«Le système patriarcal pèse sur les structures politiques» (Charles Delouche/Libération)
Imprimer

Continent inégalitaire et globalement répressif sur l’IVG, l’Amérique latine est toutefois ébranlée par une vague de mouvements féministes, explique le chercheur Franck Gaudichaud.

Si l’Argentine débat ces temps-ci de l’avortement, le sujet reste l’un des grands tabous du continent sud-américain. Maître de conférences en études latino-américaines à l’université de Grenoble, Franck Gaudichaud revient sur ce droit bafoué à travers un continent où l’Église et le système patriarcal régissent encore souvent la société.

Comment expliquer que le droit à l’avortement demeure une position marginale en Amérique du Sud ?

C’est l’une des régions du monde les plus restrictives en termes de droit à l’IVG : 90 % des Sud-Américaines vivent dans un contexte restrictif du droit à l’autodétermination du corps. Le système patriarcal y est très important et il pèse sur les structures politiques. Globalement, la situation est répressive, avec des cas extrêmes comme au Salvador ou au Nicaragua, les plus radicaux quant à la criminalisation de l’IVG. A l’inverse, Cuba a dépénalisé l’avortement dès 1965 et l’Uruguay a voté la légalisation en 2012. Même dans les pays les plus avancés sur la question, il y a des problèmes de mise en application de la loi et des médecins refusent de pratiquer l’IVG. C’est le continent des inégalités de genre, de race et de classe. Au Chili, les filles de bonne famille pratiquent l’avortement assez facilement : on les hospitalise pour «appendicite»… Les filles des classes populaires, elles, n’ont pas accès à ces opérations très coûteuses et illégales.

La situation politique actuelle est-elle favorable à une évolution du droit des femmes ?

Au Brésil et dans plusieurs pays, on retrouve une tendance au retour des droites. Depuis le coup d’Etat institutionnel contre Dilma Rousseff, la droite a passé des accords avec l’Eglise évangélique. Il y a clairement une menace sur le droit à l’avortement déjà très limité : l’IVG n’y est légale que dans les cas de viol, de danger de mort pour la mère ou d’anencéphalie du fœtus. C’est sur le plan moral et éthique que les conservateurs politiques et religieux sud-américains avancent leurs pions. Depuis 2017, sous l’impulsion de l’ex-présidente Michelle Bachelet, le Chili a enfin une loi qui autorise l’avortement sous conditions (danger pour la femme enceinte, fœtus non viable ou résultat d’un viol). Cela s’est fait au prix de batailles homériques au Parlement, malgré les interventions de l’Eglise (…) 

(…) Lire l’article complet sur le site de Libération

Imprimer