Au Brésil, «une femme noire ne compte pour rien» (Scholastique Mukasonga/Libération)
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L’écrivaine rwandaise revient du Brésil. Elle témoigne de l’ambiance, entre racisme et violence,qui règne dans ce pays où le leader d’extrême droite, Jair Bolsonaro, vient de prendre ses fonctions de chef de l’Etat le 1er janvier

Pour la seconde fois en moins d’un an, me voilà de retour au Brésil. Je suis invitée au salon du livre de Porto Alegre, puis je dois présenter à São Paulo la traduction d’Inyenzi ou les cafards : Baratas, avec mon éditrice (éditions Nos),le troisième de mes livres parus au Brésil. Enfin, je dois participer au forum Women of the World, soutenu par le British Council en partenariat avec l’ONG Redes da Maré qui œuvre en faveur des femmes dans les favelas du même nom. J’avais gardé un souvenir ébloui de ma première visite au Brésil tant la ferveur de mes lecteurs pour mes livres m’avait touchée. Peut-être n’avais-je pas saisi alors la violence de l’abîme qui sépare la richesse ostentatoire de l’extrême pauvreté et du racisme affiché par certains qui gangrènent ce pays pourtant si attachant. La situation politique actuelle a mis à nu ces aspects angoissants.

Dès mon arrivée, je suis frappée par l’atmosphère de peur et de violence qui règne. A Porto Alegre, on me recommande aussitôt de ne pas sortir de l’hôtel dès la nuit tombée. Les gangs règnent sur la ville et se disputent les quartiers et les rues. A São Paulo, on réitère avec plus d’insistance encore les avertissements :

«Fais extrêmement attention : non seulement tu es une femme, mais de plus tu es une femme noire. Ici, une femme noire ne compte pour rien. Ne serait-ce qu’en voulant traverser une rue, redouble de précautions, une voiture peut foncer sur toi. Elle ne s’arrêtera pas, surtout pas pour une femme noire.»

Dans les conversations, il n’est question que d’agressions contre les Noirs, les homosexuels, les travestis.

São Paulo est une ville immense. On croit ne jamais pouvoir en sortir. Les riches la survolent en hélicoptère mais la misère jonche les trottoirs. Qui sont-ils ces femmes, ces hommes couchés sur le pavé ? Ils ne mendient pas. Sans doute n’en ont-ils plus la force. Je me demande avec effroi si je ne viens pas d’enjamber un cadavre. Personne ne semble s’en soucier…

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