Le « pronunciamiento » bolivien (Janette Habel/ Contretemps)
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Un premier bilan des années Evo Morales

« Je demande à mes frères indigènes qu’ils me contrôlent et si je n’avance pas suffisamment qu’ils me poussent » Evo Morales

Pourquoi faut-il que les erreurs politiques d’Evo Morales interdisent d’appeler un chat un chat et un coup d’État un coup d’État ? Il n’y aurait pas eu de coup d’État en Bolivie contre Evo Morales : telle est la thèse défendue par certains observateurs, journalistes ou universitaires européens et latino américains [1]. L’une des plus significatives émane de J.-P. Lavaud, universitaire français, spécialiste de la Bolivie, reprenant dans son blog sur Mediapart l’essentiel du discours néo-conservateur. Il récuse l’existence d’un coup d’État. Selon lui, la candidature d’Evo Morales étant illégale, « dénoncer et combattre cette illégalité n’a rien d’un coup d’État. Elle vise au contraire à rétablir l’ordre légal ». D’autant que, selon le même auteur, « les Forces armées, militaires et policiers, n’ont pas participé à ce soi-disant coup d’État qui n’est qu’un scénario de victimisation visant à confondre l’opinion nationale et internationale ». Il n’y aurait donc eu en Bolivie que « la complainte d’un coup d’État ».

Une séquence électorale contestée

La crise bolivienne résulte de causes multiples, mais la plus récente plonge ses racines dans le référendum de 2016, par lequel Evo Morales demandait aux Boliviens de pouvoir briguer un quatrième mandat présidentiel, il espérait ainsi contourner les limites imposées par l’article 168 de la Constitution. Evo Morales fut battu d’une courte majorité, 51,3 % de Boliviens refusant de modifier la Constitution. Le 24 février 2016, le Tribunal Suprême Électoral (TSE) confirmait la défaite du président bolivien. Mais, en novembre 2017, le Tribunal Constitutionnel Plurinational (TCP) reconnaissait le « droit humain pour tout citoyen, y compris pour les gouvernants actuels » d’élire et d’être élu, ouvrant ainsi la voie à la candidature d’Evo Morales et du vice-président Alvaro Garcia Linera. Une manœuvre politique qui allait susciter de nombreuses protestations.

Dès janvier 2019, à huit mois de la présidentielle prévue en octobre, l’opposition à Evo Morales avait fait du 21 février, date anniversaire du référendum de 2016 perdu par le président sortant, un rendez-vous pour l’alternance. Pendant les semaines qui précédèrent l’élection, les conflits et les affrontements se multiplièrent entre les secteurs pro-gouvernementaux, dont le Mouvement vers le Socialisme (MAS) [2], le parti d’Evo Morales, et l’opposition, notamment celle de Santa Cruz, bastion des élites conservatrices. Mais les mobilisations impliquèrent également des secteurs sociaux critiques envers la présidence d’Evo Morales, y compris dans la population indigène et parmi les jeunes des centres urbains.

C’est dans ce contexte que le déroulement de la séquence électorale allait provoquer une crise ouverte. L’interruption inexpliquée du dépouillement des bulletins de vote lors de la transmission des premiers résultats jetait le doute sur leur validité. Avec 47,1 % des voix en sa faveur, contre 36,5 % seulement pour Carlos Mesa, lors d’un premier tour contesté par l’Organisation des États Américains (OEA), Evo Morales était proclamé vainqueur. Il évitait ainsi les risques d’un deuxième tour, le règlement électoral bolivien permettant qu’un candidat ayant obtenu au moins 40 % des voix et un écart de 10 % des voix avec son concurrent soit élu. Dans leur rapport les émissaires de l’OEA présents sur place à l’invitation du président bolivien (malgré la réputation sulfureuse de son président Luis Almagro) jugèrent « statistiquement peu probable qu’Evo Morales ait obtenu la marge de 10 % nécessaire pour être élu à l’issue du premier tour du scrutin » [3]. L’Union européenne émettait de « sérieux doutes » sur les résultats, estimant que la meilleure option serait la tenue d’un second tour. Les observateurs du Center for Economic and Policy Research (CEPR) basé à Washington allaient contester ces déclarations en expliquant différemment l’interruption de la transmission des résultats et l’écart final des 10,6 % entre les deux candidats [4]. Selon eux, l’écart était dû au décompte des premiers résultats qui n’étaient dépouillés que pour 84 % des votes, l’avantage de Morales n’étant alors que de 7,9 %. Mais le décompte effectué plus tard sur 95 % des bulletins indiquait un écart final de 10,6 % entre les deux candidats [5].

Dans un appel publié par le journal britannique The Guardian, des journalistes et intellectuels américains mettaient en cause l’OEA [6], dont la Mission d’Observation électorale affirmait dès le 21 octobre, le lendemain de l’élection, « sa surprise et sa grande préoccupation face au changement radical et difficile à expliquer concernant la tendance indiquée par les résultats préliminaires après la fermeture des urnes ». Une allégation qui sous-entendait qu’il y avait eu fraude, sans en apporter la preuve. Cette fraude présumée n’a toujours pas été prouvée mais elle sera affirmée par l’ensemble des médias.

La première réaction d’Evo Morales fût de demander à l’OEA de réaliser un audit, audit qui sera refusé par Carlos Mesa, le candidat de l’opposition. L’OEA recommandait alors de recommencer l’élection plutôt que de procéder à un deuxième tour. Mais l’opposition profita de la suspicion pour exiger l’annulation de l’élection et la chute du gouvernement d’Evo Morales. Quelques jours à peine après le 20 octobre, un appel à la grève nationale et à la résistance civile avait été lancé à Santa Cruz, capitale économique du pays et bastion de l’opposition conservatrice, par Fernando Camacho, président du Comité Civique de Santa Cruz, appel à bloquer le pays.

Face aux manifestations et aux affrontements quotidiens, Evo Morales décidait de convoquer de nouvelles élections nationales « afin de permettre au peuple bolivien d’élire démocratiquement ses nouvelles autorités en incorporant de nouveaux acteurs politiques ». C’est alors qu’intervinrent les mutineries de certaines unités de police, puis l’intervention de l’armée qui provoquèrent la démission de Morales. Le commandant en chef de l’armée, William Kaliman, « suggérant » (sic) au président de démissionner, alors que le mandat de ce dernier ne devait se terminer que deux mois plus tard, en janvier 2020. Menacé physiquement, Morales partit pour le Mexique, accompagné du vice-président Alvaro Garcia Linera. Le champ était libre pour imposer une présidente autoproclamée.

La séquence électorale est éloquente. Trois témoignages la résument, le New York Times analyse ainsi la situation [7] : « Alors que les protestations se répandaient et que les mutineries de la police explosaient, les dirigeants de l’opposition firent appel aux Forces armées pour déloger Mr Morales et les leaders de l’armée lui « suggérèrent » de démissionner. Mr Morales partit pour le Mexique et c’est une sénatrice de l’opposition, Jeanine Anez, qui assuma la présidence. En réalité Mr Morales a été la proie d’un coup d’État. De nombreux Boliviens cherchaient le départ de Mr Morales. Mais il s’en alla seulement après la rébellion de la police et après que le chef d’état-major l’eut appelé à démissionner, un appel fait après qu’il eut accepté de procéder à de nouvelles élections sous l’égide de nouvelles autorités électorales, ce qui offrait une issue plausible à la crise sans intervention militaire. Le coup d’État met en évidence une tendance alarmante en Amérique latine : ignorant les leçons tragiques du passé prétorien de la région, de nombreux politiciens se tournent vers les Forces armées pour résoudre les crises et même destituer les gouvernements ». Le journaliste de RFI, Amaury de Rochegonde [8], décrit ainsi la situation : « Le problème, c’est qu’au-delà des mots, il y a les faits. Et là, il faut être aveugle pour ne pas voir la répression le 15 novembre des manifestations indigènes à Cochabamba où 5 paysans ont été tués. Ou bien le 19 à El Alto, près de La Paz, où plusieurs manifestants sont morts lors du déblocage d’une raffinerie. Il faut être aveugle aussi pour ne pas voir que s’opposent des nostalgiques de droite, Bible en main, comme le très médiatisé Luis Fernando Camacho, surnommé le “Bolsonaro” bolivien, et des classes pauvres d’origine indienne plus proches de la Pachamama, la terre sacrée ».

Citons enfin l’ancien Président du gouvernement espagnol José Luis Zapatero, qui incrimine « les performances de l’OEA, ses positions fausses, la seule chose qu’elle a faite c’est d’aggraver les divisions sur le continent latino-américain ». J.-L. Zapatero appelait à ne pas se taire devant le coup d’État contre le président Evo Morales, tout en exhortant la gauche du continent à dénoncer la situation de ce pays andin. « Nous voyons le scandaleux coup porté au président bolivien. Demander à un président élu constitutionnellement de quitter le pouvoir ne peut être un acte de démocratie. Nous ne pouvons pas nous taire ». Un coup d’État dans la tradition latino-américaine, où l’expression « pronunciamiento » désigne le fait que l’armée se « prononce » contre le pouvoir en place et le remplace par un autre imposé par la force.

Selon Reporters sans frontières (RSF), « la liberté de la presse est en grand danger en Bolivie. Si ce n’est pas un coup d’État, ça y ressemble de plus en plus ». Des dizaines de quotidiens comme Los Tiempos ou Pagina 7 ont dû suspendre leur version imprimée pour des raisons de sécurité. Le gouvernement de facto a déclaré qu’il agira selon la loi contre les journalistes qui soutiennent la « sédition ». Un décret exemptant de responsabilité pénale les militaires participant à des opérations de maintien de l’ordre contre « des groupes subversifs armés, des groupes étrangers avec des armes de gros calibre » était parrainé par le ministre intérimaire de la défense. Ce décret assurait l’impunité des militaires, il fut suspendu ultérieurement. Fin novembre on dénombrait dans l’ensemble du pays 32 morts, dont de nombreux à balles réelles, et 700 blessés. Sans compter les brutalités et les humiliations racistes commises sur des femmes indigènes, certaines peintes en rouge ou ridiculisées pour le port de la pollera, la jupe bouffante traditionnelle. La mission de la Commission Interaméricaine des Droits de l’Homme (CIDH), qui visita la Bolivie du 22 au 25 novembre, évoque un massacre à propos des actes violents qui se sont produits à Sacaba (Cochabamba) et à Senkata (El Alto). Son rapport signale que « les blessures observées montrent de sérieux indices de pratiques d’exécutions extra-judiciaires ».

C’est dans ce contexte que l’Ambassadeur de l’Union européenne (UE) Leon de la Torre s’est réuni avec la Présidente autoproclamée Jeanine Añez et a proposé la médiation de l’UE afin que « la Bolivie puisse organiser le plus tôt possible des élections crédibles ». L’ambassadeur officialisait ainsi l’appui de l’UE au gouvernement de facto, suivi de peu par le secrétaire d’État américain, Mike Pompeo, proclamant « son soutien à la liberté de la presse, aux protestations et aux réunions non violentes. La violence, la répression et l’intimidation politique n’ont pas de place dans une démocratie ».

L’Internationale Socialiste emboîtait le pas en estimant qu’il ne s’agissait pas d’un coup d’État, mais qu’au contraire « la situation offrait d’énormes possibilités pour récupérer la démocratie et le pluralisme [9] ».

Le coup d’État légitimé ?

Après la démission et le départ contraints d’Evo Morales le champ institutionnel était libre. « Du fait de l’absence définitive du président et du vice-président (…) en tant que présidente de la Chambre des Sénateurs, j’assure immédiatement la présidence comme prévu par l’ordre constitutionnel », déclarait le 12 Novembre la sénatrice Jeanine Añez, membre de l’opposition conservatrice et deuxième vice-présidente du Sénat, invoquant Dieu « qui a permis que la Bible entre à nouveau au Palais ». L’armée reconnaissait aussitôt cette présidente autoproclamée, chargée d’assurer l’intérim et de préparer de nouvelles élections. Pour les nouveaux détenteurs du pouvoir civil et militaire, il s’agissait de légitimer le coup d’État en le présentant comme un processus de transition démocratique. Pourtant le quorum n’était pas atteint au Parlement où le parti d’Evo Morales, le MAS, est majoritaire. Malgré l’absence de quorum, la présidente autoproclamée annonçait alors la formation d’un gouvernement. Les responsables du coup d’État étaient confrontés à un choix : tenter un accord avec le MAS pour pouvoir élire de nouvelles autorités électorales et convoquer de nouvelles élections afin de neutraliser les mobilisations populaires, ou affronter les sénateurs et les députés du MAS encore majoritaires au Congrès et imposer par la répression le pouvoir et les décisions du gouvernement de facto.

Le MAS était divisé et les militants désorientés par la démission d’Evo Morales. Certains des parlementaires soutenaient les partisans du président exilé, ils bloquaient les routes reliant La Paz aux régions agricoles du centre de la Bolivie, réclamant son retour et exigeant la démission de la présidente autoproclamée dans un délai de 48 heures. Mais d’autres ne demandaient pas le retour d’Evo Morales, ils réclamaient l’arrêt des violences et acceptaient de préparer avec les putschistes de nouvelles élections. 

C’est dans ce contexte qu’un « Accord de Pacification » fût signé fin novembre à La Paz. Parrainé par la Conférence Épiscopale bolivienne, l’UE et l’ONU, l’accord conclu prévoyait le retrait de l’armée, la suspension du décret assurant l’impunité des militaires, la libération des détenus, les organisations sociales s’engageant à arrêter les blocages de route. Présenté par le Secrétaire exécutif de la Centrale Ouvrière Bolivienne (COB), Juan Carlos Huarachi (qui avait soutenu auparavant la candidature d’Evo Morales), et par le ministre de l’Intérieur du gouvernement de facto, Arturo Murillo, le document se proposait de « réorienter » le pays et « les structures organiques du peuple bolivien ». Des organisations de femmes, telles que la Confédération Nationale des femmes paysannes originaires de Bolivie-Bartolina Sisa [10]– les Bartolinas –, signaient un accord avec le gouvernement intérimaire. Il allait mettre un terme aux mobilisations contre Jeanine Añez dans la majeure partie du pays. Toutefois, dans le Chaparé, bastion des cocaleros (cultivateurs de coca), soutiens d’Evo Morales, les manifestations se prolongèrent plusieurs jours sans que la police puisse intervenir. Le document d’accord avec le gouvernement était également ratifié par des organisations sociales très importantes telles que la Confédération syndicale unique des travailleurs paysans de Bolivie (CSUTCB), la Confédération syndicale des Communautés interculturelles de Bolivie (CSCIB), la Confédération des peuples indigènes de l’Est bolivien (CIDOB), et le Conseil des Ayllus [11] et Markas du Qullasuyu [12] (CONAMAQ), un ralliement témoignant des divisions affectant les organisations sociales et le mouvement indigène. La signature de la Coordination des six Fédérations du tropique de Cochabamba, bastion des cocaleros, n’apparaissait pas alors sur le document.

Dans le même temps, le Parlement bolivien donnait son feu vert à l’organisation de nouvelles élections présidentielle et législatives. Le texte approuvé par le Parlement prévoyait notamment l’annulation du scrutin du 20 octobre, reconnaissant ainsi sa non validité. Le MAS qui disposait encore d’une majorité des deux tiers au Parlement après des débats houleux votait en faveur du projet de loi, entérinant ainsi la démission et l’exil de l’ancien président dont le mandat n’aurait dû s’achever légalement que fin janvier 2020.

Par son vote le MAS pensait éviter la poursuite des violences, mais ce faisant il offrait une apparence de légitimité démocratique au coup d’État. Depuis, Evo Morales a été accusé par le ministre de l’Intérieur du gouvernement de facto, Arturo Murillo, de fomenter la « sédition » et le « terrorisme ». Il est interdit de séjour et de participation électorale. Et le parquet bolivien le 18 décembre a émis contre lui un mandat d’arrêt. L’ex-commandant William Kaliman, qui avait obtenu la démission d’Evo Morales, a été limogé, ainsi que son alter ego de la police Vladimir Calderón, tous deux étant remplacés par plus déterminés qu’eux. Enfin plus de cent responsables du MAS sont aujourd’hui recherchés ou emprisonnés.

Quatorze ans après l’élection du premier président indigène et la proclamation d’une « Révolution démocratique et culturelle », les prochaines élections [13] se tiendront donc sans Evo Morales. Le gouvernement de facto contrôle les rouages politiques, économiques, judiciaires, militaires de l’appareil d’État. Son objectif est de diviser et de démobiliser les forces militantes du MAS, de le discréditer lors des prochaines élections, tout en préservant les apparences, en proclamant son respect de la légalité, de la démocratie, de l’État de droit et de la Constitution. En dépit de ses dénégations, le gouvernement dit intérimaire légifère en politique intérieure et en politique internationale. Il s’est engagé à « libérer » l’économie, sur le plan international à rompre avec l’Union des nations sud-américaines [14](UNASUR) et à reconnaître le président autoproclamé du Venezuela Juan Guaido. Après l’arrestation par la police bolivienne de 4 médecins cubains à El Alto, La Havane a retiré immédiatement tous ses personnels de santé présents en Bolivie. Dernier épisode, des députés européens responsables du parti d’extrême droite franquiste VOX, en mission à La Paz avec l’accord de Jeanine Áñez, y ont mené une enquête sur des liens financiers supposés entre le ministre Juan Ramon Quintana, bras droit d’Evo Morales, et le parti Podemos. L’objectif de VOX est de dénoncer l’alliance gouvernementale du PSOE avec Podemos. À cette occasion, Arturo Murillo, ministre intérimaire de l’Intérieur, s’est permis de déclarer : « Le délinquant Quintana n’aura jamais de sauf-conduit pour quitter l’Ambassade mexicaine, son seul sauf-conduit sera pour la prison de Chonchocoro ». Ce qui en dit long sur le respect de l’État de droit et l’indépendance de la justice de la part du pouvoir des putschistes.

Le 7 décembre 2019, le Congrès National élargi du MAS réuni à Cochabamba entérinait sa participation aux élections de 2020 et désignait Evo Morales comme chef de campagne, considérant qu’il était le plus qualifié « compte tenu de ses qualités de stratège » et de ses appels à l’unité. Le député du MAS et dirigeant cocalero Lino Cárdenas affirmait qu’Evo Morales pourrait, grâce aux nouvelles technologies, diriger la campagne avec l’appui des mouvements sociaux et des militants. Après avoir quitté le Mexique, Evo Morales s’est réfugié en Argentine, accompagné d’Alvaro Garcia Linera, de l’ancien chancelier Diego Pary et de deux anciens ministres. Ce départ avait été précédé d’un voyage à Cuba discrètement évoqué par les médias officiels à La Havane. (…)

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