Marcia Tiburi : “Le Brésil sombre dans la peur et la mort” (Emmanuel Laurentin et Chloë Cambreling / France Culture)
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Alors que le Brésil compte officiellement près de 40 000 morts du coronavirus et est en passe de devenir le principal foyer actif de l’épidémie, la philosophe, écrivaine et militante Marcia Tiburi livre une critique virulente de la politique de Jair Bolsonaro, plus que jamais contesté.

Marcia Tiburi est philosophe et écrivaine. Engagée en politique au Brésil, au sein du Parti Socialisme et Liberté puis du Parti des Travailleurs, elle a écrit sur le féminisme et sur la montée du fascisme dans son pays, qu’elle a finalement dû quitter en 2018 pour s’exiler aux États-Unis.  Professeure invitée à l’Université Paris 8 cette année, elle a proposé un séminaire sur le thème : “Esthétique et politique : performances, ridicule et absurdité dans la politique contemporaine”. Militant désormais contre la politique de Jair Boslonaro depuis l’étranger, Marcia Tiburi partage ici l’inquiétude et la colère que lui inspire la situation actuelle au Brésil.  

Nous sommes des êtres psychosociaux, ce qui signifie que nous sommes affectés par les conditions du monde dans lequel nous vivons. Les conditions actuelles sont celles de la pandémie, à laquelle tout est soumis. Nous souffrons aux niveaux personnel et familial, de la maladie elle-même, mais aussi de la perte d’êtres chers auxquels nous ne pouvons pas dire adieu, tout en sachant qu’ils sont morts dans une souffrance terrible. Nous souffrons de la peur de la mort des autres et de la nôtre. Et c’est finalement contre la mort que nous nous battons en ce moment.

Des manifestations pour et contre Jair Bolsonaro ont eu lieu à Sao Paulo et Brasilia le 7 juin (Crédits : CARL DE SOUZA – AFP)

Il n’est pas exagéré de dire que des populations entières sont profondément touchées, que ce soit sur le plan émotionnel, économique, écologique, politique ou même existentiel, par les comportements imposés par la pandémie : isolement social, changement des habitudes domestiques, de travail et de loisirs. C’est la vie prise par la peur de la contamination. C’est la peur du contact. C’est la réflexion sur la manière de reconstruire la vie en considérant que notre désir, notre croyance en la vie et en la société sont ébranlées. La pandémie provoque du stress et même du désespoir. La dépression et la mélancolie deviennent courantes et les surmonter demande un très difficile effort.  

Dans ce contexte, nous comptons sur la compétence de la science pour trouver des solutions, ainsi que sur la compétence politique des gouvernements et des États. Nous nous appuyons également sur la solidarité en tant que qualité particulière de chaque personne, mais aussi en tant que principe des institutions. Chacun de nous sait que nous ne sortirons pas d’une crise comme celle que nous traversons sans aide. Tout comme chaque personne a besoin de sa famille, de ses amis et de ses collègues dans un esprit de solidarité, l’Union européenne sait la solidarité est l’énergie que nous devons mobiliser pour que les pays européens ne soient pas davantage détruits. Cela est évident et s’applique au monde entier.

“Vivre une pandémie dans un pays où la démocratie était déjà fragile”

Si avancer est difficile individuellement et collectivement dans une société comme la société française, où la démocratie est une réalité – malgré toutes les attaques néolibérales dont elle a été victime -, imaginons ce que c’est de vivre une pandémie dans un pays où la démocratie était déjà fragile et a finalement été détruite, comme le Brésil. Imaginons ce que c’est que de traverser une pandémie lorsque le gouvernement est incompétent, puisqu’au lieu de lutter contre le coronavirus, il semble s’être allié avec lui. (…)

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