Traité UE-Mercosur. Pourquoi n’y a-t-il que des perdants ? (Lina Sankari / L’Humanité) / Accord coulé ? (Jean-Jacques Kourliandsy/ Espaces latinos)


L’une des raisons de la colère manifestée par les agriculteurs est le projet d’accord commercial entre l’Union européenne et le Mercosur. Alors qu’il est négocié depuis 1999, de plus en plus de voix remettent en question cet accord de libre échange.

Traité UE-Mercosur. Pourquoi n’y a-t-il que des perdants ? (Lina Sankari / L’Humanité)

Les agriculteurs mobilisés demandent à l’Union européenne de renoncer au traité de libre-échange, en négociation. Côté latino, les syndicats et organisations de défense des peuples autochtones craignent le pire.

Le modèle des immenses exploitations latino-américaines sous-tend une concurrence déloyale que déplorent les agriculteurs français. © Xavier POPY/REA

Vingt ans après le début des négociations, le plus important accord de libre-échange conclu par l’Union européenne (UE) n’est toujours pas ratifié. Et pour cause. Le traité UE-Mercosur – Brésil, Argentine, Paraguay, Uruguay et prochainement la Bolivie – cristallise la colère des agriculteurs européens, qui réclament son abandon.

Emmanuel Macron, qui a rencontré ce jeudi [1 février] la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, à Bruxelles, endosse le rôle de l’opposant en chef, sans bloquer les négociations. Jusqu’alors, la Commission voulait faire signer le texte lors du sommet ministériel de l’Organisation mondiale du commerce, du 26 au 29 février. Face à la contestation, elle a admis que le traité, auquel l’Allemagne et l’Espagne sont favorables, restait à améliorer.

Le projet, souvent caricaturé en un partenariat « viande contre voitures », prévoit la libéralisation de 82 % des importations de produits agricoles de ces pays, constitués en union douanière en 1995, sur une période de transition maximale de dix ans (99 000 tonnes de viande bovine importée dans l’UE par an, 25 000 de viande porcine, ou encore 180 000 de volaille et de sucre) en échange d’exportations d’automobiles, de pesticides, de textile, de produits pharmaceutiques et d’alimentaire. (…)

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Accord Mercosur-Union Européenne : Accord coulé ? (Jean-Jacques Kourliandsy/ Espaces latinos)

La grogne des agriculteurs français a semé des mines flottantes autour du porte-conteneurs, « Europe et Mercosur ». La bataille navale, un temps suspendue par la Covid-19 et les dévastations amazoniennes de Jair Bolsonaro, a retrouvé un cap belliqueux depuis quelques semaines. Va-t-elle torpiller l’accord Mercosur-Union européenne, péniblement trouvé le 28 juin 2019 et sorti des cartons après l’élection de Luis Inácio Lula da Silva à la présidence du Brésil le 30 octobre 2022 ? L’accord n’est peut-être pas coulé, mais il a bel et bien glissé en dessous de la pile des urgences.

Photo : DR

La mondialisation, philosophie économique et culturelle du moment, navigue de conserve avec la levée universelle des barrières douanières. L’Union européenne en a fait son étendard identitaire, en signant des traités de libre-échange tous azimuts. Pour ce qui est des Amériques, dont il est plus particulièrement question ici, elle a « traité », avec l’Amérique centrale, le Canada, le Chili, le Mexique, l’Équateur, le Pérou et la Colombie. Avec le Mercosur, le Marché Commun du Sud, les négociations se sont enlisées. Après des années de bla-bla, un compromis a été laborieusement trouvé en 2019. Mais signer n’est pas jouer. Encore faut-il, pour qu’il entre en vigueur, qu’il soit ratifié par le Parlement européen, ceux des pays composant le Mercosur et l’Union européenne.

La longueur des pourparlers est révélatrice de résistances, ici en Amérique du sud, comme là, en Europe. Outre-Atlantique les industriels ont peur d’être si l’on peut dire les dindons d’une farce qui n’a rien de comique ou d’appétissant. Le gouvernement argentin sortant, du péroniste Alberto Fernández, avait fait savoir fin 2023 qu’il refusait le traité en l’état, le considérant dommageable pour son industrie, et pour l’emploi. Mêmes craintes en Europe du monde agricole, français, hollandais, irlandais et polonais. Les organisations professionnelles françaises ont toujours été en première ligne, contestant les conditions inégales, à leurs yeux, de la concurrence. Produire en Europe, en France, suppose le respect de contraintes environnementales, ignorées, disent-elles, en Argentine, au Brésil, au Paraguay et en Uruguay. On notera que ces craintes sont aujourd’hui aussi reprises par les syndicats paysans espagnols, et de façon moins attendue par les petits producteurs, familiaux, brésiliens.

Le dossier a donc toujours été semé d’oursins, chacun soupçonnant l’autre partie de tricher sur les règles. Un jeu qui s’est bien compliqué au fil du temps. La France avait joué la montre avec succès en faisant vibrer la corde environnementale pendant les années Bolsonaro, au Brésil. La forêt amazonienne, avait martelé le chef d’État français sur tous les forums, est en danger. Cette vérité, malheureusement d’évidence, avait forcé la main aux plus chauds partisans d’une ratification rapide qui, pour des raisons électorales et idéologiques locales, portaient haut le drapeau écologique, et des forêts en péril. Allemagne, Espagne, Suède avaient donc suivi le panache vert du cavalier de l’Élysée. Un additif avait été ajouté à l’Accord, conditionnant la ratification au respect de la forêt amazonienne. Pour être bien comprise, la France avait ajouté quelques couches de vert, en 2023, histoire de montrer que Lula élu ou pas, il convenait de maintenir la garde. Un sommet des massifs forestiers tropicaux, « One forest summit », a été organisé en terres francophones, à Libreville (Gabon), les 1er et 2 mars 2023, sous la co-présidence d’Emmanuel Macron et Ali Bongo. Un deuxième, le Sommet pour un nouveau pacte financier mondial, s’est tenu à Paris, les 22 et 23 juin juin de la même année.

Le joker Amazonie a duré ce que durent les jokers. Le Brésil en élisant Lula, adversaire résolu de Bolsonaro, a d’entrée de jeu levé les interdits, en haussant lui aussi sa garde commerciale et environnementale. Lula à peine élu et pas encore au pouvoir s’est rendu à Charm El Cheikh en Égypte où se tenait la COP 27 le 16 novembre 2022. Il s’est présenté en défenseur convaincant de la forêt amazonienne et de la ratification de l’Accord UE-Mercosur. « Avec une déforestation en baisse de 49 % en dix mois » a déclaré Marina Silva, ministre brésilienne de l’Environnement, à Berlin, le 4 décembre 2023. « il n’ y a plus d’excuses pour ne pas signer l’accord ». 2023 a vu Lula alterner un chassé-croisé de propositions forestières avec Emmanuel Macron. L’un, Lula, ne s’est pas rendu à Libreville, les 1er et 2 mars, au « One Forest Summit », co-organisé par la France, l’autre, Macron, a boudé le sommet de l’OTCA (Organisation du Traité de Coopération Amazonien), organisé à Belém, en Amazonie brésilienne, les 8 et 9 août. (…)

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Voir aussi : Accords de libre-échange avec le Chili et le Mercosur : où en est-on ? (collectif Stop CETA-Mercosur / France Info)