En Colombie, «la pandémie rend les violences encore plus invisibles» (Anne Proenza/ Libération)
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Le confinement n’a pas fait baisser le nombre d’assassinats politiques dans le pays, où des groupes armés illégaux étendent leur contrôle sur les territoires. Depuis mars, trente personnes ont été tuées.

Une scène de crime dans le Cauca, en 2019. Photo Luis Robayo. AFP

Les restrictions de circulation et les mesures de quarantaine n’y changent rien, au contraire. Les assassinats politiques continuent en Colombie. Rares sont les jours sans crimes ou menaces contre ceux qu’on appelle les «leaders sociaux». Ce sont les hommes et les femmes qui luttent pour les droits de leurs communautés à récupérer leurs terres, tentent de préserver l’environnement mis à mal par des méga-projets miniers, s’opposent aux pouvoirs locaux ou gênent les groupes armés dans leurs activités, en tentant par exemple de mener à bien des programmes de substitutions de cultures illégales de coca ou de marijuana. Tout cela dans des régions souvent très éloignées de la capitale.

Balles

«Je suis préoccupé par la pandémie, mais plus encore pour notre situation en tant que leaders sociaux. On continue à nous tuer», explique par téléphone Hector Carabali qui a dû abandonner son village dans le département du Cauca il y a deux ans pour se protéger. Au total, selon l’ONG Indepaz, près de 30 personnes ont été tuées depuis le premier cas de Covid-19 détecté début mars, et plus de 800 depuis la signature de l’accord de paix avec l’ancienne guérilla des Farc en novembre 2016. Au-delà de ces chiffres morbides, «les leaders sociaux représentent le capital humain des territoires», s’exclame le sénateur de gauche Iván Cepeda.

Par temps de pandémie, les sicaires font irruption d’autant plus facilement chez leurs victimes qu’elles sont confinées. Le 29 avril, des tueurs ont criblé de balles Alvaro Narváez Daza dans sa ferme près du village de Mercaderes, dans le sud du Cauca, le tuant ainsi que son épouse, l’un de ses fils et sa petite-fille. Cultivateur, il était président du conseil d’action communale de son hameau. «La pandémie rend les violences encore plus invisibles, les médias étant occupés ailleurs», dit Sirley Muñoz, de la plateforme Somos Defensores («nous sommes défenseurs») qui, dédiée à protéger les défenseurs des droits de l’homme, vient de lancer une campagne intitulée «Le virus de la violence». (…)

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