France Amérique Latine fait son festival en Avignon, 2021 (Fabien Cohen, secrétaire général de FAL)


Cette année, France Amérique Latine a fêté ses cinquante ans en Avignon ! cinquante ans au service de la solidarité avec l’Amérique Latine et la Caraïbe. Et également les dix ans du Comité FAL Vaucluse.

Merci au Festival OFF de nous avoir permis de construire cet évènement unique dans l’histoire de FAL, mais que nous souhaitons le premier d’une nouvelle série au service de la culture latino-américano-caribéenne. Un appel a été lancé, à l’issue de ces journées, pour qu’ambassades et gouvernement se joignent à nous pour aider à la mise en place d’une programmation régulière de cette culture si peu présente en Avignon lors de son festival de théâtre et de danse.

Merci aux compagnies qui nous ont apporté leur soutien, et que nous avons pu présenter le jeudi 15 dans l’espace pro du Village du OFF, notamment celle de KA – Théâtre de Christine Matos pour sa représentation le 12 juin et la compagnie de Serge Barbuscia que nous avons applaudie le 9 juin.

Merci encore à Rosa Moussaoui (grand reporter pour L’Humanité en Amérique du Sud) et Christophe Ventura (directeur du secteur Amérique Latine de l’IRIS) pour s’être déplacé.e.s, et nous avoir proposé un passionnant tour d’horizon de l’actualité sud – américaine et caribéenne.

Enfin, ce fut une belle rétrospective que nous avons pu faire sur FAL, son histoire, ses luttes, avec des responsables de l’association, ses comités et des témoins comme Victor Quedaza Pérez comédien, vice-président de AF&C mais aussi fils d’exilé politique chilien des années 1970. Merci à Christine Matos et Sonia Garcia, ainsi qu’aux membres de FAL 84, et leur président, Bruno Brillard, pour leur travail qui a permis le succès de cet anniversaire, à nul autre pareil. ​ Des festivités qui se sont terminées par le spectacle « À tue-tête » interprété par la compagnie Zumaya Verde.

Fabien Cohen, pour FALMAG.


Voir aussi France Amérique Latine au festival d’Avignon 2021 (revue de presse, photos et vidéos)


FAL vous recommande les spectacles ci-dessous
(textes de Fabien Cohen)


« PÔVRE VIEILLE DÉMOCRASSEUSE » jusqu’au 25 juillet à 14h15, au Théâtre des Carmes – André Benedetto. Mise en scène Michel Bruzat.

Photo © Nicolas Gaillard

Tout à la fois, clown, clocharde, jongleuse de mots, poète… Marie Thomas nous revient avec un nouveau texte de Sol (Marc Favreau) dans une Pôvre vieille démocrasseuse à la langue bien acérée, magnifique et qui nous régale de mots tournés avec dérision, humour, délicatesse… tel un Devos, Queneau, Rufus ou Coluche. Pendant plus d’une heure elle porte avec talent un texte difficile en le jouant avec délectation. Si vous avez l’occasion, courez la voir dans sa tournée en France et dans le monde, comme à Paris en janvier 2022.


« CAPITAL RISQUE », jusqu’au 29 juillet à 14h30, relâche le 26 juillet, au Théâtre 11. Mise en scène Jacques Wacquiez.

Photo © Émile Zeizig

“Est-ce ainsi que les jeunes vivent ?” pourrait-on dire en voyant ce spectacle qui résume la vie en deux catégories : les perdants et les gagnants des grandes écoles. Une situation qui se vérifie aussi pour l’entrée en médecine. Le monde est-il coupé en deux à l’issue du bac, et que veut dire réussir sa vie professionnelle ? Pour ces jeunes, qui risquent tout pour réussir, l’amertume est grande. Ces comédien.ne.s, comme leur metteur en scène, portent avec brio le texte de Manuel Antonio Pereira, dans cette pièce qui ne peut nous laisser indifférent.e.s sur l’évolution de notre société et son idéologie où l’argent et la promotion sociale par l’économie sont rois.


« BENARDA ALBA FROM YANA », jusqu’au 28 juillet à 16h50, au Théâtre de la Chapelle du Verbe Incarné. Mise en scène Odile Pedro Leal.

Cette adaptation en Guyane du texte de Federico García Lorca par Odile Pedro Leal est d’une grande qualité, tant par la mise en scène que par le jeu des actrices. Sa diglossie créole-français, démontre l’universalité du propos de l’auteur, tout en l’inscrivant dans la sensibilité propre à la Guyane, aux sociétés créoles, à leurs cultures. Il porte des questions d’une actualité brûlante, « Mon corps m’appartient ! ». Dans un huis clos lourd par la pression sociale, mais aussi raciale, de ce microcosme d’un village où tout se sait, tout le monde s’épie, la jeune génération ne peut que crier son désir de liberté et sa révolte. Universel, ce qui se passe dans ces Amériques est vrai partout ailleurs dans le monde, tant dans le sort réservé aux femmes que dans les contraintes sociales de cette société bourgeoise. Il faut espérer que cette pièce soit reprise partout en France à l’issue de ce festival, elle parlerait beaucoup aux jeunes femmes des cités dont certaines vivent le même tourment.


« INCANDESCENCES », jusqu’au 30 juillet à 11h, relâche le 27 juillet, au Théâtre des Halles. Mise en scène Ahmed Madani.

Photo © Nicolas Clauss

Après Illumination(s) en 2012, et F(l)ammes en 2016, il nous tardait de voir l’opus 3 de la trilogie « Face à leur destin » d’Ahmed Madani. Comme dans les précédentes propositions, on retrouve dans Incandescences des jeunes femmes et des jeunes hommes non professionnel.le.s, né.e.s de parents ayant connus l’exil et résidant dans des quartiers populaires. Mais c’est d’amour qu’ils et elles nous proposent cette fois-ci de nous parler. Celui de leurs parents, qui se refusaient de n’être qu’une force travail, mais aussi la leur. Avec une énergie et une complicité jubilatoire, sans pudeur, tantôt légers, tantôt graves, ils et elles osent le « Je t’aime », si difficile quand on est ado (et même plus tard), soumis à internet, aux contraintes, aux codes sociaux des cités. Une fois de plus, l’auteur réussit sa transposition sur scène, pour notre plus grand plaisir avec poésie et humanité, car c’est de l’amour de l’humain d’abord qu’il nous parle.


« INVENTAIRE », jusqu’au 20 juillet à 13h15, aux Hivernales – CDCN d’Avignon. Chorégraphie de Josette Baïz avec Lola Cougard et Geoffrey Piberne.

Photo © O. Putz

Un danseur et une danseuse font devant nous, et pour notre ravissement, l’inventaire de leur parcours chorégraphique, de Wayne Mc Gregor à Jean- Claude Gallota. Avec beaucoup d’humour et un art maîtrisé, ils nous présentent des extraits de pièces majeures du répertoire chorégraphique international. Il est rare en Avignon, d’avoir autant de plaisir à voir danser des artistes qui manifestent une telle envie de partager leur histoire, leurs rires comme leurs larmes, de l’enfance à aujourd’hui. Un inventaire pour notre plus grand plaisir.


« LA LETTRE D’EVITA », jusqu’au 31 juillet à 19h, à l’Archipel Théâtre. Mise en scène Christina Ormani.

Si vous ne connaissez pas la vie d’Eva Perón, la Lettre d’Evita vous permettra de découvrir celle qui fut une icône argentine, et dont la légende tient aussi au fait qu’elle mourut à l’âge de 33 ans. Entrecoupé de tangos, et avec une voix très touchante, ce spectacle fait revivre celle qui deviendra très jeune la Première dame de l’Argentine et défia ceux qui plus tard établiront une nouvelle dictature. De la lutte contre la précarité et pour les plus défavorisé.e.s à celle en faveur des droits des femmes, dont elle obtiendra le droit de vote, nous allons à la rencontre d’une grande figure politique d’Amérique latine dont le populisme se voulait sincère.


« TANGO NERUDA », jusqu’au 30 juillet à 21h45, relâche le 27 juillet, au Théâtre du Balcon. Mise en scène Serge Barbuscia.

Photo © Gilbert Scotti

Marier Piazzola, Picasso et Neruda, seul Serge Barbuscia pouvait le faire avec autant de force. Ce spectacle nous permet de découvrir des textes peu connus et pleins d’humour de Néruda que le couple de danseurs accompagne avec poésie et puissance. L’illustration par des toiles de Picasso, notamment celle des Toros, renforce cette impression de découverte de cet univers nérudien méconnu. La musique de Piazzola, dont on fêtera cette année le centenaire, nous emporte et nous donne un goût de trop peu. Merci pour ce beau voyage !


« LES BONNES (OU LA TRAGÉDIE DES CONFIDENTES) », jusqu’au 31 juillet à 18h, relâche le 26 juillet, au Théâtre de l’Étincelle. Mise en scène Marcos Malavia.

Transposer Les Bonnes dans l’univers de la Fête des morts au Mexique, en utilisant le masque de clown comme travestissement des personnages, voici plantés les éléments du conte moderne de Jean Genet qui ne peuvent que nous ravir. La transplantation dans la société bourgeoise latino-américaine de cette comédie tragique va de pair avec les enjeux de ce continent qui nous plonge en permanence dans tels désarrois, complots et autres jeux de pouvoir. Les comédien.ne.s nous transportent en permanence entre farce et tragédie, entre poésie et lutte de classe, toujours pour notre plus grand plaisir.


« CAMILLE CLAUDEL, NOS ENFANTS DE MARBRE », jusqu’au 31 juillet à 16H, au Théâtre de l’Optimist. Mise en scène de
Christine Matos
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Comment rendre avec autant de sensibilité, le drame vécu par Camille Claudel, cette sculptrice de grand talent, longtemps restée dans l’ombre de Rodin dont elle fut l’élève ? Comment montrer le combat féministe qui se jouait au travers de cette artiste qui peina à être reconnue parce que femme ? Comment peindre la souffrance, les frustrations, les moments de désespoir qu’elle vécut avec intensité, au point où son entourage la fit interner pour briser ses fragilités, ses colères, sa féminité, elle qui était issue d’une bourgeoisie aux conventions sociales et familiales réactionnaires. Pour répondre à ses questions, FAL vous invite à voir cette pièce et à aller à la rencontre de son interprète très intense et de sa metteuse en scène qui nous tiennent en haleine d’un bout à l’autre du spectacle bien que nous en connaissions la fin tragique.