Les anciens Farc pris pour cible en Colombie (Mathilde Blayo/ La Croix)
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Deux ans et demi après l’espoir d’une réconciliation nationale, la Colombie reste embourbée dans ses vieux fléaux. L’accord de paix, signé en novembre 2016 entre la guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) et les autorités colombiennes, devait mettre fin à plus de cinquante années de conflit interne. Mais les résultats peinent à se faire sentir et les anciens combattants Farc sont de plus en plus en danger. En moins de 24 heures, mardi 9 juillet, deux d’entre eux ont été assassinés. Selon les chiffres de la Farc, parti politique issu de l’ex-guérilla, 135 anciens rebelles ont été assassinés depuis 2016. Weimar Galíndez Daza et Luis Carlos Yunda Corrales en sont les dernières victimes, tués par balle mardi 9 juillet. En réaction, la Farc a annoncé qu’elle déposerait une plainte auprès du ministère public, mercredi 10 juillet, dénonçant « un plan » visant à « éliminer » les anciens combattants.

Jesús Santrich, membre de la FARC, escorté au tribunal de Bogotá (20 mai 2019. ( Daniel Munoz AFP)

Lors de l’accord signé en 2016, 7 000 guérilleros se sont engagés à être désarmés, en échange d’une protection de l’État. « Les cadres des Farc bénéficient bien d’une protection,indique Frédéric Massé, consultant spécialiste de la Colombie. Mais pour les autres, les mesures sont insuffisantes. »

Les zones rurales particulièrement visées

Derrière ces assassinats, il y a des groupes paramilitaires de la droite dure, des narcotrafiquants ou des dissidents de la guérilla. « Certains combattants ont gardé un pied dans les activités criminelles et les assassinats sont des règlements de compte liés à ces activités. D’autres sont tués pour avoir refusé de reprendre les armes et il y a aussi des actes de vengeances », poursuit l’expert. Avec un conflit interne qui a fait plus de 220 000 morts, le pays vit dans le souvenir des absents, des blessés et déplacés. La haine et le ressentiment sont encore très présents. Ces assassinats ont souvent lieu dans des parties reculées du pays. Les Farc avaient accepté l’accord de paix en échange d’une amélioration des conditions de vies dans les zones rurales et largement sous développées qu’ils contrôlaient. Mais depuis leur désarmement, de nouveaux groupes armés ont pris la place laissée vacante par les autorités.

« Sur place, il n’y a eu aucune amélioration et c’est le crime organisé et les paramilitaires qui sont aux commandes désormais. Or, de nombreux anciens combattants sont dans ces municipalités rurales et ne sont pas protégés », explique Christophe Ventura, directeur de recherche à l’IRIS.

 « Le gouvernement est négligent, ou a décidé de laisser faire »

Face à cette inaction étatique, de nombreux Farc reprennent les armes. En mai 2019, une enquête du New York Times fait état de 3 000 ex-combattants retournés dans la guérilla, un chiffre qui ne prend pas en compte les nouveaux venus.

« En n’appliquant pas les conditions de l’accord, le gouvernement est négligent ou laisse faire, dénonce Christophe Ventura. L’accord est tiraillé par une partie des Farc qui ne l’a jamais accepté et par un gouvernement hostile aux anciens guérilleros et qui craint que ne soient jugés l’armée et ses supplétifs pour les exactions commises pendant toutes ces années de conflit. »

Le nouveau président, Ivan Duque, élu en août 2018, n’est pas favorable à l’accord de paix tel qu’il a été signé en 2016. (…) 

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