Nicaragua : trois militantes à Paris (articles de Karen Lajon/ JDD et de Benoît Hervieu-Léger/Blog Médiapart)
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Invitées par le Collectif de Solidarité avec le Peuple du Nicaragua, trois militantes anti-Ortega sont venues expliquer leur combat à Paris. Deux ont dû fuir le pays, une autre prend encore le risque de rester. Toutes expliquent en quoi la résistance peut se faire en interne comme en externe, l’important étant de ne jamais baisser les bras.

Nicaragua : trois militantes anti-Ortega plaident leur cause à Paris (Karen Lajon/ Journal du Dimanche)

CHRONIQUE FEMMES DU MONDE – Karen Lajon, grand reporter au service Étranger du JDD raconte la vie peu ordinaire, voire exceptionnelle, de femmes dans le monde.


Mónica López Baltodano, Francisca Ramírez Torres et María Teresa Blandón Gadea. (DR.)

On l’avait rencontrée à Managua en juin 2018. Francisca Ramírez Torres, leader du mouvement paysan, était harcelée par le pouvoir de Daniel Ortega mais elle tenait. Un rapport des Droits de l’Homme au Nicaragua établi par l’Union européenne avait pourtant fait état, dès l’année précédente, d’une très grande inquiétude à son sujet. Mais rien ne semblait pouvoir atteindre la madone du monde agricole. Elle a pourtant fini par céder. On la retrouve aujourd’hui de passage à Paris et pour une tournée à l’étranger, en compagnie de Mónica López Baltodano et María Teresa Blandón Gadea, toutes militantes nicaraguayennes et membres de la plate-forme Articulación de movimientos sociales de la sociedad civil, qui rassemble mouvements sociaux et organisations de la société civile en lutte contre le régime du Nicaragua.

J’ai dû quitter mes terres qui sont tout pour moi: un vrai déchirement.

Quelque peu abattue, elle grignote les chocolats qui sont devant elle, le regard un peu perdu. Sa vie a basculé. Doña Francisca vit désormais réfugiée au Costa Rica voisin. “Ce fut terrible, j’ai dû quitter ces terres, mes terres qui sont tout pour moi, un vrai déchirement. C’est comme si on m’arrachait la moitié de ma vie.” Francisca loge dans un baraquement avec cinquante autres personnes. “Le Costa Rica a la gentillesse de nous accueillir, de nous garantir de ne pas nous expulser, mais c’est tout. Nous n’avons rien. Hormis un repas par jour offert par une association locale. Au-delà de mon cas personnel, nous avons besoin que le monde entier entende ce qui se déroule au Nicaragua.” (…)

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Daniel Ortega, la rhétorique et la répression (Benoît Hervieu-Léger)

Trois figures féminines du mouvement social nicaraguayen témoignent des dévoiements du régime incarné par le couple Daniel Ortega-Rosario Murillo, à l’aune de la crise qui mine le pays depuis un an, quatre décennies après la Révolution sandiniste.

Sociologue féministe pour l’une. Leader paysanne pour l’autre. Avocate et défenseuse des droits humains pour la troisième. En tournée en Europe et aux États-Unis, Maria Teresa Blandón, Francisca Ramírez et Mónica López Baltonado bataillent pour attirer l’attention internationale sur le sort d’un pays peu regardé des médias. Depuis bientôt un an, la répression rythme le quotidien de la population nicaraguayenne, livrée à la dérive autocratique d’un couple qui faisait symbole quarante ans plus tôt. Revenu au pouvoir en 2007, secondé par sa femme nommée vice-présidente en 2017, Daniel Ortega apparaît aujourd’hui bien loin de l’idéal sandiniste porté au pouvoir dans la chute d’Anastasio Somoza en 1979.

Depuis le 18 avril 2018, le Nicaragua endure une répression qui n’est pas sans rappeler les années de dictature dynastique. Près de 500 morts, 4 000 blessés, de 40 à 80 000 exilés au Costa Rica voisin, 700 prisonniers politiques dont certains extraits de prison mais assignés à résidence, et 500 000 personnes privées d’emploi dans les six derniers mois en constituent le bilan. La quête de solidarité internationale emmenée par les trois femmes se heurte à des nostalgies militantes dans les rangs des gauches. Qui acceptera de regarder enfin le nouveau visage du guérillero d’antan, à nouveau dans la ligne de mire de Washington, lui qui en fut pourtant un excellent allié à l’heure de son retour au pouvoir, signant alors d’un même élan un traité de libre-échange avec les Etats-Unis et l’adhésion à l’ALBA ? La duplicité du pouvoir est l’autre plaie du Nicaragua d’aujourd’hui. Elle est l’autre nom de sa détresse (…)

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