Mexique : quel programme pour AMLO ? (Christophe Ventura/IRIS)

Début juillet, Andres Manuel Lopez Obrador (AMLO) a provoqué un tsunami électoral au Mexique en remportant les élections présidentielles avec 53 % des suffrages. Son Mouvement de régénération nationale (Morena) a aussi décroché une majorité absolue au Congrès. Cette victoire écrasante marque un virage à gauche inédit depuis trois décennies. Ce sexagénaire à la fibre sociale représente une « gauche nationaliste » qui prône un État interventionniste et redistributeur des richesses. Son projet prévoit de combattre les inégalités criantes provoquées par les politiques néolibérales instaurées depuis trente ans par ses prédécesseurs. Sa prise de fonction ayant lieu le 1er décembre, AMLO pourra-t-il déployer son programme politique ? Comment entend-il se positionner sur les scènes régionale et internationale ? Le point de vue de Christophe Ventura, directeur de recherche à l’IRIS.

Qu’est-ce que la « 4e transformation » du Mexique proposée par AMLO et son mouvement politico-social Morena (Mouvement de régénération nationale) ? 

La « quatrième transformation » proposée par AMLO est un projet global pour la société mexicaine, que l’on peut qualifier de refondateur et d’émancipateur de la nation et de l’État mexicains. Sous ce terme qui peut apparaître quelque peu impressionniste vu de France se cache en réalité une théorie élaborée qui inscrit l’action et le projet du sextennat qui s’ouvre dans l’histoire longue de la vie politique mexicaine. Les « quatre transformations » renvoient ainsi à plusieurs moments historiques qu’a choisis AMLO pour identifier, définir, conduire et légitimer son action. Il s’agit tout d’abord de l’indépendance du Mexique envers la couronne espagnole au 19e siècle (1810-1821). 

Ensuite, nous parlons du mandat du président Francisco Ignacio Madero, qui a été fondamental dans l’histoire mexicaine. Une expérience à la fois inachevée et controversée. En effet, Madero, suite à la dictature de Porfirio Diaz, a initié la révolution mexicaine en 1910 en mettant en place les premiers fondements de la démocratie républicaine, qui n’a, cependant, pas été au bout de son histoire. Certes Madero a amorcé la modernisation du pays, mais il est également associé à la discorde des révolutionnaires mexicains et à l’assassinat d’Emiliano Zapata. Lui aussi terminera assassiné. Le « troisième moment » est incarné par Lazaro Cardenas (au pouvoir de 1934 à 1940), autre président progressiste de l’histoire du Mexique au 20e siècle. Il a mis en place et représenté un gouvernement de gauche, modernisateur et keynésien. Cardenas a consolidé et affirmé l’État mexicain en développant les infrastructures, l’éducation publique, etc. Il a également contribué au rayonnement international de son pays (Guerre d’Espagne, etc.). AMLO s’inspire également de Lazaro Cardenas pour développer ce « quatrième moment », cette « quatrième transformation ». Le président mexicain récemment élu veut donc réaliser les promesses de la république originelle du Mexique, celle qui est arrivée grâce à la révolution mexicaine.

C’est donc, dans la théorie, un projet de modernisation du pays, de refondation de l’État, d’assainissement et de reconstruction d’un tissu institutionnel qui puisse permettre la mise place de politiques visant à rééquilibrer la société en faveur des plus modestes. Dans le contexte mexicain, pays aux multiples fractures et en état de décomposition institutionnelle avancée, c’est un projet de grande ampleur.

Pauvreté, inégalités, corruption systémique organisée largement depuis l’État lui-même, relations compliquées avec les États-Unis… quelles seront les priorités du nouveau président mexicain ? Pourra-t-il notamment mettre en place le contrat social sur lequel il s’est engagé ?

La victoire d’AMLO est une victoire historique. En effet, ce succès électoral correspond à une vague démocratique d’ampleur au Mexique, puisqu’il a été porté au pouvoir dans des dimensions inédites. Il dispose de tous les pouvoirs politiques, dont les pouvoirs exécutifs et législatifs. Toutefois, AMLO gouvernera un pays où les contraintes, limites et autres freins seront nombreux et résistants. Le Mexique est actuellement doté d’un État vulnérable, en voie de décomposition, et confronté au crime organisé, au narcotrafic, etc. Les porosités entre l’État et ces univers sont nombreuses et à tous les étages.

Néanmoins, les premiers signaux sont importants pour décrypter son positionnement et sa vision. Il est important de rappeler qu’AMLO n’est pas encore au pouvoir, mais président élu. Il prendra ses fonctions le 1er décembre 2018. AMLO a envoyé deux signaux importants. Le premier au secteur privé, qui jouit actuellement de tous les privilèges sans contraintes. AMLO a ainsi confirmé l’arrêt du méga-chantier de l’aéroport de Mexico, sur la base d’une consultation populaire qui n’a pas souhaité mener ce chantier à terme. Il a voulu indiquer que désormais au Mexique, la souveraineté populaire et l’État décident. Ceci est inhabituel dans le pays. De plus, ce chantier promettait, comme souvent, une forte corruption. Le président nouvellement élu souhaite donc remettre de l’ordre au sein même de l’appareil étatique, mais aussi au niveau des relations publiques-privées, en révisant les contrats et leurs conditions.

Le second signal, envoyé cette fois-ci quelques jours plus tard par le groupe Morena (formation politique du président) au Sénat, est l’étude d’une réduction des commissions bancaires pratiquées par les banques pour les services financiers qu’elles proposent à leurs clients. Cela vise à dire que « l’État sera désormais attentif à vos activités »(…)

(…)Lire la suite sur le site de l’Iris 

at neque. ut velit, diam id sed id ultricies porta. lectus