Non au retour à la politique du sabre et du goupillon au Salvador
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El Salvador, le 9 février 2020. REUTERS, Victor Pena. RFI

Dimanche 9 février, lors d’une session extraordinaire qu’il avait lui-même convoquée, le président Nayib Bukélé a fait irruption au Parlement accompagné de militaires et de policiers lourdement armés. Cette manœuvre avait pour but de forcer les parlementaires à siéger et à voter l’octroi de 109 millions de dollars, correspondant à la troisième tranche du Plan de contrôle territorial visant à équiper les forces armées et la police dans leur lutte contre le crime organisé.

Il convient de rappeler que, bien qu’une majorité de voix se soient portées sur Nayib Bukélé lors des dernières élections, le parti GANA sous l’étiquette duquel il s’était présenté ne compte que dix élus au parlement. Justifiant leur refus d’approuver le budget proposé par l’absence de transparence, les deux partis d’opposition majoritaires (FMLN, gauche, et ARENA, extrême droite) se sont rejoints pour dénoncer la tentative de passage en force pour le faire adopter comme une « tentative de coup d’État au pouvoir législatif ».

France Amérique Latine tient à exprimer son inquiétude face à cette démonstration de force militaire rappelant les périodes les plus noires d’un conflit armé interne qui a marqué l’histoire du pays et laissé de profondes séquelles dans la société salvadorienne. Cette incursion intempestive des forces armées au Parlement, accompagnée d’un appel à l’insurrection inscrit dans la Constitution, puis d’une invocation à la « puissance divine » pour résoudre la crise a été fermement condamnée par la Cour Constitutionnelle mais aussi par de nombreuses organisations de la société civile, qui y voient, à juste titre, une grave menace pour les droits humains dans le pays. Ainsi, à travers un communiqué, une large coalition de mouvements féministes considère que « l’utilisation de la religion pour légitimer l’abus de pouvoir dénotent une atteinte patentée à l’État laïque » et déplore que « le discours et la pratique [du président] se fondent sur des symboles qui entrainent un recul en matière de respect des droits humains ».

Loin de constituer une exception, cette dérive autoritaire au Salvador s’inscrit dans la même ligne que les pratiques réitérées de nombreux régimes (en particulier les pays voisins d’Amérique centrale) consistant à imposer, comme méthode unique de gouvernance, le recours à la force et à la répression.

France Amérique Latine alerte et invite le gouvernement français et la communauté internationale à réagir face à ces tentatives qui bafouent des institutions démocratiques concernant l’ensemble de la société, institutions pour la construction desquelles les populations de l’Amérique centrale ont, par le passé, payé un prix extrêmement élevé.

Bureau National de France Amérique Latine, 13 février 2020

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