🇨🇱 Au Chili aussi, la jeunesse est dans la rue (Jean-Baptiste Thomas / Révolution permanente)


Jeudi 1er octobre, c’était journée de mobilisation, au Chili. À Santiago et plusieurs villes du pays, lycéen·nes et étudiant·es sont descendu·es dans la rue pour protester contre les annonces budgétaires du gouvernement d’extrême droite, au pouvoir depuis un an.

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Un budget d’austérité : c’est ce que le ministre chilien de l’Économie, Daniel Mas, a annoncé, sans fard pour 2027. Avec 6 milliards d’économies supplémentaires prévues, ce sont les services publics qui sont dans le viseur dans un pays déjà très fortement privatisé, où tout se paye et se monnaye, y compris l’Éducation et la Santé. La jeunesse chilienne, elle, ne l’entend pas de la même oreille et veut inverser la tendance. « Pour transformer le Chili, pas un peso de moins pour l’Éducation » : voilà l’appel lancé par les organisations lycéennes et le syndicat étudiant chilien, la ConFeCh, pour une grande journée de mobilisation, ce jeudi 1er octobre, au lendemain de la présentation du budget par le président d’extrême droite. José Antonio Kast prétend, en effet, « transformer le pays » : au profit du patronat et de son parrain étatsunien, Donald Trump. La jeunesse aura donc détourné son mot d’ordre pour en inverser les termes.

À Santiago aussi, les autorités sont coutumières du décompte à la baisse du nombre de manifestant.es : 6.000, selon la police, 20.000, plus vraisemblablement, si l’on en croit les images et les chiffres de la ConFech. Suffisamment en tout cas pour que les carabiniers, massivement déployés, aient reçu l’ordre de réprimer, en bonne et due forme, avec une quarantaine d’arrestations au fil de la journée. Le gouvernement et les grands médias ne retiennent de la journée que les « violences inadmissibles » qui auraient été exercées à l’encontre d’une poignée de membres d’organisations étudiantes d’extrême droite devant l’Université catholique de la capitale alors qu’ils prétendaient organiser une « contre-mobilisation » et ont été pris à parti. Mais pour la jeunesse, ce sont les images de la Place Baquedano, noire de monde, qui ont marqué la journée de jeudi, tout comme celles des manifestations organisées ailleurs dans le pays, de l’extrême Nord, à Tacna et dans le port d’Antofagasta, jusqu’au Sud, à Concepción et Valdivia, en passant par Valparaíso.

Les jeunes n’étaient pas seuls, ce jeudi. Malgré la frilosité des directions syndicales enseignantes, le Colegio de profesores, et de la principale confédération du pays, la CUT, qui soutenaient la mobilisation mais sans appel à construire la grève ni à débrayer sur les lieux de travail, plusieurs structures combatives se sont néanmoins saisies de la journée et ont rejoint les cortèges lycéens et étudiants, en y rajoutant leurs propres revendications. Alors que les prix à la pompe et des produits du quotidien sont repartis à la hausse, à l’instar du chômage, aggravant l’endettement des ménages, alors que le gouvernement tente d’imposer une réforme du marché du travail qui renforcerait encore davantage le modèle ultra-libéral hérité de la dictature de Pinochet, les raisons pour rejoindre la jeunesse ne manquaient pas. Lundi 28, déjà, la capitale avait été le théâtre d’une mobilisation en faveur de la légalisation de l’IVG, toujours interdite, au Chili, suivie des personnels de la Santé, en grève les 29 et 30. Le Premier octobre, plusieurs syndicats locaux d’enseignants ont débrayé et rejoint les cortèges de jeunes tout comme certaines sections syndicales combatives d’autres secteurs comme la sidérurgie, à Antofagasta, ou la construction et le nettoiement, dans la capitale. (…)

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Pour rappel, voir aussi  Chili : la répression pour imposer un « état d’exception » (Jean-Marc Adolphe, Dominique Vernis et Amalia Cárdenas / Les Humanités)