🇪🇨 🇨🇴 Équateur et Colombie : entre conflits commerciaux, économiques, politiques et exploitation minière illégale (entretien avec Alberto Acosta par Emilia Delfino – Mongabay / Traduction par Yohan Leclerc – CDHAL
Un conflit commercial, économique et politique oppose actuellement l’Équateur et la Colombie en raison de divergences sur les tarifs énergétiques. La politique de sécurité de Daniel Noboa a échoué, ce qui a contribué à l’escalade des tensions entre les deux pays. Selon Alberto Acosta, Noboa, qui préside l’Équateur, entretient des liens étroits avec les États-Unis et est incapable de lutter contre la criminalité organisée dans son propre pays.
L’économiste Alberto Acosta a été ministre de l’énergie et des mines (janvier 2007-juin 2007) et président de l’Assemblée constituante de 2007-2008.
Leer en español : La minería ilegal no sólo está en la frontera con Colombia, está en todo Ecuador
Noboa reproche à la Colombie le manque de sécurité à la frontière, dans un contexte de violence alimentée par les cartels de la drogue également impliqués dans l’exploitation aurifère illégale dans les deux pays ». Noboa a imposé des droits de douane de 30 % et une hausse de 900 % du coût du transport de pétrole brut colombien via le système transéquatorien de l’oléoduc.
Gustavo Petro, président de la Colombie, réagit à ces actes en mettant un terme à la vente d’électricité à l’Équateur, ce qui pourrait exacerber la crise énergétique touchant ce pays.
Le crime organisé ne cesse de croître dans les deux pays en raison de l’exploitation minière aurifère illégale. Bien que des opérations militaires sur les sites soient tentées, Acosta soutient que « l’exploitation minière illégale a des liens avec le gouvernement, avec l’exploitation minière légale, et est désormais largement contrôlée par le crime organisé ».
Les tensions entre l’Équateur et la Colombie : quelles en sont les causes ?
Le cœur de ce conflit est assez difficile à comprendre et à accepter. Noboa a décidé d’instaurer une taxe de sécurité, augmentant donc de 30 % les droits de douane sur les produits importés de Colombie. Il mettait en avant que la Colombie n’avait pas su sécuriser sa frontière sud, permettant ainsi un afflux massif de personnes et de ressources liées au trafic de stupéfiants. Il souligne que l’Équateur connaît un déficit commercial avec la Colombie, car il importe considérablement plus de marchandises de ce pays qu’il n’en exporte. Il faut donc se questionner sur l’utilité des mesures mises en place par ces deux pays, qui ont pour effet d’entraver leur situation économique.
Quelles peuvent être les répercussions de la crise actuelle sur l’Équateur ?
Si les exportations augmentent dans le pays importateur, nous faisons face à un processus d’inflation. Cela ouvre la porte à des activités illicites, comme la contrebande, qui entravent la lutte contre le crime organisé. Ce dernier ne concerne pas seulement le trafic de drogue. Il affecte aussi plusieurs entreprises donnant accès à ces ressources. La contrebande est depuis longtemps un terrain fertile pour le crime organisé, mais il peut décoller encore davantage aujourd’hui.
L’augmentation des droits de douane imposés par la Colombie sur l’Équateur est très préoccupante, car environ 60 % des importations colombiennes sont destinées à la production équatorienne.
Les deux pays qui ont collaboré pendant des décennies pour une économie prospère risquent de voir leur relation économique se détériorer. Quels pourraient donc en être les impacts sur les chaînes de production colombienne, qui dépendent de l’huile de palme équatorienne pour une partie de leur approvisionnement ? Les pratiques commerciales sont donc menacées.
Ces deux pays partagent beaucoup plus qu’une relation économique. Ils sont rattachés par des liens culturels. L’intégration régionale prend un énorme coup en raison de ce différend.
À votre avis, pourquoi Noboa a-t-il pris cette décision ?
Je me demande si une telle mesure était réellement nécessaire de la part du gouvernement du président Daniel Noboa. La réponse est non. Je suis convaincu que, derrière cette guerre commerciale avec la Colombie, Noboa cherche un bouc émissaire extérieur pour masquer l’échec manifeste et incontestable de sa politique de sécurité face au crime organisé.
Le taux d’homicides pour 100 000 habitants est passé de 47 à plus de 51 sous le mandat de Noboa. Malgré la déclaration d’un conflit armé interne, la mobilisation des Forces armées et de la police, et le mépris du cadre institutionnel des droits de l’homme. Une législation plus répressive est mise de l’avant, ainsi qu’une forme de populisme pénal. Des ressources de toutes sortes sont mobilisées pour soutenir ce conflit armé interne. Cet échec du gouvernement l’a donc poussé à attribuer cette insécurité à la Colombie.
Dans ce contexte, des discussions s’amorcent quant à la possibilité d’organiser une élection révocatoire contre le président Daniel Noboa. La Constitution le prévoit : tout élu peut être révoqué, et ce, de la première à la fin de sa troisième année de mandat. Plusieurs groupes, mouvements sociaux et partis politiques promeuvent déjà cette idée, notamment dans différentes provinces. Des associations et des groupes se constituent afin de faire avancer la procédure de révocation. (…)
(…) Lire la suite de l’article ici
Pour rappel, voir L’Équateur impose 30% de taxes douanières à la Colombie qui répond de la même manière (Le Figaro / Le Monde / RFI)
