Des élections en Haïti consolideraient la captation des institutions par une élite corrompue (Frédéric Thomas / Cetri)
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La tribune de Frédéric Thomas (CETRI) dans Le Monde du 29 septembre. Alors qu’en Haïti un mouvement social de grande ampleur réclame le départ du chef de l’Etat, Jovenel Moïse, impliqué dans le scandale Petrocaribe, l’Union européenne continue de soutenir le pouvoir en place, regrette, dans une tribune au « Monde », le politiste Frédéric Thomas.

Manifestation pour la démission du Président Moise, Port-au-Prince, novembre 2018. Photo : Valerie Baeriswyl / AFP / Getty Images

À l’été 2018, les Haïtiens et Haïtiennes se sont soulevés contre la vie chère et le scandale Petrocaribe. Cet accord énergétique régional conclu avec le Venezuela, alimentant un fonds de 1,459 milliard d’euros destiné à des projets de développement, a très largement été détourné par la classe politique et les hommes d’affaires haïtiens.

Un mouvement social inédit, de grande ampleur, s’est développé depuis, exigeant un changement, qui passe par le départ de l’actuel président, Jovenel Moïse. Cependant, ce dernier, avec l’appui de la communauté internationale et une frange minoritaire de l’oligarchie locale, s’est accroché au pouvoir.

Entre-temps, les conditions de vie des Haïtiens, déjà précaires (59 % en situation de pauvreté), n’ont cessé de se détériorer. Et l’insécurité a explosé. Le Bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH) a documenté 159 personnes assassinées et 92 autres blessées entre janvier et juin 2020, en raison de la violence liée aux gangs.

Quatre massacres

Au cours de ces deux dernières années, au moins quatre massacres (le dernier, fin août-début septembre) ont eu lieu dans les quartiers populaires de la capitale, Port-au-Prince, dont le plus meurtrier demeure celui de La Saline, en novembre 2018, qui a fait 71 morts. Des enquêtes nationales et internationales ont mis en cause la responsabilité d’un ancien policier, Jimmy Chérisier, alias « Barbecue », ainsi que les liens entre les bandes armées et le pouvoir, au point d’évoquer un « massacre d’Etat ». Les enquêtes sont à l’arrêt, et les crimes impunis.

Pendant tout ce temps, l’attitude de l’Union européenne (UE) s’est caractérisée par un alignement sur la politique des Etats-Unis, un soutien au gouvernement haïtien, accompagné de déclarations moralistes sans conséquence. Et un appel, encore et toujours, à une solution consensuelle, alors qu’il existe en Haïti un très large consensus contre le président actuel.

Elu avec 10 % de voix, gouvernant depuis janvier par décrets, avec un pouvoir législatif en tout et pour tout réduit au tiers du Sénat, faute d’avoir organisé des élections parlementaires, Jovenel Moïse est, de plus, clairement mis en cause dans le scandale Petrocaribe et les massacres. C’est donc cette figure que la communauté internationale a érigée en monument de légitimité et en pilier incontournable pour toute sortie négociée. (…)

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