🇨🇺 Vers une révolution économique à Cuba ? Quelles perspectives ? (Vidéo Christophe Ventura -IRIS/ Elisa Hainin-Miraillet – Nouveaux espaces latinos)
Miguel Díaz-Canel, président de Cuba et premier secrétaire du Parti communiste cubain, a proposé ce 18 juin, un ensemble de 176 mesures destinées à transformer en profondeur l’économie cubaine. Adoptées à l’unanimité, elles visent à libéraliser l’économie et à encourager les investissements étrangers. Ces réformes marquent une rupture avec le modèle économique traditionnel communiste hérité de la révolution menée par Fidel Castro en 1959.
Cependant, Cuba continue de faire face à de graves difficultés. L’île reste soumise à l’embargo américain en vigueur depuis 1962 et subit depuis le début de l’année 2026 un blocus pétrolier. Le pays connaît des pénuries de carburant, de nourriture et de médicaments, ainsi que des coupures d’électricité récurrentes.
Analyse de Christophe Ventura, directeur de recherche à l’IRIS
Dans ce contexte, que prévoient les 176 mesures adoptées par le gouvernement cubain ? En quoi pourraient-elles transformer l’économie de l’île ? Ce nouveau vent de réforme est-il en mesure de lever les sanctions américaines qui pèsent sur le pays et de contribuer au redressement économique de Cuba ?
Cuba sous pression : quand Washington pousse La Havane à faire une entorse à l’idéologie socialiste (Elisa Hainin-Miraillet / Nouveaux espaces latinos)
Sous la contrainte d’un étranglement économique orchestré depuis Washington, Cuba a adopté en juin 2026 un paquet de 176 mesures qui introduisent, pour la première fois depuis 1959, de véritables mécanismes de marché dans l’économie de l’île. Une rupture historique que le régime s’efforce pourtant de présenter comme une fidélité à ses principes.
L’étau américain : sanctions et asphyxie économique
Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, la pression de Washington sur La Havane a atteint une intensité inédite. À partir de janvier 2026, après l’opération militaire ayant conduit à la capture de Nicolás Maduro au Venezuela, l’administration républicaine a déclenché une offensive en règle contre l’île caribéenne. Premier levier : un blocus énergétique. Toute entité, nationale ou étrangère, fournissant du combustible à Cuba s’expose désormais à des sanctions et à des droits de douane punitifs. L’effet sur le terrain est immédiat et brutal : l’accès au carburant s’effondre, entraînant des pénuries d’électricité massives, la paralysie partielle des hôpitaux, des difficultés dans la production et la distribution alimentaires, et des interruptions dans l’approvisionnement en eau. Les répercussions sociales se font rapidement sentir jusque dans les salles de classe. Face aux nuits sans courant qui épuisent élèves et enseignants, le gouvernement cubain a pris la décision inédite d’avancer de deux semaines la rentrée scolaire et de supprimer les examens d’accès à l’université. « Après une nuit sans électricité, amener un enfant à l’école, trouver le moyen de capter son attention et faire cours, c’est tout un défi », a reconnu en février la ministre de l’Éducation. Ce qui fut longtemps l’un des grands acquis de la révolution, c’est-à-dire un système d’éducation publique de qualité, gratuit et universel, est directement menacé.
Le second levier est financier. Le secrétaire d’État Marco Rubio a annoncé des sanctions ciblant cinq entités cubaines, dont trois liées au Grupo de Administración Empresarial SA (Gaesa), le conglomérat contrôlé par les forces armées qui domine l’économie cubaine. Parmi elles figurent deux institutions financières, Rafin et le Banco Financiero Internacional (BFI), ainsi qu’une entreprise logistique et portuaire, Almacenes Universales. Deux entités minières ont également été visées : l’aciérie José Martí, la plus grande productrice d’acier brut de l’île, modernisée récemment avec des fonds russes, et GeomInera, société d’État gestionnaire d’actifs miniers. La stratégie s’étend au-delà des entités cubaines elles-mêmes : Washington engage les banques internationales à ne pas prêter à ces entités sous peine d’être sanctionnées à leur tour. L’objectif est clair : couper Cuba du système financier mondial et tarir les sources de devises du régime. Dans ce contexte, la mort de Ramiro Valdés Menéndez prend une valeur symbolique particulière. Dernier homme fort de la vieille garde révolutionnaire, fondateur du ministère de l’Intérieur (MININT), compagnon d’armes de Fidel Castro, sa disparition prive le régime socialiste de l’un de ses derniers piliers symboliques, au moment précis où celui-ci doit se réinventer.
Le tournant : le passage à une économie de marché
La réponse cubaine à cet étranglement prend la forme d’une révolution dans la révolution. Les mesures approuvées ouvrent la voie à une transformation des entreprises d’État en sociétés commerciales, à l’entrée d’acteurs bancaires privés, à un assouplissement des restrictions pesant sur les entreprises privées et à une ouverture accrue aux investissements étrangers et à ceux des Cubains de l’étranger. (…)
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Cuba répond aux critiques américaines sur ses réformes économiques (La Tribune / AFP)
La Havane affirme que Washington n’a aucune « autorité politique, juridique ni morale » pour juger les profondes réformes économiques engagées cette semaine sur l’île, alors que les tensions entre les deux pays continuent de s’aggraver.

La guerre des mots se poursuit entre Washington et La Havane. Deux jours après l’adoption par Cuba d’un vaste paquet de réformes économiques ouvrant davantage la voie au marché, les autorités cubaines ont vivement rejeté les critiques des États-Unis, accusés de ne disposer d’aucune légitimité pour commenter les choix économiques de l’île.
Le ministre cubain des Affaires étrangères, Bruno Rodríguez, a dénoncé samedi sur le réseau social X les déclarations américaines qualifiant ces réformes d’« écran de fumée superficiel lancé par le régime cubain ».
« Le gouvernement des États-Unis, bourreau du châtiment collectif infligé au peuple cubain, n’a aucune autorité politique, juridique ni morale pour juger les mesures que nous prenons », a-t-il affirmé. Selon lui, ces décisions relèvent de la souveraineté de Cuba et visent à faire face « aux conséquences de l’agression économique extrême » menée par Washington. (…)
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