Congrès mondial de la nature : la place des peuples autochtones (revue de presse)

L’Union internationale pour la conservation de la nature tient son congrès mondial du 3 au 11 septembre à Marseille alors que la crise de la biodiversité atteint un paroxysme. Les acteurs de la préservation de la biodiversité tenteront d’accorder leurs voix afin de peser sur les décideurs politiques et économiques. Le but : interrompre le processus d’effondrement du vivant. Organisé tous les quatre ans et reporté en 2020 pour cause de pandémie, ce congrès réunit des associations, des agences gouvernementales et des États, ainsi qu’un réseau d’experts — scientifiques ou non. Il se déroule quelques mois avant la COP26 sur le climat et la COP15 sur la biodiversité. Pour autant, rien de décisif n’est à attendre de cette séquence marseillaise : en effet les motions votées par l’UICN sont des recommandations plus que des dispositions contraignantes. 

Autour de la protection de la nature, deux approches s’affrontent : la convention sur la diversité biologique de l’ONU, l’Union européenne, la France, l’UICN et les grosses ONG internationales comme le WWF défendent la création d’aires protégées sur la terre et en mer, où les prélèvements de ressources naturelles sont réglementés ou interdits – en théorie. En 2020, elles s’étendaient sur au moins 17 % de la surface terrestre, selon un rapport de l’UICN et du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE).

Mais pour un ensemble d’associations qui se réclament de la justice sociale et climatique ainsi que pour des collectifs de peuples autochtones, cette approche est colonialiste, car elle se mène au détriment des habitant·e·s et usager·ère·s d’aires vivrières dans les pays pauvres. Des forums alternatifs, organisés en marge du congrès officiel entre autres par Survival et Planète Amazone, posent la question : comment décoloniser la conservation de la nature et concilier droits humains et justice environnementale?

Depuis son dernier congrès en 2016, l’UICN a reconnu et incorporé les organisations des peuples autochtones comme une catégorie distincte. À Marseille, pour la première fois dans l’histoire de l’UICN, les organisations des peuples autochtones présentent ou parrainent des motions. La préservation de 80% de la forêt amazonienne d’ici 2025 est une de leurs revendications essentielles.

Des représentant.e.s de communautés indigènes (Chili, Colombie, Équateur, Pérou, Venezuela) lors d’une conférence consacrée au projet Cuencas sagradas lors du congrès mondial de la nature (7 septembre / Marseille / photo : Cathy Ferré – FAL Marseille – BN de FAL)

Les peuples autochtones lancent un programme d’action autonome lors du Congrès mondial de la nature de l’UICN (Communiqué)

Les organisations de peuples autochtones membres de l’UICN ont appelé aujourd’hui [3 septembre 2021] à la reconnaissance des droits des peuples autochtones et de la gouvernance de leurs terres et leurs ressources. Cet appel fait partie d’un programme mondial qui définit les priorités des populations autochtones en matière de conservation, présenté lors du Sommet mondial des peuples autochtones et de la nature, qui s’est tenu dans le cadre du Congrès mondial de la nature de l’UICN à Marseille.

« Nos objectifs mondiaux de protection de la planète et de conservation de la biodiversité ne peuvent être atteints sans le rôle directeur, l’appui et le partenariat des peuples autochtones, » dit Bruno Oberle, Directeur général de l’UICN. « Le programme autochtone mondial présenté aujourd’hui marque une nouvelle voie pour l’autodétermination des peuples autochtones en matière de conservation de la nature et de gouvernance des ressources naturelles. Il a été rendu possible par le pouvoir exceptionnel de rassemblement de l’UICN en tant qu’union des peuples autochtones, des gouvernements et de la société civile. »

Le Programme autochtone mondial pour la gouvernance des terres, des territoires, des eaux, des mers côtières et des ressources naturelles autochtones a été élaboré par les organisations des peuples autochtones membres de l’UICN présentes sur six continents et présenté au Sommet mondial des peuples autochtones et de la nature de l’UICN, première manifestation de ce genre à se tenir dans le contexte du Congrès mondial de la nature de l’UICN (…)

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Domingo Peas Nampichkai (CONFENAIE / Équateur) et José Gregorio Díaz Mirabal (COICA). Photo @Cuencas Sagradas

Dernière heure : La motion 129 présentée par les représentant.e.s autochtones au congrès mondial de la nature et visant à “éviter le point de non-retour en Amazonie en protégeant 80% du territoire d’ici 2025” a été approuvée le vendredi 10 septembre par l’assemblée de l’UICN avec un total de 56% d’approbation par les États et les agences gouvernementales et 95% des ONG et des indigènes. Une avancée importante! Reste à faire appliquer ce texte !

Voir (en espagnol) une publication de la Coordination des organisations indigènes du bassin amazonien / COICA ici

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Marseille : les peuples indigènes demandent au congrès mondial pour la nature une protection de l’Amazonie (20 Minutes avec AFP)

Pour la première fois, les organisations des peuples indigènes siègent avec un statut spécifique. Les peuples autochtones ont officiellement demandé au congrès mondial de la nature de se prononcer sur leur principale revendication, la protection de 80 % de l’ Amazonie d’ici 2025, ont indiqué dimanche leurs représentants.

José Gregorio Díaz Mirabal /
Photo AFP

Une motion en ce sens a été déposée en procédure d’urgence au congrès de l’Union internationale de conservation de la nature, qui se tient à Marseille, a indiqué à un de leurs représentants sur place, Jose Gregorio Díaz Mirabal. La motion réclame un “plan d’action global” pour mettre fin à la déforestation et à l’extraction minière, dans cette forêt vitale pour l’équilibre biologique de la Terre par son action de stockage du CO2 notamment. “Chaque année, l’Amazonie perd plus de 10.000 km2. C’est ça l’urgence, pas seulement pour nous mais pour le monde entier”, a déclaré José Gregorio Díaz Mirabal, de la Coordination des organisations indigènes du bassin amazonien / COICA. Pour la première fois, les organisations des peuples indigènes ont obtenu un statut spécifique cette année au congrès mondial de l’UICN. (…)

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Entre exigences et doutes, les peuples autochtones rejoignent l’UICN (Le Matin / AFP)

Les peuples autochtones font leur entrée cette année dans l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) comme membres de pleins droits, avec leurs exigences, mais aussi leurs doutes et leur défiance.

Relmu Namku / Photo : Gustavo Figueroa

Relmu Namku est une indigène mapuche argentine, jugée en 2015 pour s’être opposée à la police afin d’empêcher l’exploitation d’un gisement pétrolifère, avant d’être jugée non coupable. Malgré les difficultés liées à la pandémie du Covid-19, elle a pu voyager jusqu’à Marseille où se tient le congrès mondial de l’UICN, avec un objectif clair. “Nous critiquons sévèrement la façon dont la préservation de la nature a été gérée pendant toutes ces années. Être membre de l’UICN, avec un droit de vote, «peut servir à faire pression sur nos gouvernements», ajoute Relmu Namku. (…)

Les peuples autochtones auront leur propre voix. Mais au moment de voter, ils formeront partie du collège des organisations non gouvernementales. À cause du Covid, à peine une vingtaine d’activistes autochtones ont pu venir à Marseille. Avec la volonté de se faire entendre.

Leur demande principale? Que 80% de l’Amazonie soit protégée d’ici 2025. Leur raisonnement est simple: «La moitié des arbres, 80% de la biodiversité» du globe, se trouve dans des territoires autochtones, rappelle Peter Seligmann, un Américain qui après des années de militantisme a créé sa propre organisation, Nia Tero (Notre Terre) avec des indigènes au conseil d’administration.

«Cela n’a pas de sens que des consultants, des entreprises, viennent enseigner aux indigènes ce qu’ils doivent faire pour protéger (la nature), c’est ce que nous faisons depuis toujours», argumente José Gregorio Diaz Mirabal, de la Coordination des organisations indigènes du bassin amazonien. Le chemin est encore long pour rapprocher le monde de la protection de la nature, éminemment scientifique, et celui des indigènes, traditionnel, et éliminer peu à peu les défiances mutuelles. (…)

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Congrès mondial de la nature : Des manifestants dénoncent la participation de grands pollueurs (20 minutes / AFP)

Deux mobilisations d’activistes environnementaux ont rassemblé plusieurs dizaines de personnes mardi à Marseille, en marge du Congrès mondial de la nature, pour dénoncer le « greenwashing » de BNP Paribas et la déforestation en Amazonie dont serait complice le groupe Casino.

Rassemblement devant un supermarché Casino à Marseille
(photo Extinction / Rébellion)

Quelques dizaines de militants d’Extinction Rébellion, d’ANVCop21 et d’autres associations se sont réunies mardi matin près du siège de BNP Paribas pour manifester contre sa participation au congrès mondial de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), à Marseille, jusqu’à samedi.

« BNP la banque d’un monde qui meurt », ont-ils scandé en s’allongeant au sol pour mimer une mort collective, détournant au passage le slogan de la banque française. Objectif : « Dénoncer la participation de grands pollueurs à ce congrès », a plaidé Lorette Philippot, chargée de campagne finance privée aux Amis de la terre. « BNP Paribas est partenaire et participe à des ateliers tous les jours, alors que c’est le premier financeur européen des énergies fossiles en 2020 et la première entreprise polluante du CAC40 », a-t-elle affirmé à l’AFP.

Importation de viande

Accusée de « financer le dérèglement climatique et l’extinction de masse des espèces », la banque appuie seulement le Congrès de l’UICN « pour se racheter une bonne image », a dénoncé l’ANV-COP21 dans un tweet, en pointant une volonté de « greenwashing ». Contactée par l’AFP, la banque française, qui figure bien dans la liste des partenaires du ministère de la Transition écologique, coorganisateur du congrès, mais n’est pas sponsor de l’événement, n’avait pas encore réagi en début d’après-midi.

Dans le même temps, une dizaine de militants autochtones d’Amazonie se sont rassemblés devant un supermarché marseillais du groupe Casino pour dénoncer l’importation de viande en provenance de pays comme le Brésil et la Bolivie, viande qui selon eux provient de zones de l’Amazonie en train d’être déboisées par des éleveurs. « Nous exigeons la responsabilité des entreprises qui sont à l’origine de la vente de la viande aux supermarchés », a déclaré Fanny Kuiru, une indigène colombienne Uitoto.

La préservation de 80 % de l’Amazonie d’ici 2025

Leur principale requête est la préservation de 80 % de l’Amazonie d’ici 2025 et cette motion sera débattue au sein de l’UICN cette semaine. Au cours des douze derniers mois, la déforestation de l’Amazonie a représenté, rien qu’au Brésil, plus de 8.000 km2 de forêt tropicale. (…)

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La grande distribution montrée du doigt en marge du congrès mondial de la nature (La Provence)

En marge du congrès mondial de la nature, ce matin à 8 heures, des représentants des peuples autochtones de l’Amazonie colombienne ont manifesté devant le supermarché Casino de Saint-Giniez dans le 8ème arrondissement de Marseille. L’objectif était de sensibiliser les consommateurs sur l’impact de la production de viande bovine en lien direct avec le déforestation de l’Amazonie. (…)

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Congrès de la nature : Les aires protégées sous le feu des critiques (Lorène Lavocat / Reporterre)

« Pour décoloniser la conservation de la nature », Survival International organisait un contre-sommet avant l’ouverture du Congrès de la nature. Selon l’ONG, la création d’aires protégées est colonialiste et destructrice pour les peuples autochtones. D’autres spécialistes confirment cette critique. (…)


(…) À Survival, on prône plutôt la reconnaissance des droits des peuples autochtones sur leurs terres. En clair : confier la gestion et la gouvernance des zones à préserver aux habitants. Une étude parue ce jeudi 2 septembre va d’ailleurs dans leur sens : « 56 % des études sur la conservation sous contrôle “local” — par les communautés — montrent des résultats positifs, tant pour le bien-être humain que pour la conservation. Pour la conservation sous contrôle “extérieur” — par les États ou les ONG — , seul 16 % des études rapportent des résultats positifs et plus d’un tiers ont abouti à une conservation inefficace et des résultats sociaux négatifs. »

Un message d’espoir relayé par Llanquiray Painemal Morales, membre d’une communauté mapuche, au Chili : « Nous pouvons agir, chacun et chacune sur nos territoires, nous pouvons les défendre, nous pouvons dénoncer les pratiques destructrices des entreprises et des gouvernements. Il faut s’unir, s’organiser. Et nous allons ressurgir. » (…)

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Aller plus loin :
Un congrès mondial de la nature tout en contradictions
(Jade Lingdaard / Médiapart / article réservé aux abonné.e.s)
Le congrès au jour le jour (Reporterre)

Le forum alternatif Notre terre, notre nature (Survival)


Visionner l’intégralité du forum alternatif organisé par Survival