Au Brésil, le triomphe attendu de Bolsonaro déchaîne les violences homophobes (Claire Gatinois/ Le Monde)
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Les associations LGBT dénoncent une recrudescence des agressions depuis le succès au premier tour de la présidentielle du candidat d’extrême droite.

Un autocollant « Pas lui » sur une statue, à Rio, le 8 octobre. LEO CORREA / AP

Il est 16 h 50, dimanche 7 octobre à Sao Paulo. Les bureaux de vote, qui vont confirmer la déferlante en faveur de Jair Bolsonaro, candidat d’extrême droite pour l’élection présidentielle au Brésil, sont sur le point de fermer. Higor Carvalho, 32 ans, urbaniste, commande un Uber pour rentrer chez lui avec son compagnon. Dans la voiture, les deux hommes se tiennent la main. Le chauffeur les observe dans le rétroviseur. « Vous êtes le troisième couple gay que je transporte aujourd’hui. Ils sont terrifiés, dit-il en ricanant. Il ne faut pas. Vous savez, si vous vous comportez correctement, il ne vous arrivera rien. » Une fois chez lui, Higor Carvalho s’est effondré en pleurs, conscient que cette remarque n’avait rien d’anodin. Intimidations, insultes, agressions et même meurtres. Depuis le premier tour du scrutin présidentiel qui a fait du militaire de réserve, réputé pour son homophobie, le grand favori avec 46 % des voix devant son adversaire de gauche, Fernando Haddad (26 %), une vague de violences s’abat sur le Brésil, notamment à l’encontre de la communauté LGBT (lesbiennes, gays, bi, trans). À Rio de Janeiro, les toilettes de filles du collège franco-brésilien ont été taguées « Sapatas vao morrer. Kkkk » (« A mort les gouines. Ah ah ah »).

Sao Paulo, après l’annonce des résultats, des hommes ont crié depuis une voiture : « Gouine immonde, fille de p… Maintenant il y aura des subventions pour que tu te fasses soigner. » A Curitiba, un coiffeur homosexuel a été frappé à mort. À l’annonce de son décès, le principal suspect aurait crié « Vive Bolsonaro ». C’est extrêmement choquant. Un syndrome de panique est en train de se mettre en place, les gens n’osent plus sortir. Jamais au cours d’une élection nous n’avions connu ça », alerte Marcelo Cerqueira, président de l’organisation de défense des LGBT Grupo Gay da Bahia.

Une homophobie stimulée « par stratégie »

En 2017, 445 homicides contre la communauté LGBT ont été recensés au Brésil par le groupe Gay da Bahia. A en croire les spécialistes, ces crimes ne feront qu’augmenter, stimulés par le discours de Jair Bolsonaro. Le capitaine de l’armée de réserve, crédité de 58 % des intentions de vote au second tour, selon l’enquête Datafolha du 10 octobre, a notamment déclaré, lors d’un entretien à la revue Playboy en 2011 : « Je préférerais que mon fils meure dans un accident plutôt que de le voir avec un moustachu. » (…)

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