IVG: en Argentine, les femmes ne renoncent pas (Catherine Gouëset/ L’Express)
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À Buenos Aires, les féministes marquent des points. Malgré le récent rejet du projet de loi légalisant l’avortement.

Malgré le rejet en août de la loi sur l’IVG par le Sénat, les argentines continuent à réclamer le droit à l’avortement. Buenos Aires, 28/08/2018. Eitan Abramovich / AFP

Quelque 50 000 participantes ont fait le déplacement dans la petite ville de Trelew, à 1 400 kilomètres de Buenos Aires, du 13 au 15 octobre, pour la Rencontre nationale des femmes argentines. Particularité de cette 33ème  édition, dans la bourgade de Patagonie, la présence de groupes de collégiennes et lycéennes, parfois venues avec leurs mères ou leurs enseignantes – une manière de saluer l’engagement inédit des adolescentes dans la campagne en faveur de l’avortement légal, sans risque et gratuit jusqu’à quatorze semaines de gestation. Ces réunions annuelles sont à l’origine d’un projet de loi sur le sujet, largement débattu cette année par les élus, comme dans les médias et au sein de la population. 

Adopté par la chambre basse du Parlement en juin, le texte a finalement été rejeté par le Sénat, deux mois plus tard, par 38 voix contre et 31 pour. C’est la septième fois que ce projet, rédigé en 2006 par un collectif d’ONG, était présenté devant le Congrès. Mais le document n’avait jamais été débattu auparavant, faute d’un nombre suffisant d’élus signataires de la proposition. Depuis quelques années, la mobilisation s’est accrue grâce, en particulier, au mouvement Ni una menos (Pas une de moins)qui dénonce les féminicides.  

“Cela ne rapportait pas de voix”

Malgré le vote des sénateurs, “ce débat a été un pas de géant pour les droits des femmes”, assure Diana Maffia, directrice de l’Observatoire du genre au Conseil de la magistrature de Buenos Aires. “Depuis la fin de la dictature, les femmes avaient conquis le droit au divorce et celui d’être députée. Mais la maîtrise de leur corps restait sous tutelle. Le débat public, tout au long de l’année, a apporté une légitimation sociale à cette question. Un juge aura désormais plus de difficultés à emprisonner une femme pour un avortement.”;”Auparavant, c’était un sujet tabou, complète Victoria Ginzberg, journaliste à Página 12. Même les personnalités politiques qui y étaient favorables n’osaient pas en parler. Cela ne rapportait pas de voix.” 

Le silence officiel n’empêchait pas les femmes de s’organiser et de faire avancer leur cause. Depuis 2014, le groupe Socorristas en red (Secouristes en réseau) procure conseils et assistance aux femmes qui ont besoin d’un avortement sans risque. Mi-août, au lendemain du vote du Sénat, l’agence du médicament argentine, l’Anmat, a homologué l’usage gynécologique du Misoprostol, un anti-ulcéreux utilisé jusque-là de façon clandestine pour les IVG. “Désormais, les hôpitaux pourront en délivrer pour les interventions légales, en cas de danger pour la vie ou la santé de la mère, ou de viol, souligne Diana Maffia. Ce sera plus sûr.” Une semaine plus tard, un laboratoire public de la province de Santa Fe – dirigée par un socialiste – annonçait la production de Misoprostol, auparavant importé. 

L’opposition au projet n’est pas venue que de la droite

Au cours de l’année écoulée, si l’opposition à l’avortement est surtout venue de la droite conservatrice et de l’Église, le débat a traversé tout le spectre politique, et la division entre partisans et opposants au droit de choisir a été avant tout générationnelle. (…)

(…) Lire la suite de l’article sur le site de l’Express

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