La présence de la Chine en Amérique latine / La presencia de China en América Latina (José A. Amesty Rivera – DIAL / Traduction par Nouveaux espaces latinos / fr.esp.)


Les gens ordinaires de nos peuples latino-américains ne parlent plus seulement de la Chine comme d’un pays lointain qui achète du pétrole, du fer ou du soja, mais comme d’une puissance qui entre désormais « jusque dans nos cuisines » en Amérique latine et qui s’impose non seulement dans le commerce mais dans des domaines comme le commerce, la technologie, les ports, les routes, l’énergie, les télécommunications, l’intelligence artificielle, la surveillance numérique et même le jeu politique de la région.

Illustration : Nouveaux espaces latinos

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En 2026, la Chine a cessé d’être simplement « un grand client » pour devenir l’un des acteurs les plus puissants en Amérique latine et disputer aux États-Unis et à l’Union européenne le contrôle économique et stratégique du continent. Et dans les faits tout cela n’est pas arrivé du jour au lendemain ; pendant que l’Amérique latine s’enfonce entre la dette, les crises économiques, la corruption, les industries en faillite et les gouvernements désespérés en quête de financement, Beijing arrive en promettant argent frais, grands travaux et technologie sans sermons politiques ni conditions contraignantes.

C’est en procédant ainsi que la Chine a su s’ouvrir les portes et ce qui ressemblait il y a vingt ans à une simple opération commerciale se traduit aujourd’hui par une transformation complète des rapports de pouvoir en Amérique latine. La Chine contrôle déjà ou est présente dans les ports, les réseaux électriques, les mines, les télécommunications, les projets énergétiques, les satellites et les systèmes technologiques sensibles ; son influence se fait sentir des rues de Bogotá aux mines de lithium en Bolivie, en passant par le pétrole vénézuélien et les ports géants du Pacifique. Et tandis que de nombreux gouvernements applaudissent aux investissements et aux accords réalisés, d’autres disent craindre que la région entre dans une nouvelle forme de dépendance étrangère ; car si l’interlocuteur a bien changé, le risque d’une subordination demeure.

Le commerce est probablement la face la plus visible de cette expansion. La Chine est déjà le principal partenaire commercial de plusieurs pays sud-américains, en achetant d’énormes volumes de soja, de cuivre, de fer, de pétrole, de viande et de lithium, tandis qu’elle inonde la région de machines, technologies, panneaux solaires, produits industriels et véhicules électriques. Actuellement, le commerce entre la Chine et l’Amérique latine dépasse un demi-milliard de dollars par an, chiffre qui semblait relever de la science-fiction il y a deux décennies. Mais derrière ces jolis chiffres se cache une réalité embarrassante : l’Amérique latine continue d’exporter de la matière première bon marché et d’importer des produits industrialisés ; autrement dit, nous continuons de jouer le vieux rôle de fournisseurs de ressources naturelles tandis que d’autres gardent la main mise sur la technologie, l’industrie et les gros bénéfices.

Le Brésil est l’un des meilleurs exemples. La Chine est devenue le principal acheteur de soja brésilien et absorbe également d’énormes quantités de fer, de pétrole et de viande ; des régions agricoles entières du Brésil dépendent directement des décisions de Beijing. Si la Chine achète davantage, l’économie rurale respire et si la Chine réduit ses achats, des milliers de producteurs tremblent. Ce degré de dépendance préoccupe déjà certains secteurs de l’industrie brésilienne, notamment parce que des produits chinois beaucoup moins coûteux font du tort à des usines locales et accroissent la vulnérabilité de l’économie. Pendant ce temps, des entreprises chinoises gagnent du terrain dans les secteurs des réseaux électriques, de l’énergie, des ports et des télécommunications. Huawei est quasiment devenu l’acteur principal de l’essor technologique brésilien et il est très actif dans les réseaux 5G. Par ailleurs, des marques chinoises de véhicules électriques s’implantent de manière agressive sur le marché latino-américain, prenant peu à peu la place de fabricants occidentaux. Et c’est ici que la bataille géopolitique devient sérieuse, parce que la 5G n’est pas seulement de l’Internet rapide et cela concerne également l’intelligence artificielle, l’automatisation industrielle, la surveillance urbaine et le contrôle des infrastructures critiques. Washington le sait parfaitement, raison pour laquelle les États-Unis font pression sur des gouvernements latino-américains pour freiner la poussée technologique chinoise.

L’Argentine est confrontée à une autre situation délicate. Le pays possède l’une des plus grandes réserves de lithium de la planète, ressource clé pour les batteries, les voitures électriques et toute la transition énergétique mondiale. La Chine s’est déjà fortement implantée dans ce qu’on appelle le « triangle du lithium », qu’elle partage avec la Bolivie et le Chili. Mais, en plus du lithium, la Chine a financé barrages, voies ferrées et projets énergétiques en Argentine. Le point le plus sensible demeure la station spatiale chinoise implantée à Neuquén, en pleine Patagonie. Officiellement, il s’agit d’une base scientifique. Officieusement, beaucoup à Washington la soupçonnent de servir à des fins militaires ou de renseignement. Cela montre que la concurrence entre Chine et États-Unis se manifeste non seulement en Asie ou en Mer de Chine méridionale ; la bataille se joue également sur le territoire latino-américain. (…)’

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