Déclaration de l’Assemblée Générale de FAL sur la Colombie (4 octobre 2020)
Imprimer

Tout au long de ses cinquante ans d’existence, France Amérique Latine a soutenu les processus de transformation sociale en Amérique Latine et dans la Caraïbe, au travers de la lutte démocratique et en  privilégiant toujours le dialogue et les solutions pacifiques. En Colombie, où la violence et le conflit armé se prolongent depuis des décennies, à chaque fois qu’une opportunité s’est présentée de retrouver une paix stable, juste et durable par la négociation,  notre association a soutenu sans hésitation ces tentatives.

Malheureusement la plupart ont été réduites à l’échec, par choix politique, provocant des frustrations qui ont encouragé la poursuite de la confrontation violente. La dernière en date est la signature en 2016, après cinq ans de négociations, d’un accord de paix sans précédents, entre le gouvernement colombien de Juan Manuel Santos et la guérilla des FARC-EP. Cet accord a suscité beaucoup d’espoir en Colombie et un grand enthousiasme au niveau international. Nous avons appuyé sans réserves ces négociations et les accords.

Aujourd’hui nous constatons jour après jour un terrible regain de la violence et la mise en difficulté des accords de paix,  dont l’immense espoir a laissé place à un scepticisme généralisé et à une grandissante inquiétude face à la dérive galopante du gouvernement vers un pouvoir totalitaire et tyrannique, caractérisé par l’accumulation des pouvoirs institutionnels et le non-respect de la séparation des pouvoirs constitutionnels.

Dès son élection, entachée de nombreuses irrégularités et d’accusations de fraude massive dans plusieurs régions déterminantes, le président Duque n’a eu que mépris pour les accords de paix et pour les institutions issues de ces accords. Cela a été manifeste et lourd de conséquences. Les très nombreux assassinats de leaders sociaux, environnementaux et ethniques, des défenseurs des droits humains et d’anciens combattants démobilisés sont des crimes perpétrés dans la plus grande impunité, une caractéristique du gouvernement durant ses deux premières années au pouvoir.

Cette tendance a atteint son paroxysme ces derniers temps avec la multiplication des massacres, des bavures de l’armée et des violences policières qui sont devenues systématiques et sans retenue. La nuit du 9 septembre, les escadrons motorisés de la police ont répandu la terreur dans les rues des plusieurs villes, et notamment dans la capitale Bogotá, tirant à bout portant sur les manifestants, avec un bilan de dix morts et soixante blessés.            

Des médias, concentrés dans les mains des quelques groupes nationaux et internationaux, acquis à cette idéologie d’état extrémiste et violent, exercent un contrôle hégémonique de l’opinion publique. Les journalistes qui osent dénoncer cette situation ou s’attaquer aux icônes du régime subissent des pressions et des menaces qui les obligent à se retrancher sur les réseaux sociaux et très souvent à choisir l’exil.

Les liens étroits des élites et du gouvernement avec les barons de la drogue, dénoncés par des journalistes d’investigation avec profusion de faits concordants, montrent l’essence d’un état mafieux qualifié par les analystes de narco-fasciste.

Cette situation s’est aggravée avec la crise sanitaire engendrée par la pandémie qui situe la Colombie parmi les cinq premiers pays, en nombres de contaminés et de décès dus à la COVID-19, malgré les mesures prises par les autorités locales, souvent contrecarrées et désavouées par les ministères et le président Duque lui-même.

France Amérique Latine déplore la dégradation de la situation et cette violence généralisée, les atteintes aux droits fondamentaux et la dérive de plus en plus évidente vers un régime autoritaire entravant la liberté d’expression, le droit à manifester et le droit à s’organiser socialement. Un gouvernement qui ne garantit pas le droit à la vie de ses citoyens, perd sa légitimité.  

Nous dénonçons vivement cette flambée de violence, accompagnée  de massacres contre le peuple colombien, perpétrés par des groupes armés légaux et illégaux, sans réaction des autorités politiques en place ou même parfois avec leur assentiment.

France Amérique Latine réaffirme son engagement solidaire et inébranlable, aux côtés des colombien.ne.s qui soutiennent l’essence des accords de paix, luttent pour avoir de meilleures conditions de vie et exigent le respect des droits individuels et collectifs.

Nous appelons le gouvernement colombien à respecter l’ordre institutionnel et à honorer ses engagements internationaux, vis à vis des droits fondamentaux.

France Amérique Latine demande à la société civile internationale et à ses organisations, aux institutions internationales, à l’Union Européenne et au gouvernement français de rester vigilants, de se prononcer en faveur de la paix et du respect de la vie.

Nous encourageons les médias à informer sur la gravité de la situation, à rompre le silence, à percer cette chape de plomb qui protège les acteurs et les commanditaires de ces crimes odieux.     

France Amérique Latine invite tous ses adhérents et comités locaux, ses partenaires et organisations amies en France et en Europe à multiplier les actions dénonçant la grave situation que traverse la Colombie.

Assemblée Générale 2020 de FRANCE AMÉRIQUE LATINE
Martigues, le 4 octobre 2020

Imprimer