La Bolivie sur le chemin du Venezuela ? (Florence Poznanski / Mémoire des Luttes)
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Depuis les élections présidentielles et parlementaires du 20 octobre dernier, qui ont vu gagner de justesse et pour la quatrième fois Evo Morales, les rues des principales villes de Bolivie ne désemplissent pas de manifestants qui dénoncent une fraude électorale. « Non, non, non, je n’ai pas envie de vivre en dictature comme les Vénézuéliens » est l’un des slogans que l’on peut fréquemment y entendre. Comment a-t-on pu en arriver là ?

La Bolivie affiche pourtant une croissance économique inédite dans la région avec plus de 4 % en moyenne depuis les six dernières années grâce à un programme de nationalisation des entreprises stratégiques et d’industrialisation nationale dans les domaines de l’extraction minière et des hydrocarbures. Cela a permis de lancer des politiques publiques de redistribution des richesses qui ont fait nettement reculer la pauvreté et l’analphabétisme. Ainsi le salaire moyen a doublé et le taux de pauvreté extrême a baissé de 38,2 % à 15,2 % entre 2005 et 2018. C’est d’ailleurs ce qui a permis d’instaurer le principe d’un quatorzième mois de salaire au niveau national lorsque le PIB annuel dépasse la barre des 4,5 %.

La Bolivie vit aussi une période de grande stabilité politique alors qu’elle a connu pas moins de 193 coups d’État depuis son indépendance en 1825. Evo Morales a été le premier président élu au premier tour depuis les trente dernières années. Sa présidence se distingue par des mesures avancées en matière de droits humains depuis la proclamation de la nouvelle Constitution de 2009 qui prévoit la reconnaissance d’une autonomie politique et judiciaire des peuples indigènes dans le cadre de l’État plurinational ou la constitutionnalisation de la parité de genre qui est effective au Parlement depuis 2014. Enfin, la Constitution garantit l’égalité de tous les droits sexuels homo-affectifs et interdit toute forme de discrimination.

Tensions annoncées

Mais l’usure du pouvoir est une réalité. Depuis le référendum de 2016 dont le résultat a rejeté (51,3 %) la demande d’Evo Morales de briguer un quatrième mandat (ou troisième depuis la nouvelle Constitution qui limite à deux les mandats présidentiels successifs), les Boliviens sont de plus en plus nombreux à considérer qu’Evo a fait son temps, sans pour autant défendre une autre alternative programmatique pour le pays. L’élection du 20 octobre s’annonçait donc tendue (…)

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