La Commission de la Vérité reprendra le dialogue pour la non-répétition du conflit armé (entretien avec Patricia Tobón par Valentina Parada pour Colombia en Transición – El Espectador/ traduction par Charlotte Lesellier)
Imprimer

La Commission de la Vérité reprendra ce 8 juillet les Dialogues pour la non-répétition du conflit armé, comme stratégie pour générer un dialogue social ouvert et pluriel permettant de connaître les vérités de tous les secteurs et acteurs du conflit armé, dans une deuxième phase virtuelle.

La Commissaire à la Vérité, Patricia Tobón, est en charge du chapitre ethnique des indigènes et afro dans cette entité. ©Cristian Garavito

Le premier de ces dialogues, qui sera diffusé à travers El Espectador et Colombia 2020, comprendra un panel où seront présent.e.s l’avocat et directeur de Human Rights Watch, José Miguel Vivanco; la gouverneur indigène de Toribío, Ana María Ramos; la directrice du quotidien La Opinión de Cúcuta, Estefanía Colmenares; le procureur général, Fernando Carrillo; le conseiller présidentiel pour la sécurité nationale, Rafael Guarín; le journaliste et écrivain Ricardo Silva Romero, et la commissaire Marta Ruiz, qui modérera la conversation.

La commissaire Patricia Tobón a expliqué que ces conversations seront centrées sur la situation territoriale du Cauca, Catatumbo, Bajo Cauca antioqueño et Bajo Atrato.

Qu’apportera cette seconde phase des Dialogues pour la Non-répétition du Conflit qui commencera demain et se terminera en novembre ?

En Colombie, il existe 23 corridors du conflit armé où cette situation de violence persiste même après l’Accord de paix. Parmi ceux-ci, nous avons choisi quatre territoires qui sont les départements du Cauca, Catatumbo, Bajo Cauca antioqueño et le Bajo Atrato chocoano, dans le cadre de ces discussions qui visent à susciter des dialogues pour approfondir les facteurs de persistance du conflit afin de générer des apports pouvant servir à appeler l’État et les citoyens à agir sur ces problématiques.

Comment et pourquoi ont été choisis ces quatre territoires sur lesquels les discussions porteront ?

Les volontés qui existent à l’intérieur de ces territoires pour dialoguer sur ces questions ont eu beaucoup d’influence, je ne parle pas seulement des leaders, mais aussi les institutions et les personnes qui ont appartenu à des groupes armés et qui connaissent les dynamiques économiques et de la guerre dans ces régions. Et clairement ces quatre-là ont la caractéristique d’être des territoires où la guerre persiste.

Quels autres sujets, outre la persistance du conflit, seront abordés ?

Il s’agit de discuter de la situation de l’ELN (Ejército de Liberación Nacional, en français, L’Armée de Libération Nationale, ndlt) dans ces zones, par exemple des groupes d’autodéfense gaitanistes (du nom du leader social Jorge Eliécer Gaitán, ndlt) de Colombie et de leur présence sur ces sites, de la question du trafic de stupéfiants, la militarisation et la compréhension de la manière dont la présence intégrale de l’État doit être transversale à ces problématiques afin de garantir la non-persistance du conflit.

L’année dernière, le thème des dialogues était sur les leaders sociaux, quel est le bilan de ces six événements ?

La conclusion générale qui s’est dégagée de ces dialogues est qu’il y a des communautés qui non seulement sont prises dans le feu croisé, mais qui, en dénonçant ce qui se passe dans les territoires, sont assassinées. Ce contrôle des groupes armés illégaux par les économies du trafic de stupéfiants a mis en danger de nombreux dirigeants et dirigeantes. Ainsi, le problème en soi, n’est pas d’avoir une veste pare-balles ou un système de sécurité, le problème est plus de fond, et c’est comment l’État n’exerce pas efficacement une présence intégrale et non une autorité.

En plus du dialogue, qui est l’essence de ces événements, comment cela vous sert-il dans le cadre de votre mandat ?

La Colombie est un pays où de nombreuses recommandations ont été faites au sujet de différents processus de paix, et une partie des travaux de la Commission consiste à formuler des recommandations en vue de la cessation du conflit armé, mais dans cette situation, ce qui est important, c’est que ce soient les habitants qui aient la possibilité d’être entendus. Il faut que le pays puisse entendre leurs voix et leurs explications. Les processus de paix en Colombie se sont construits depuis la centralité et ceux qui vivent en campagne n’ont guère été entendus.

Que peut gagner une personne qui n’a pas vécu le conflit en se connectant avec vous par ces dialogues ?

Nous avons des dynamiques régionales qui ne sont pas connues dans le centre, la capitale et dans les grandes villes elles-mêmes. Et souvent, dans l’analyse de ces conflits que l’on fait depuis les villes, il y a beaucoup de fardeaux idéologiques, alors je pense que pouvoir écouter les communautés directement nous permettra d’avoir une compréhension plus profonde de la réalité du pays.

Comment travaillez-vous avec le virtuel ?

Le COVID-19 a fortement affecté notre déploiement tout entier, parce que, comme les autres institutions, nous avons de nombreuses restrictions de mobilité et la plupart de notre travail a lieu sur le terrain. Bien que nous ayons entendu 16 000 témoignages sur la guerre, une grande partie de notre travail est suspendue. Donc pour cette année, nous avons décidé de faire des partenariats avec les médias pour donner plus d’écho à ce que nous faisons.

Et la poursuite du conflit vous a également affecté…

Oui, la poursuite du conflit armé dans certains territoires a rendu très difficile le déploiement territorial ces temps-ci, c’est pourquoi ces espaces sont si importants, parce qu’en tant que Commission, nous avons le devoir de faire connaître au pays dans un rapport final ce qui s’est passé durant le conflit armé.


Voir la transmission du premier événement, ici :

https://www.youtube.com/watch?v=suSxYbgCM6E

Article original en version espagnole ici

Imprimer