Au Nicaragua, les retraités ne digèrent pas la réforme de la sécurité sociale (Le blog de Kassandra-Médiapart/ Vidéos en espagnol)
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Au Nicaragua (comme en France), l’augmentation des cotisations de retraites pour renflouer l’Institut de Sécurité Sociale au bord de la faillite provoque la colère. La répression contre les manifestations a fait de nombreux blessés et quatre personnes ont trouvé la mort dans les affrontements entre manifestants et forces de l’ordre, secondées par des troupes de choc favorables au gouvernement.

Le projet de réforme de la sécurité sociale qui prévoit d’augmenter les cotisations (tant pour les employeurs que pour les salariés) a provoqué l’indignation d’une partie de la population, qui depuis mercredi a commencé à manifester pacifiquement dans les rues de la capitale Managua et d’autres villes du pays. Pour justifier sa décision, le gouvernement a allégué la nécessité de combler la dette accumulée par tous les gouvernements précédents (il faut tout de même signaler que le président actuel est à la manœuvre depuis 11 ans). Cette mesure serait une manière de contourner les injonctions du FMI de privatiser l’Institut de Sécurité Sociale. Toutefois, le Nicaragua “chrétien, socialiste et solidaire” (comme le proclament des immenses panneaux affichés dans tout le pays) s’est révélé être un excellent élève du FMI ces dernières années.

Pour les protestataires, la pilule est dure à avaler, d’autant plus que non seulement les cotisations vont augmenter mais les rachitiques pensions versées vont être réduites (passant de 80 à 70 % du salaire) et les retraités se verront amputés de 5% de leur pension pour “couvrir des frais médicaux” qui jusqu’à présent étaient gratuits. Il convient de préciser que le gouvernement conduit par le Front Sandiniste de Libération nationale avait dès son retour au pouvoir en 2006 rétabli un service public de santé (qui cohabite avec des services privés), privatisé par ses prédécesseurs. 

Des étudiants affrontent la police anti-émeute à Managua (photo AFP/ Libération)

D’abord en nombre restreint, les protestataires (retraités et habitants des quartier) ont été rejoints par les étudiants de plusieurs universités (publiques et privées). La mobilisation des plus jeunes aux cotés des plus âgés est symptomatique du malaise que provoque le décalage entre le discours officiel “au service de la famille nicaraguayenne” et le ressenti dans les foyers qui, en raison de la rareté de l’emploi et du bas niveau des salaires, ont bien du mal à faire bouillir la marmite. Néanmoins pour timide qu’elle ait été au début, la contestation s’est révélée intolérable pour le pouvoir en place et ses partisans inconditionnels. Constitués en troupes de choc motorisées, casqués et identifiables à leurs tee-shirts à l’effigie du parti au pouvoir, ces derniers secondent voire devancent une police qui n’intervient jamais pour les empêcher d’agresser extrêmement violemment les manifestants (voir vidéo ici et ci-dessous). Pourtant les pierres, barres de fer et autres tubes en métal dont ils se servent sont parfaitement visibles, notamment par les photographes et journalistes qui deviennent de ce fait des cibles privilégiées.

Agression contre un photographe de l’agence AP © Jorge Torres

Selon, le journal en ligne Confidencial, le solde d’agressions et de vol de matériel à des journalistes a été particulièrement élevé hier (voir l’article en espagnol). Par ailleurs, plusieurs chaînes de télévision critiques vis à vis du pouvoir (il en reste peu dans le pays) ont été réduites au silence depuis hier soir (19 avril) après que le fournisseur d’accès ait été prié de leur couper le signal de transmission. Il s’agit de Canal 12 et la chaîne d’information 100% Noticias. Le Canal 51 qui appartient au Conseil épiscopal du Nicaragua a également été coupé. Ce qui démontre, s’il en était besoin, que le gouvernement “socialiste, chrétien et solidaire” et la hiérarchie catholique nicaraguayenne ne sont pas sur la même longueur d’onde !

https://blogs.mediapart.fr/kassandra/blog/200418/au-nicaragua-les-retraites-ne-digerent-pas-la-reforme-de-la-securite-sociale

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