Daniel Mendoza, avocat colombien réfugié en France : « Je suis un simple subversif contre un État criminel » (Angèle Savino / Le Courrier)/ Bastamag)


Journaliste et avocat, Daniel Mendoza a créé une série documentaire sur la corruption du pouvoir en Colombie, en particulier sur les affaires, d’exactions, de narcotrafic, de l’ancien président Alvaro Uribe. Il a ensuite dû s’exiler en France.


La série Matarife connaît un succès sans précédent en Colombie. Depuis son lancement le 22 mai 2020, la vingtaine d’épisodes du documentaire, notamment diffusé sur YouTube (Matarife Oficial), ont été vus à 35 millions de reprises. C’est que le sujet est brûlant : Daniel Mendoza y égraine les relations entre l’élite financière colombienne, la classe politique, le narcotrafic et les paramilitaires.

De manière dynamique et originale, le journaliste et avocat colombien raconte la carrière de l’ancien président (2002-2010) de Colombie, Alvaro Uribe, mentor de l’actuel chef de l’État, qu’il accuse d’être à la tête d’une vaste organisation criminelle. Si les faits, étayés – la production a gagné tous ses procès –, font l’attrait de la série, la forme lui donne son sel. Au centre de l’image : le portrait de l’homme qu’on surnomme « le boucher »,el Matarife ; tout autour : ses connexions souterraines qui se révèlent petit à petit. Du cliché d’un paramilitaire à celui d’un trafiquant de drogue, en passant par la figure d’un politicien corrompu, Daniel Mendoza déroule le fil rouge, qui finit par rejoindre Alvaro Uribe au cœur de la nébuleuse.

Si la mise en scène est audacieuse, rythmée, elle n’hésite pas devant les images parfois insoutenables. Comme lorsque Mendoza raconte le massacre des paysan·nes del Aro en 1997 par les paramilitaires des AUC (Autodéfenses unies de Colombie), au moment où Alvaro Uribe était gouverneur d’Antioquia. « Ce film est une arme révolutionnaire, que j’appelle “subversion créative”. Je ne suis pas réalisateur, je ne suis plus journaliste, ni avocat, je ne suis pas non plus acteur, je suis un simple subversif contre un État criminel. Je provoque des actions qui agressent violemment le cœur d’un système malsain. La photographie, la musique et les tournures littéraires doivent toucher les gens, afin que cette réalité se grave dans leur mémoire », explique le créateur de Matarife.

« Je voulais terminer mon documentaire avant d’être assassiné »

Daniel Mendoza a grandi dans les quartiers chics de Bogotá. Il étudie le droit et les lettres, s’intéresse à la criminologie, se passionne aussi pour la sociologie, la philosophie, la psychologie, puis entame une carrière de journaliste. En fréquentant le très huppé Club El Nogal, Daniel Mendoza se rend compte qu’il est rempli de mafieux : « Ce ne sont pas ceux qui envoient la cocaïne aux États-Unis, mais ceux qui reçoivent l’argent et le blanchissent. Ce ne sont pas les coupeurs de têtes, mais ceux qui ont besoin d’effrayer les gens pour obtenir leur vote », écrit alors Daniel Mendoza. Son enquête sera publiée en trois parties sur le site web de la Nueva Prensa : les titres « Uribe, l’assassin imposé par la mafia », « Uribe et le Club El Nogal, piste d’entrée de la mafia mexicaine en Colombie », « L’élite cannibale et la lutte existentielle » deviennent rapidement viraux. (…)

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Voir également «Matarife», la mini-série colombienne dénonçant l’ancien président Uribe, arrive en France (article de Guylaine Roujol Perez / Le Parisien et vidéos)