🇺🇸 🇻🇪 🇺🇳 Capture de Maduro par les États-Unis : au mépris des principes du droit international ! (Chloé Maurel, historienne, spécialiste de l’ONU)


La capture par les forces armées étatsuniennes de Nicolás Maduro, chef d’État en exercice sur le territoire d’un autre pays pour le présenter de force devant un juge américain, constitue une rupture grave avec les principes fondamentaux de l’ordre international né en 1945. Une telle opération n’est pas un simple geste judiciaire : elle représente un acte de puissance brutal, incompatible avec l’esprit et la lettre de la Charte des Nations Unies.

Photo : site de l’ONU

Depuis la création de l’ONU en effet, la communauté internationale s’est accordée sur un principe central : aucun État n’a le droit de se faire justice lui-même par la force. La Charte de l’ONU, adopté en 1945, interdit explicitement le recours unilatéral à la contrainte armée contre l’intégrité territoriale et l’indépendance politique d’un autre État. Cette règle n’est pas secondaire ; elle est le socle même du multilatéralisme, conçu pour empêcher le retour à la loi du plus fort qui avait conduit aux catastrophes du XXᵉ siècle.

Dans ce cadre, l’enlèvement d’un dirigeant étranger par une puissance militaire, sans mandat du Conseil de sécurité, constitue une violation manifeste de la souveraineté d’un État membre de l’ONU, le Venezuela. Peu importe la nature des accusations invoquées : aucune allégation criminelle ne donne à un État le droit d’exporter sa juridiction par les armes. Le droit international ne fonctionne pas comme un droit pénal domestique étendu à l’échelle du monde.

Cette arrestation heurte également un autre principe fondamental : l’immunité des chefs d’État en exercice, qui existe non pour protéger des individus, mais pour préserver la stabilité des relations internationales. Briser cette règle par la force ouvre un précédent dangereux : demain, n’importe quelle puissance pourrait s’arroger le droit de capturer les dirigeants qu’elle juge illégitimes ou hostiles. Ce serait la fin de toute sécurité juridique internationale.

Plus grave encore, une telle action amène à vider de sa substance le rôle des Nations Unies. L’ONU a précisément été créée pour que les conflits politiques et les accusations graves soient traités collectivement, par des mécanismes multilatéraux, et non par des interventions unilatérales déguisées en actes de justice. Contourner l’ONU, c’est nier sa raison d’être.

L’indignation est d’autant plus légitime que ce type d’action est présenté comme une défense du droit et de la morale, alors qu’il en constitue la négation. Le droit international ne peut survivre s’il n’est invoqué que contre les faibles et ignoré par les puissants. L’universalité des règles implique leur application égale, ou leur disparition de fait.

Enfin, une telle opération renforce la défiance de la communauté mondiale envers un système international déjà fragilisé. Elle nourrit le sentiment, largement répandu dans le Sud global mais aussi chez tous les citoyens attachés à la démocratie et aux droits humains, que le droit international est instrumentalisé, sélectif, et subordonné aux intérêts géopolitiques des grandes puissances. Ce serait un coup porté non seulement à un État, mais à l’idée même d’un ordre mondial fondé sur des règles communes.

En définitive, si un État peut capturer un chef d’État étranger au nom de sa propre justice, alors le multilatéralisme est déjà mort. Il ne resterait plus qu’un monde de rapports de force, où la puissance remplace le droit — exactement ce que l’ONU a pour mission d’empêcher.

Aujourd’hui, face à cette flagrante et gravissime violation des principes du multilatéralisme et de l’ONU, et l’absence de protestation du président français – qui a approuvé l’intervention étatsunienne !  –, ainsi que devant la réaction très timorée du Conseil de sécurité de l’ONU, une réaction des peuples attachés à la démocratie est en cours et est nécessaire. Faute de quoi, Trump poursuivra ses agressions, notamment contre le Groenland, Cuba, et d’autres territoires qu’il convoite…

Chloé Maurel, historienne, spécialiste de l’ONU


Voir également cette tribune réservée aux abonné·es : L’intervention américaine unilatérale et illégale au Venezuela enfreint la charte de l’ONU » (Chloé Maurel / Le Monde)