels et de ressources financières stables, dans le cadre d’un accord avec l’état en accomplissement du droit constitutionnel à l’éducation différentielle. Il s’agit de mettre fin à un désastre éducatif caractérisé par la précarité des moyens.

Dès lors, il a été décidé que si le gouvernement national ne respectait pas sa promesse d’établir un système éducatif propre aux peuples indigènes, les communautés manifesteraient de La Maria jusqu’à la ville de Popayan.

France Amérique latine constate, une fois de plus, que les politiques gouvernementales colombiennes, et particulièrement dans le Cauca, n’ont pas d’impact bénéfique auprès des communautés. A l’inverse, la violence et la criminalisation contre ceux qui s’organisent pour affronter leurs problèmes de façon autonome et défendre leurs territoires s’intensifient, le processus organisationnel de la Minga est ici clairement visé. Le gouvernement colombien est resté totalement sourd malgré les multiples démarches, réalisées par le Conseil Supérieur et le programme d’éducation du CRIC, pour trouver avec l’état des mécanismes qui éviteraient d’altérer le droit à l’éducation des enfants indigènes.

C’est la raison pour laquelle près de 10 000 délégués du Cauca ont été contraints de manifester une nouvelle fois afin de dénoncer les politiques portant atteinte à leurs territoires et à leurs droits, des politiques qui menacent la survie physique et culturelle de ses peuples. Seule la mobilisation a finalement permis d’ouvrir un espace de dialogue avec le gouvernement national.

A présent, la proposition éducative, qui a été présentée à Paris à notre association en mars dernier par Alvaro Anacona lui-même, met sa vie en danger. Nous nous demandons sur quel sujet il est possible de s’exprimer librement en Colombie sans mettre sa vie en danger…

La persistance de graves et massives violations des droits de l’homme et l’impunité permanente qui règne en Colombie, sont motifs d’une grande et constante préoccupation pour notre association. Il est nécessaire pour France Amérique Latine de continuer à dénoncer les menaces systématiques dont sont victimes les autres leaders du Massif Colombien pour leur refus de l’exploitation minière de la part des multinationales promue par l’état colombien.

De plus, nous constatons que le gouvernement colombien ne protège pas ses citoyens : Alvaro Anacona, durant la période où il fut gouverneur supérieur du Conseil Yanacona, a été l’objet de mesures de protection conservatoires, ordonnées par la Commission Interaméricaine des droits de l’homme, sans que, jusqu’à maintenant, ne soit mis en œuvre un plan de protection adapté à l’identité culturelle du peuple Yanakona et respectueux de ses autorités.

Nous exigeons du gouvernement colombien qu’il établisse immédiatement un plan de protection concerté entre les autorités traditionnelles Yanaconas et le gouvernement national, pour le CRIC, les autres militants menacés, les autorités traditionnelles et les leaders communautaires.

Nous exigeons que les autorités compétentes enquêtent sur ces faits, dans l’espoir que cet attentat ne demeure pas impuni, comme ce fut le cas de nombreux autres attentats et crimes contre les militants des peuples indigènes ou des organisations populaires colombiennes.

Nous exigeons que soient respectés les Droits et Territoires des peuples indigènes, l’intégrité physique de leurs représentants ainsi que les plans de vie et d’éducation de leurs enfants qu’ils ont élaboré. Assez de prisonniers, de morts, de déplacés et de disparus !

Nous assurons Alvaro Anacona de toute notre solidarité et de notre amitié. Nous adressons de respectueuses salutations au CRIC et nous réitérons notre infatigable solidarité avec ces justes revendications.

France Amérique latine, Paris, le 12 février 2010 Plus d’informations sur http://www.cric-colombia.org/

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