Venezuela : que révèle l’opération « Gedeon » du 3 mai dernier ? (le point de vue de Christophe Ventura/ IRIS)
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Alors que le Venezuela s’enfonce de plus en plus dans une crise économique et sociale, la situation politique s’est encore plus dégradée avec l’arrestation d’un groupe de paramilitaires menant une action commando dans la nuit du 3 mai qui avait pour but présumé d’« enlever » le chef de l’État, Nicolás Maduro. Le point sur la situation du pays, en pleine crise pandémique du Covid-19, avec Christophe Ventura, directeur de recherche à l’IRIS.

Getty Images

Le 3 mai, un groupe de mercenaires et de paramilitaires issu des rangs de l’armée vénézuélienne, dont deux anciens membres des forces spéciales américaines, a lancé une action commando dans la baie de Caracas dans le but présumé « d’enlever » le chef de l’État, Nicolás Maduro. Comment doit-être interprété cet évènement ?

Cet évènement s’inscrit dans une situation connue, celle de la profonde crise économique, sociale et politique du pays qui se prolonge, et dans un moment d’accélération de la dégradation des rapports entre Caracas et Washington. Il faut ajouter que cette incursion militaire avortée intervient après plusieurs autres tentatives et des préparatifs. En mars dernier déjà, l’ancien général vénézuélien en rupture, Clíver Alcalá, accusé de narcotrafic par les États-Unis, à qui il s’est finalement rendu, affirmait publiquement organiser des centres d’entraînement militaire en Colombie dans le but de préparer des opérations militaires au Venezuela. Il semble d’ailleurs être directement lié à l’opération « Gedeon ».

Cet événement nous dit deux choses. Tout d’abord, la montée en puissance d’opérations de barbouzerie aux relais régionaux et internationaux – certes mal organisées mais répétées – comme mode de résolution de cette crise révèle le niveau de détérioration de la situation politique au Venezuela. C’est l’impasse. La violence politique se déploie lorsque les conflits politiques ne trouvent plus de cadres institutionnels dans lesquels se résoudre. Cela engage la responsabilité de l’ensemble des acteurs politiques vénézuéliens et du gouvernement. Cet événement nous montre également comment la stratégie d’escalade et de changement de régime – par tous les moyens, « toutes les options sont sur la table » dixit Donald Trump – prônée par les États-Unis produit en réalité les conditions « intellectuelles » qui autorisent ce type d’opérations et de dérives politico-militaires. Lorsqu’un État met à prix la tête d’un dirigeant étranger récalcitrant ou ennemi, qu’il assume et met en scène la perspective de son élimination possible, qu’il « punit » un gouvernement par l’application de mesures unilatérales restrictives toujours plus vigoureuse, qu’il accroît ses forces militaires dans la région, il légitime la force et l’érige comme modèle de résolution des différends et des conflits. Cela contribue à cela : à la radicalisation de la situation, de tous les acteurs engagés, à la promotion des secteurs les plus extrémistes et violents, et in fine à l’apparition de personnages soldatesques, etc.

Aujourd’hui, dans ces conditions générales, rien n’empêche de penser que ce genre d’opérations de déstabilisation ne se reproduira pas.

Nicolas Maduro est mis sous une pression de plus en plus forte par de nombreux États, États-Unis en tête. Qu’en est-il de la situation politique interne dans ces conditions ? Le président du Venezuela bénéficie-t-il encore de soutiens ?

Le Venezuela se trouve dans une situation de crise, qui s’approfondit en permanence. La situation politique interne est très complexe et composite. D’une part, on a un chavisme politique de guerre – d’autant plus sur ses gardes depuis les événements du 3 mai dernier – qui augmente son contrôle social, ainsi que son organisation de défense. Ce chavisme, composé de plusieurs sensibilités, modérées ou plus radicales, a resserré les rangs autour de Nicolás Maduro, qui sort renforcé de cette dynamique d’affrontement. Quant à lui, le chavisme sociologique constitue toujours un socle populaire de 30 ou 40 % de la population. Et d’autre part, on a une opposition qui continue d’être fragmentée. Il y a le pôle le plus connu et visible, constitué autour de Juan Guaidó, reconnu par une cinquantaine d’États (dont la France) et dont le principal soutien est Washington. Son entourage au moins semble être directement lié à l’opération « Gedeon ». Pour ce pôle, pas de négociation, aucune légitimité, aucune confiance accordée au gouvernement et à Nicolás Maduro. Il faut le sortir du pouvoir par tous les moyens. (…)

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