Pourquoi cinq pays d’Amérique latine se soulèvent au même moment (Carmen Rengel / Huffington Post)
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L’Amérique Latine se soulève et force le monde à la regarder. Sous nos yeux: une société fatiguée de vivre dans la pauvreté et la corruption, une société de plus en plus consciente de ses droits et de la nécessité de les défendre, une société soumise à des tensions allant du néo-conservatisme féroce à l’usure des dirigeants de longue date, mais aussi à l’ingérence extérieure et au développement d’une nouvelle classe émergente qui en demande davantage.

Tout cela donne lieu à des manifestations comme celles que l’on observe actuellement en Équateur, au Pérou, en Bolivie, en Argentine et en Colombie. Ces mobilisations sont toutes différentes, mais elles ont néanmoins pour point commun le ras-le-bol généralisé et un élan de solidarité, le tout avec en arrière-plan un calendrier électoral important.

Au cours des cinq dernières années, selon la Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes (CEPALC), 17 millions de Latino-Américains ont rejoint le nombre vertigineux de personnes vivant dans l’extrême pauvreté. Cela équivaut à 63 millions de personnes touchées. Dans cette partie du monde, 42% des employés gagnent moins que le salaire minimum. Parmi les personnes retraitées, très peu touchent une pension décente à cause du caractère informel de leurs anciens emplois; les femmes sont les plus touchées par cette précarité. Une accumulation qui mène aujourd’hui au soulèvement de tout un peuple.

Équateur: des mesures drastiques pour le FMI

Les manifestations qui se produisent en ce moment en Équateur ont poussé le pays à décréter l’état d’urgence le 3 octobre. Près de 500 manifestants ont été arrêtés. Mais la mobilisation s’est intensifiée ce mardi lorsque, après le transfert du gouvernement de Quito à Guayaquil, plusieurs manifestants ont envahi le Parlement et ont fini par être expulsés par les forces de l’ordre.

Ce qui a mis le feu aux poudres dans ce pays: une liste de mesures approuvées par le président Lenin Moreno il y a tout juste une semaine. Grâce à ces mesures, le Fonds monétaire International a fini par accorder au pays un prêt de 4,2 milliards de dollars sur trois ans.

Parmi ses mesures, Moreno a mis en place une nouvelle contribution spéciale pour les entreprises dont le chiffre d’affaires annuel est supérieur à 10 millions de dollars (serrer la ceinture des plus riches pour allouer jusqu’à 300 millions supplémentaires à la sécurité, la santé et l’éducation). Mais ce que la population retient, c’est qu’il a a aussi réduit de 20% les salaires des contrats temporaires du secteur public, les vacances des fonctionnaires de 30 à 15 jours et une contribution d’une journée de salaire par mois au Trésor public. 

La mesure la plus contestée est la suppression des subventions au carburant, qui étaient en vigueur dans le pays depuis 40 ans et représentaient environ 1,3 milliard de dollars par an.

Depuis, le prix de l’essence et du gazole a doublé. Et cela touche particulièrement les agriculteurs -qui nourrissent les villes- et les transporteurs. Tout cela a donné lieu à deux jours de grève, durant lesquels plus de 7000 agriculteurs se sont déplacés jusqu’à la capitale, Quito, pour protester contre cette décision. Des étudiants, des chauffeurs des transports publics et des forces d’opposition se sont joints à la marche.

Moreno, qui assure que ces mesures visent la “réactivation économique” de l’Équateur, déclare ne pas vouloir faire marche arrière, car “les bonnes réformes n’ont pas de demi-mesure”. Face aux manifestations, le chef d’État a temporairement déplacé le siège du gouvernement de Quito à Guayaquil. Il dénonce “un coup d’État secret”. Selon lui, les manifestants “violents” seraient “payés et contrôlés” par le Venezuela ainsi que par son prédécesseur, Rafael Correa.  

Pérou: une crise à la tête de l’État

Dans le cas du Pérou, les manifestations remontent au 30 septembre, jour de la dissolution du Congrès et de la convocation pour des élections législatives le 26 janvier. C’est le résultat d’une lutte entre le président Martín Vizcarra et ses opposants, les Fujimoristas, ainsi que leurs alliés, qui détenaient la majorité parlementaire. 

Vizcarra était incapable de gouverner et changer les choses avec un Congrès majoritairement contrôlé par l’opposition. Pour la troisième fois de l’année, il a demandé à se soumettre à un vote de confiance, cette fois-ci au sujet du mode de nomination des juges au Tribunal constitutionnel. Si le Congrès le lui refusait, l’article 134 de la Carta Magna autorisait le président à dissoudre le gouvernement.

Seulement, le Congrès a élu les nouveaux membres de la Cour Constitutionnelle et a ensuite voté la motion, lui donnant donc la confiance de la part du gouvernement. Mais Vizcarra, entendant que la première nomination avait eu lieu, a démissionné et convoqué de nouvelles élections législatives. L’opposition dénonce un coup monté du président dans le but d’élire de nouveaux membres du Congrès. Tandis que le président, lui, accuse ses opposants d’utiliser leur majorité pour contrôler la Constitution et l’empêcher de gouverner. C’est donc un vrai bras de fer à la tête du gouvernement péruvien, entre Vizcarra et l’opposition. (…)

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