Dossier Brésil : Rebondissements dans l’affaire Lava Jato
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Les dernières révélations du journal d’investigation Intercept provoquent un véritable tremblement de terre politique au Brésil. Remise en cause de l’incarcération de l’ex-président Lula, accusations portées contre le Ministre de la justice qui l’avait condamné lorsqu’il était juge… ces fuites mettent le Brésil au centre de l’actualité latino-américaine.

France Amérique Latine vous propose une compilation d’articles et de tribunes avec différentes grilles d’analyses pour tenter de comprendre ce revirement dans l’affaire Lava Jato.

Lula, le 2 avril 2018, dernier meeting avant sa condamnation, Guarani Ribas Prado (@corisco_rp), tous droits réservés.

Lava Jato _ « les doutes ne datent pas d’hier » Autres Brésils

En 2018, l’ancien président du Brésil Luiz Inácio « Lula » da Silva avait été condamné à l’unanimité, en seconde instance, dans une procédure judiciaire qui mime par son caractère fallacieux et farcesque la procédure parlementaire qui a destitué en 2016 la présidente Dilma Rousseff. Précipitée, courue d’avance, sans preuves matérielles, médiatisée et truffée de vices de procédure.

L’aboutissement du procès entamé en 2014 par le juge devenu Ministre de la Justice, Sergio Moro, concrétise une nouvelle étape du coup d’État parlementaire et juridique. La condamnation de Lula, sans preuves, sonne le glas des institutions d’une démocratie formelle alors que d’autres politiciens négocient leur impunité, entre initiés. Les juges s’érigent en compas moral d’un autoritarisme des instances judiciaires bien connu des couches populaires brésiliennes. Condamné, Lula ne disputerait pas les élections de 2018, ouvrant la voie à l’hégémonie réactionnaire des partis de la vieille oligarchie brésilienne, mais aussi de ses nouvelles métastases d’une extrême droite nostalgique des Juntes Militaires (le Mouvement Brésil Libre, le projet École Sans Parti et l’ascension du député fédéral Jair Bolsonaro : devenu Président de la République ).

Lire l’intégralité de l’article sur le site d’Autres Brésils.

Brésil : Lula victime d’une machination express ? Chantal Rayes – François-Xavier Gomez / Libération

Les responsables de l’enquête anticorruption «Lava Jato» auraient manœuvré pour empêcher le retour de l’ancien président de gauche au pouvoir en 2018, selon le site «The Intercept», sur la base d’enregistrements explosifs.

Par le biais d’une source anonyme, le site a eu accès à un grand nombre de messages privés échangés sur Telegram, de 2015 à 2017, entre les procureurs qui instruisent l’affaire Lava Jato («lavage express»), la tentaculaire enquête sur la corruption qui a bouleversé le paysage politique brésilien, et leur chef, Deltan Dallagnol, notamment. Sans démontrer que Lula est innocent, ces échanges portent un sérieux coup à la solidité de l’accusation qui a mené l’ancien président en prison – il purge depuis avril 2018 une peine de huit ans et dix mois de réclusion, après sa récente révision à la baisse -, l’empêchant de briguer la présidentielle de 2018 dont il était le favori.

Alors juge de première instance, le ministre de la Justice du gouvernement de Jair Bolsonaro, Sérgio Moro, l’avait condamné pour corruption le 12 juillet 2017, un verdict confirmé en appel début 2018. Lula aurait reçu un triplex en bord de mer de la part du groupe de BTP OAS, en échange de quoi l’entreprise aurait décroché des contrats avec le géant pétrolier Petrobras. La principale révélation de The Intercept (qui en promet d’autres) : le procureur Deltan Dallagnol nourrissait des doutes sur sa culpabilité. «Ils vont dire qu’on l’accuse sur des indices fragiles […], écrit-il à ses pairs. Jusqu’à présent, j’ai peur de [faire] ce lien entre Petrobras et enrichissement. Et après ce qu’on m’a dit, j’ai peur, pour cette histoire d’appartement.»

Lire intégralité de l’article sur le site de Libération.

Lula, le 2 avril 2018, dernier meeting avant sa condamnation, Guarani Ribas Prado (@corisco_rp), tous droits réservés.

Christophe Ventura : « Nous sommes peut-être à l’aube d’un séisme politique au Brésil » Le Média Presse

AU BRÉSIL, L’IMMENSE SCANDALE DE CORRUPTION LAVA JATO POURRAIT BIEN AVOIR ÉTÉ INSTRUMENTALISÉ POUR DÉTRUIRE POLITIQUEMENT LE PARTI DES TRAVAILLEURS ET SON LEADER HISTORIQUE, LULA, ACTUELLEMENT INCARCÉRÉ. CHRISTOPHE VENTURA, DIRECTEUR DE RECHERCHE À L’IRIS ET SPÉCIALISTE DE L’AMÉRIQUE LATINE, REVIENT SUR LES DERNIÈRES RÉVÉLATIONS DU MÉDIA D’INVESTIGATION THE INTERCEPT ET LEURS PROBABLES CONSÉQUENCES…

Qu’est-ce que le scandale Lava Jato ?

Il s’agit d’une affaire de corruption qui anime la vie politique brésilienne depuis 2014 : de l’argent et des commissions ont été versées par des entreprises à des partis politiques. Lava Jato révèle l’existence d’un système politique brésilien dépendant des financements du secteur privé, qui stimule donc outrageusement tous les phénomènes de corruption possibles.

Comment analyser l’ampleur des informations publiées le 9 juin par la plateforme d’investigation The Intercept ?

Les révélations du site d’investigation fondé par Glenn Greenwald – le journaliste qui a obtenu le prix Pulitzer en 2014 pour son travail d’accompagnement des révélations d’Edward Snowden sur l’espionnage de la NSA – sont tout à fait fracassantes.

Elles dévoilent en détail la connivence entre différentes dimensions de l’appareil judiciaire brésilien, qui devraient normalement être indépendantes les unes des autres et qui vivaient pourtant une collusion absolument fusionnelle afin de préparer et organiser la chute de l’ancien président Lula. Ces révélations offrent tout un ensemble de messages et de conversations entre le procureur Deltan Dallagnol, représentant du ministère public et de l’État, et le juge de Curitiba Sergio Moro, qui est devenu, après la victoire de Jair Bolsonaro, le superministre de la Justice et de la Sécurité publique.

Les révélations de The Intercept n’apportent pas d’élément nouveau : nous savons depuis le départ que le procès de Lula est plus que controversé, qu’il a été mené en contradiction permanente avec les procédures judiciaires brésiliennes et les normes internationales, mais également que le juge a condamné Lula sans avoir établi de preuve matérielle, de preuve tangible de sa culpabilité, ce qui constitue une rupture dans l’ordre judiciaire brésilien et international. Cette fois-ci, cependant, tout cela est accompagné, corroboré et illustré par deux ans de conversations entre le procureur et le juge, qui ne devraient normalement pas se connaître ni converser ensemble pour confondre finalement leur adversaire commun : l’ancien président de gauche brésilien.

Lire l’intégralité de l’interview sur le site de Média Presse.

Au Brésil, Sergio Moro et les procureurs cherchent à freiner le scandale des messages filtrés. Espaces Latinos

The Intercept explique que cette affaire n’est que le début d’un «énorme trésor». Une affaire qui met en lumière des messages entre le juge Moro et les procureurs sur Telegram, une plateforme de messagerie cryptée, interceptés et envoyés par une source anonyme. Un anonyme qui soutient que les messages posent de sérieux doutes sur l’impartialité de Moro qui, en tant que juge, a envoyé en prison l’ex-président Luiz Inácio Lula da Silva. Des extraits de messages, publiés ce dimanche, incluent des conversations dans lesquelles Moro oriente les procureurs sur la mise en place, le rythme et l’ordre des investigations à effectuer.

Les avocats de Lula, une icône de la gauche latino-américaine qui continue à être l’une des figures d’opposition les plus influentes au Brésil, ont demandé au tribunal le plus important du pays la libération de l’ex-mandaté et ont tiré parti de ces accusations pour contester sa condamnation et demander son annulation.

Lors d’un événement brésilien ce lundi, Moro a revendiqué que jusqu’à maintenant ces messages ne prouvaient pas une conduite inappropriée de sa part, et l’équipe des procureurs explique qu’elle a agi en adéquation pendant ces cinq ans d’investigation «Lava Jato» qui avait révélé le versement de pots-de-vins de millions de dollars à de nombreux politiciens. Ils ont également souligné lors de déclarations écrites avoir été attaqués par un pirate informatique, ajoutant qu’il était alarmant que les messages aient été sorti de leur contexte et possiblement falsifiés.

Moro, qui s’est retiré de son rôle de juge principal dans l’investigation «Lava Jato» pour occuper la place de ministre de la Justice en janvier, a également critiqué The Intercept pour ne pas avoir identifié «la personne responsable de l’invasion criminelle des téléphones portables des procureurs». «Quant au contenu des messages dont vous me parlez, il n’y a aucune preuve de quelque anomalie ou de preuves que j’aie été à la tête de tels actes en tant que magistrat, bien qu’ils aient été sortis de leur contexte

Lire l’intégralité de l’article sur le site d’Espaces latinos.

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