Autodéfense sanitaire dans les favelas de São Paulo (Erick Corrêa / Lundi Matin / Traduction : Rosa Basiluzzo)
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Au Brésil, il existe un discours public qui associe la propagation des maladies épidémiques aux favelas et aux zones périphériques des villes du pays. Il s’appuie sur des bulletins épidémiologiques et des cartes produites par les organes officiel de l’État fédéral a partir d’une approche globale qui cache souvent des réalités propres aux métropoles. En temps de crise, de tels instruments alimentent la stigmatisation des territoires marginalisés en les appréhendant comme des foyers à risque pour la sécurité sanitaire comme pour la sécurité publique.

Photo : ©Gui Christ/National Geographic

« Il n’existe pas de nouvelle normalité, à peine une façon de maquiller le génocide des habitants des favelas » 

Toutefois, le 23 juin 2020, une étude menée par Pólis, une association de São Paulo militant pour le droit à la ville, a présenté un contrepoint important à ce discours. Intitulée La pandémie des inégalités, elle met en lumière le cas de la favela de Paraisópolis qui, le 18 mai, présentait un taux de mortalité par la Covid-19 de 21,7 personnes pour 100 000 habitant·es, soit un indice inférieur à la moyenne municipale qui s’élevait à 56,2.

Dès lors, les experts en santé publique ont reconnu dans les pratiques d’autodéfense sanitaire mises en œuvre par les habitant·es et les organisations communautaires de cette favela, un exemple avancé en matière de lutte contre le virus. Rapidement, la presse nationale et internationale – à l’instar de The Washington Post – a fait état des résultats positifs obtenus par cette communauté dans le combat contre le coronavirus.

 

« Le virus est démocratique, mais nous vivons dans un pays qui ne l’est pas »

Lorsqu’on parle d’un pays de dimension continentale comme le Brésil, il est nécessaire de considérer sa réalité complexe, hétérogène, qui se traduit par une multiplicité de différences culturelles et des inégalités socio-économiques hors-norme.

De plus, c’est un pays situé à la périphérie du système capitaliste. Pour cette raison, il ne faut pas perdre de vue que Paraisópolis n’intègre qu’une partie du vaste réseau des bidonvilles et des banlieues pauvres existant dans le pays. Rien que dans la capitale de l’État de São Paulo, environ deux millions de personnes vivent dans ces territoires. Et géographiquement comme économiquement, ces favelas sont situées à la périphérie de la périphérie du système.

Située dans la zone sud de la métropole et nichée autour de Morumbi, l’un des quartiers les plus riches de la ville, Paraisópolis est la deuxième plus grande favela de São Paulo. Avec une centaine de milliers d’habitant·es, elle a une densité de population supérieure à celle de la plupart des villes brésiliennes, et est constituée d’un “centre-ville” entouré de secteurs où les conditions de vie et d’urbanisation sont encore plus précaires. Depuis les années 1950, le territoire où s’ancre aujourd’hui la favela a été progressivement occupé par des travailleuses et des travailleurs pauvres provenant de la région Nord-Est du pays et employés dans le secteur du BTP, notamment pour la construction du stade du São Paulo FC.

Au cours des dernières décennies, Paraisópolis a été un foyer d’action pour des dizaines d’organisations communautaires, notamment des collectifs d’habitant·es ou d’éducation populaire, des coopératives de cuisinières et des couturières, et des groupes de défense des droits des femmes, qui travaillent en coopération avec des organismes publics, des associations ou des entreprises locales. La pandémie de coronavirus n’a donc fait qu’intensifier et donner plus de visibilité à un travail de terrain de base qui a été mené dans et par la communauté pendant de nombreuses années et qui, depuis lors, a été canalisé vers des actions d’autodéfense sanitaire. (…)

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