🇪🇨 Équateur. Vers le deuxième tour de la présidentielle sous état d’urgence (revue de presse)


Le second tour de l’élection présidentielle, le 15 octobre, approche en Équateur, et la violence ne cède pas. Vendredi 6 octobre, six Colombiens ont été tués dans le centre pénitentiaire du littoral de la ville de Guayaquil. Ils avaient été arrêtés le 9 août, juste après l’assassinat à Quito du candidat à l’élection présidentielle, Fernando Villavicencio, événement qui a pétrifié le pays. Samedi, un septième homme, de nationalité équatorienne, a été tué dans la prison d’El Inca, à Quito. Il avait lui aussi été arrêté dans le cadre de l’enquête sur le meurtre de Fernando Villavicencio. L’état d’urgence a été prolongé de trente jours.

Luisa González et Daniel Noboa, candidats à la Présidence de l’Équateur. © AFP, montage de France 24

Trois hauts responsables de la sécurité, dont le chef de la police et celui de l’autorité pénitentiaire, ont été limogés dans la foulée et l’exécutif a promis une profonde “réorganisation” de ces institutions. Ces sept meurtres interviennent dans la dernière ligne droite avant le scrutin qui opposera Luisa González, dauphine de l’ex-président Correa, au conservateur Daniel Noboa, fils de l’un des hommes d’affaires les plus riches du pays. Les derniers sondages donnent les deux candidats au coude à coude.

Élection en Équateur : Luisa González, porte-étendard de la Révolution citoyenne (Luis Reygada / L’Humanité)

Ce 15 octobre, la porte-étendard de la Révolution citoyenne, guidée par Rafael Correa, a des chances d’être élue à la tête de l’Équateur, pays gangrené par le crime organisé et exsangue après six ans de mandats libéraux-conservateurs.

Luisa González, la représentante du mouvement Révolution citoyenne, est arrivée en tête du premier tour de la présidentielle, en août 2023, avec 33 % des voix. (Photo : Rodrigo BUENDIA/AFP)

À notre gauche, Luisa González, la représentante du mouvement Révolution citoyenne, le bras politique du courant conseillé par l’ancien président progressiste Rafael Correa (2007-2017), toujours exilé en Belgique, qui pourrait devenir son assesseur principal si elle est élue. À notre droite, Daniel Noboa, un homme d’affaires de 35 ans, qualifié à la surprise générale, fils du multimillionnaire Alvaro Noboa, cinq fois candidat à la présidentielle. Tous deux s’affronteront le 15 octobre lors du deuxième tour qui désignera le prochain locataire du palais de Carondelet. Et tranchera entre deux projets bien distincts pour l’Équateur.

« Je veux construire un pays qui offre des conditions de vie dignes pour toutes et tous, pas seulement pour un petit groupe », lance l’avocate Luisa González dans ses meetings. Aînée de son rival, la quadragénaire, qui aime rappeler qu’elle a pu terminer ses études grâce à une bourse, a un ADN politique marqué par le corréisme, rejoint en 2008. D’abord dans l’équipe de communication de la présidence, avant d’enchaîner des passages aux ministères de la Production, du Tourisme, des Affaires étrangères et de l’Administration publique, entre autres, puis au Parlement andin.

Arrivée en tête du premier tour avec 33 % des voix

Élue députée du mouvement de la Révolution citoyenne en 2021, son mandat est interrompu en mai dernier lorsque le président Guillermo Lasso, directement impliqué dans des scandales de corruption, dissout l’Assemblée nationale, entraînant élections législatives et présidentielle anticipées. Son parti la catapulte alors à la tête de la bataille pour la reconquête du pouvoir, avec un programme qui revendique l’héritage des années Rafael Correa.

« La décennie 2007-2017 nous a prouvé qu’il était possible de vivre bien : en paix, avec justice et démocratie. Mais voilà sept ans que le néolibéralisme se venge », insiste Luisa González. Arrivée en tête avec 33 % des voix lors du premier tour de la présidentielle, le 20 août, la seule femme en lice ne manque pas d’arguments pour dénoncer les échecs des mandats de Lenín Moreno (2017-2021), le transfuge passé du corréisme au libéralisme, et de l’actuel président honni, Lasso.

Après ces deux mandats, le camp libéral-conservateur laisse l’Équateur dans une situation sociale et économique extrêmement pénible. La pauvreté frappe plus d’un quart des habitants. Mais c’est surtout du point de vue sécuritaire que l’on peut parler de catastrophe. Jadis réputé pour sa tranquillité, le pays est gangrené par le trafic de drogue venu de Colombie et du Pérou, organisé par les cartels mexicains.

Depuis 2017 et le départ de Rafael Correa du pouvoir, le taux d’homicides a été multiplié par cinq. « Mais ne perdons pas espoir », lance González dans un clip de campagne aux côtés de l’ancien président, « nous avons déjà gouverné une première fois, la seconde sera encore plus efficace », avant de promettre le « retour de la sécurité, du travail et du bien-être ».

Le retour de l’État social pour horizon

Voilà les trois axes qu’elle compte développer pour remettre son pays sur les rails. Son programme mise sur la réactivation de politiques déjà en place à l’époque Correa, avec notamment un retour du rôle de l’État dans l’économie – dollarisée – du pays. Et une vision géopolitique orientée vers la consolidation de l’intégration régionale et panlatino-américaniste.

Proche de l’Église catholique, antiavortement, González incarne la reconstruction de l’État social malgré ces points qui pourraient freiner certains électeurs de gauche. Face au bloc libéral, responsable de la destruction des services publics et guidé par un représentant de l’élite ultraprivilégiée, la candidate symbolise une période de stabilité avec une forme de prospérité que souhaite retrouver une partie des Équatoriens. (…)

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L’Équateur prolonge l’état d’urgence face au crime organisé (TV5 Monde)

L’Equateur a prolongé de trente jours l’état d’urgence décrété le 10 août au lendemain de l’assassinat du candidat à la présidentielle Fernando Villavicencio, a annoncé dimanche la présidence. Cette décision intervient à une semaine du scrutin du 15 octobre et deux jours après le meurtre en prison des six assassins présumés de ce candidat centriste.

Des membres des forces de sécurité en position dans une rue de Guayaquil, le 6 octobre 2023 en Equateur  AFP Marcos Pin

La prolongation de l’état d’urgence “garantira l’intervention des forces armées et de la police dans la lutte contre le crime organisé et la délinquance commune”, a précisé la présidence sur X, anciennement Twitter. Le pays est dans la tourmente après la mort vendredi dans une prison de Guayaquil des six Colombiens accusés d’avoir assassiné Fernando Villavicencio. Un septième suspect dans ce dossier a été tué samedi dans une prison de Quito. Le président Guillermo Lasso, qui ne se représente pas au scrutin de dimanche, avait dû revenir précipitamment d’une tournée à l’étranger pour présider une réunion de crise. Trois hauts responsables de la sécurité, dont le chef de la police et celui de l’autorité pénitentiaire, ont été limogés dans la foulée et l’exécutif a promis une profonde “réorganisation” de ces institutions. (…)

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Équateur : les six assassins présumés d’un candidat à la présidentielle tués en prison (France 24)

En Équateur, six détenus colombiens, inculpés pour l’assassinat en août du candidat centriste à la présidentielle et militant anti-corruption Fernando Villavicencio, ont été tués vendredi pendant des “troubles” dans une prison de Guayaquil, dans le sud-ouest du pays, ont annoncé les autorités.

La prison de Guayas 1 à Guayaquil, en Équateur, le 7 octobre 2023 AFP STRINGER

En Équateur, les assassins présumés du candidat centriste à la présidentielle Fernando Villavicencio ont été tués, vendredi 6 octobre, pendant des “troubles” dans une prison de Guayaquil, dans le sud-ouest du pays, ont annoncé les autorités. Il s’agit de six Colombiens, inculpés en août pour le meurtre de ce député et militant anti-corruption de 59 ans, ancien journaliste qui figurait parmi les favoris pour le premier tour de la présidentielle. Il avait été abattu par un commando de tueurs à l’issue d’un meeting de campagne à Quito le 9 août, onze jours avant le scrutin.

Le président de droite Guillermo Lasso, en déplacement privé à New York et qui était attendu samedi en Corée du Sud pour une visite officielle, a annoncé sur X (ex-Twitter) qu’il rentrait immédiatement en Équateur, où il a convoqué une réunion des hauts responsables de la sécurité. “Ni complicité, ni dissimulation. Ici, la vérité sera connue”, a-t-il lancé.

Les six Colombiens au lourd passé criminel avaient été interpellés en flagrant délit, et un autre tué par les gardes du corps de la victime. Au total, une dizaine de personnes ont été arrêtées au cours de l’enquête qui a suivi.

“Les six personnes privées de liberté (PPL) mortes” dans la prison de Guayas 1 à Guayaquil “sont de nationalité colombienne et étaient inculpées pour l’assassinat de l’ex-candidat à la présidentielle Fernando Villavicencio”, a indiqué l’administration pénitentiaire dans un communiqué.

Les autorités ont fourni peu de détails sur cette tuerie, qui survient à quelques jours du second tour de la présidentielle entre une proche de l’ancien président socialiste Rafael Correa, dont Fernando Villavicencio était un farouche opposant, et un candidat de droite.

Le parquet avait fait savoir sur X que “face aux troubles survenus vendredi après-midi”, du personnel militaire spécialisé allait pénétrer dans le quartier 7 de la prison de Guayas 1, où auraient démarré les violences, pour “prendre la situation en main”.

Guerre de narcotrafiquants en prison

Guayas 1, qui héberge quelque 6 800 détenus, est l’une des cinq prisons de l’immense complexe pénitentiaire de Guayaquil, où plus de 430 détenus ont péri, parfois démembrés ou brûlés, depuis 2021. Selon le gouvernement équatorien, les violences meurtrières qui éclatent régulièrement dans les prisons sont dues à des luttes d’influence entre groupes de narcotrafiquants rivaux.

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Équateur : six détenus retrouvés morts en prison (TV 5 Monde)


Présidentielle en Équateur: à deux semaines du second tour, un débat axé sur la sécurité (Éric Samson / RFI / 2 octobre)

En Équateur, la campagne électorale a été bouleversée par l’assassinat du candidat Fernando Villavicencio avant le premier tour. Entourés de gardes du corps, les candidats ne font pratiquement plus campagne dans les rues. Les meetings sont rares, d’où l’importance du débat de ce 1er octobre qui pourrait changer le résultat du second tour du 15 octobre.

À Quito, le débat opposait la candidate de gauche Luisa González, héritière politique de l’ancien président Rafael Correa, et Daniel Noboa, fils du milliardaire Alvaro Noboa. Les questions techniques étaient déterminées par un comité, le temps de parole fixé à la seconde près. Le format du débat était sans doute trop carré, trop formel pour permettre l’émergence d’une vraie discussion, notamment sur le thème de la sécurité, central dans cette campagne.

« Le plan Phoenix consistera en la militarisation de la frontière, mais avec l’aide de technologie, des drones et des radars, a avancé le candidat Daniel Noboa. Nous militariserons les ports pour bloquer le trafic drogue avec de nouveaux scanners et un double pesage des conteneurs et lancerons un suivi satellite de nos exportations sur les six principales routes du pays. »

De son côté, Luisa González a défendu son plan « Ressurgir de la paix et de la sécurité » : « Nous allons investir 500 millions de dollars dans les forces de l’ordre pour les équiper de voitures, motos, radios et armes à feu. Je vais reprendre le contrôle du pays que les mafias de la drogue nous ont volés. » (…)

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Lire aussi cet article réservé aux abonné.e.s : En Équateur, vague de meurtres à une semaine du second tour de la présidentielle (Marie Delcas / Le Monde)


Pour rappel, voir aussi :
La crise en Équateur ne se termine pas avec les élections (Santiago Ortiz Crespo / Jacobin América Latina / Traduction Contretemps) (18 septembre)
Équateur : résultats de l’élection présidentielle et des consultations populaires du 20 août 2023 (21 août)
Équateur : des élections anticipées sous tension (revue de presse) (20 août)
Équateur: poussée de violence à quelques semaines des élections générales du mois d’août (RFI / Le Monde) (25 juillet)