🇺🇸 Face à Trump, construire une solidarité internationale « par en bas », large et unitaire (Tribune de Franck Gaudichaud et Thomas Posado / L’Humanité)


Après l’intervention états-unienne le 3 janvier au Venezuela, les nations et leurs gouvernements doivent prendre la mesure des dangers d’une telle dérive. Il faut au contraire relancer un multilatéralisme soucieux des droits des peuples. Franck Gaudichaud et Thomas Posado, enseignants-chercheurs, spécialistes de l’Amérique latine.


L’enlèvement de Nicolás Maduro et Cilia Flores confirme une nouvelle phase agressive et meurtrière de l’impérialisme états-unien en Amérique latine. Cette intervention s’inscrit dans la continuité d’une pression maximale mise en place contre le Venezuela, depuis le mois de septembre 2025 : 34 navires ont été coulés au large des côtes vénézuéliennes, colombiennes et mexicaines coûtant la vie à 115 personnes, cinq pétroliers ont été saisis, créant un blocus maritime contre le pays.

 Donald Trump ne cache pas son objectif de contrôler les ressources stratégiques du pays de Bolivar. Lors de la conférence de presse suivant l’intervention, le président états-unien a utilisé sept fois le mot « pétrole », sans prononcer le mot « démocratie ». Cela révèle l’ordre des priorités de la Maison-Blanche ! Même si les États-Unis n’ont pas besoin de ce pétrole pour leur approvisionnement à court terme, l’accès à la première réserve mondiale prouvée pourrait constituer une manne de profits potentiels non négligeable.

L’enjeu est aussi géostratégique dans un combat de titans face à la puissance chinoise, obsession de Washington, comme l’ont confirmé les documents de la nouvelle stratégie de sécurité nationale de la Maison-Blanche.

Dans cette perspective, le président états-unien applique ce qu’il nomme fort immodestement le « corollaire Trump » à la doctrine Monroe : un interventionnisme menaçant qui rappelle le corollaire Roosevelt au début du XXsiècle, lorsque les États-Unis volaient l’indépendance de Cuba et imposaient la sécession de Panamá.

En effet, depuis janvier 2025, Donald Trump s’ingère dans les élections (celles de mi-mandat en Argentine, le scrutin présidentiel au Honduras), dans les procès (celui de son ancien homologue Jair Bolsonaro au Brésil) pour défendre ses vassaux d’extrême droite, force la renégociation des conventions  encadrant le canal de Panamá, menace de droits de douane exorbitants la plupart des pays de la région, suspend les aides à la lutte contre le narcotrafic en Colombie pour tenter de soumettre le président Petro, menace d’annexion ses voisins nord-américains (Canada, Groenland) et, ces derniers jours, annonce de possibles incursions  militaires terrestres au Mexique au nom de la lutte contre les cartels…

Cette fuite en avant guerrière s’inscrit dans la continuité  d’une conception néocoloniale du continent américain. Néanmoins, les États-Unis sont désormais une puissance impériale déclinante, doublée par la Chine pour le volume des échanges commerciaux avec la plupart des États latino-américains. Ceci, tout en restant un hégémon militaro-industriel gigantesque (et d’autant  plus  dangereux). Face à un impérialisme qui semble sans limites, face à la capitulation de la plupart  des dirigeant·es européens et à l’impuissance manifeste des instances de régulation  internationales, comme c’est  d’ailleurs dramatiquement le cas avec le génocide à Gaza, la construction  d’une  solidarité anti-impérialiste « par en bas », des mouvements sociaux, au Nord comme au Sud, est plus que jamais nécessaire. (…)

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