Élections en Argentine : le tournant ? (Christophe Ventura/ IRIS)
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L’élection d’Alberto Fernández face à Mauricio Macri marque, un an après l’élection d’Andrés Manuel López Obrador au Mexique, le retour d’un des pays les plus importants d’Amérique latine à gauche. Qu’attendre du mandat de Fernández ? Le point de vue de Christophe Ventura, directeur de recherche à l’IRIS.

Dans quel contexte politique intervient la victoire de Fernandez ? Comment le péronisme a-t-il retrouvé le chemin du pouvoir ?

L’élection argentine, qui était une élection générale, est intervenue dans un contexte de grave crise économique et sociale installée depuis plusieurs années dans le pays. Tous les indicateurs économiques et sociaux ont plongé vers le bas depuis l’arrivée au pouvoir de Mauricio Macri en 2015, même si la crise dure depuis plus longtemps. La troisième puissance latino-américaine est à nouveau traversée par une pauvreté structurelle, de fortes inégalités sociales, ainsi que par une détérioration et une réduction des services publics, en particulier dans les villes. Déclassement et paupérisation ont frappé de manière croissante les classes populaires et les classes moyennes tout au long du mandat du président de droite.

Le péronisme a remporté une victoire qui n’était pas évidente il y a quelques mois à peine. C’est sa réunification, à travers le « couple » formé par Alberto Fernandez, le nouveau président, et Cristina Kirchner, la vice-présidente, qui a déjà fait deux mandats à la tête du pays, qui a permis de donner une traduction politique et électorale à la contestation sociale et de conduire à cette victoire. Derrière ces deux personnalités, c’est pratiquement l’ensemble des secteurs du péronisme – mouvements, organisations syndicales, partis politiques, associations… allant de sa gauche à sa droite – qui s’unit. Le pôle de gauche, incarné par le kirchnerisme, a trouvé avec Alberto Fernandez une alliance qui lui a permis de rassembler jusqu’aux franges plus libérales et modérées de ce mouvement. Et de conserver en son sein l’hégémonie politique et programmatique.

C’est cette réunification qui a permis la victoire face à un Mauricio Macri sur la défensive, fragilisé par sa politique économique et sociale et sa gestion du pouvoir. Ce dernier apparaît cependant, avec sa coalition « Cambiemos », comme le véritable adversaire du péronisme. L’élection a montré une hyperpolarisation politique entre deux camps en Argentine : les péronistes et la droite non-péroniste de Macri, qui a réalisé une « remontada » électorale significative en fin de campagne. D’ailleurs, en dehors de ces deux acteurs, il n’existe quasiment plus de forces politiques en Argentine.

Quels sont les principaux défis auxquels Fernandez va devoir faire face durant son mandat ?

Il y aura deux grands défis. Le premier, c’est l’agenda économique qui est au cœur de la situation en Argentine. Il s’agit de savoir comment ce nouveau gouvernement va réussir à inverser les dynamiques en cours. On pense notamment à la dette abyssale du pays contractée auprès du FMI et des marchés financiers et à la spirale inflationniste due à la dollarisation de fait de l’économie (…)

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