🇦🇷 🇪🇸 Entre Madrid et Buenos Aires, la brouille diplomatique s’envenime (Emma Larbi / Libération)


Les propos insultants du président argentin, Javier Milei, contre l’épouse de Pedro Sánchez ont poussé Madrid à rappeler définitivement son ambassadrice. Malgré une crise inédite, la rupture réelle des relations diplomatiques reste incertaine.

Le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez et le président argentin Javier Milei. (Pau Barrena et Thomas Cuesta/AFP

L’escalade continue entre Madrid et Buenos Aires. Mardi 21 mai, le ministre des Affaires étrangères espagnol, José Manuel Albares, a annoncé en Conseil des ministres le départ définitif de l’ambassadrice espagnole d’Argentine, María Jesús Alonso. Celle-ci était déjà de retour à Madrid depuis 48 heures. Rappelée après les propos provocateurs tenus le 19 mai par le président argentin Javier Milei contre le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez et son épouse Begoña Gómez, qu’il a traitée de «corrompue». Cette dernière est visée par une enquête préliminaire pour «corruption» et «trafic d’influence» qui a déjà fait couler beaucoup d’encre en Espagne, notamment sous l’impulsion de la droite. Fidèle à sa réputation de trublion, le président argentin a remis une pièce dans la machine et refusé de présenter des excuses publiques malgré la crise diplomatique qui a suivi.

C’est un fait sans précédent de voir un chef d’État venir dans la capitale d’un autre pays pour insulter ses institutions et pour commettre une ingérence claire dans ses affaires internes», a fustigé le ministre espagnol des Affaires étrangères, alors que le chef d’Etat argentin a tenu ses propos devant le congrès réunissant l’extrême droite mondiale réunie à Madrid par le parti d’opposition Vox. Pour Gérard Guillerm, chercheur à l’Institut des hautes études de l’Amérique latine (IHEAL), Javier Milei a, a minima, «rompu une des règles de la diplomatie internationale, qui veut qu’un président en exercice n’assiste pas à une réunion publique organisée par un parti d’opposition à l’étranger». En parallèle de sa visite de 72 heures, le chef d’Etat n’a d’ailleurs rencontré ni Pedro Sánchez ni le roi Felipe VI.

Coup d’éclat ou simple dérapage ? Les motivations réelles de Javier Milei restent floues. «Il n’y avait sans doute pas d’objectif, ni peut-être même pas une volonté de provocation, explique Jean-Louis Martin, économiste et chercheur associé sur l’Amérique latine à l’Institut français des relations internationales (Ifri). Les coûts d’une telle attitude lui importent peu, il se fait surtout plaisir en s’exprimant ainsi.» Depuis sa campagne électorale et son élection en novembre, le caractère naturellement provocateur et les sorties polémiques de Javier Milei font régulièrement polémique.

«C’est un propos fait avec conviction, estime à l’inverse Christophe Ventura, spécialiste de l’Amérique latine et directeur de recherche à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris). Je ne crois pas que ce soit ni une sortie de route, ni une provocation, ça correspond à une ligne politique et idéologique affirmée et structurée.» L’homme d’État sud-américain entretient des relations tendues avec le Premier ministre espagnol, soutien de Sergio Massa, son rival politique, lors des dernières présidentielles. Invité sur la chaîne argentine LN + à la suite des déclarations de Madrid, Javier Milei a d’ailleurs à nouveau fustigé Pedro Sánchez, qualifiant le représentant espagnol de «lâche» et de «socialiste arrogant». «Il ne faut pas sous-estimer son fanatisme anticommuniste, puisqu’il exècre les communistes, les libéraux mous ou les sociaux-démocrates auxquels il assimile Pedro Sánchez», ajoute Christophe Ventura. (…)

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