Brésil : le coronavirus fait des ravages au sein des tribus amazoniennes (Scott Wallace / National Geografic)
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Face à la propagation du coronavirus dans les territoires reculés de l’Amazonie brésilienne, les chefs indigènes et les défenseurs des droits sollicitent des mesures urgentes de la part du gouvernement pour tuer dans l’œuf cette catastrophe en devenir.

D’après les chiffres avancés par la principale fédération indigène du pays, l’Articulação dos Povos Indígenas do Brasil (APIB), les décès attribués à la pandémie de COVID-19 au sein des communautés natives sont passés de 46, au 1er mai, à 262, en date du 9 juin. Combinées avec les données communiquées par les services de santé des différents états brésiliens, les statistiques de l’APIB montrent que le taux de mortalité du coronavirus au sein des communautés natives atteint les 9,1 %, près du double de celui constaté au sein de la population brésilienne générale (5,2 %).

Membre de la tribu Witoto, Vanda Ortega a dénoncé les négligences du gouvernement envers son peuple, notamment la sous-estimation des indigènes infectés par le coronavirus. Photo Felipe Dana, AP.

Le nombre grandissant de cas et l’absence de réaction du gouvernement ont suscité de vives critiques quant à l’incompétence et la désorganisation des autorités dans la protection des populations tribales contre le virus. Le personnel soignant dépêché par le gouvernement, les prospecteurs de minerais clandestins et d’autres intrus figurent parmi les principaux vecteurs d’infection dans les territoires indigènes protégés. Un rapport publié la semaine dernière par le bureau du procureur général accusait de « négligence flagrante » une équipe de soignants et dénonçait le fait que les infirmières et techniciens du gouvernement avaient contribué à propager le virus au sein même des populations natives qu’ils sont censés protéger.

Le 4 juin, le Secrétariat spécial de la Santé indigène (SESAI), a reconnu que quatre membres de son personnel avaient été testés positifs au virus alors qu’ils étaient en mission dans un village tribal Kanamari, sur le territoire indigène de la vallée du Javari à l’extrême ouest du Brésil. Le SESAI avait ensuite diffusé un communiqué visant à minimiser l’incident en affirmant qu’un seul des soignants avait développé des symptômes de la COVID-19 et que tous les quatre avaient été placés en quarantaine.

Cependant, le rapport du procureur général, publié le 5 juin, exprimait des inquiétudes concernant le risque pour les soignants d’avoir infecté plusieurs autres villages. De plus, une autre équipe était accusée de « négligence flagrante du risque épidémiologique » pour avoir pénétré dans la partie nord-est de la réserve du Javari dans le but de soigner des membres du peuple Korubo, jugé particulièrement vulnérable, sans se plier aux protocoles de quarantaine.

En outre, le rapport évoquait le « déclin manifeste » des capacités de régulation de la Fondation nationale de l’Indien (FUNAI), l’agence chargée de défendre les frontières des territoires indigènes du Brésil. Le rapport citait les coupes budgétaires et la réaffectation du personnel de la FUNAI comme autant de facteurs ayant contribué à augmenter le risque d’intrusion des prospecteurs, pêcheurs et braconniers potentiellement porteurs du virus au sein de la réserve. (…)

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