Le Brésil de Bolsonaro : l’autoritarisme comme modèle de gouvernance (Glauber Sezerino, Louise Cadorel/ Autres Brésils)
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Tout au long de sa campagne électorale, Jair Bolsonaro s’est présenté comme un candidat anti-système, prêt à réformer le pays de façon radicale. Son accession au pouvoir a été marquée par un présidentialisme actif aux allures autoritaires. Ne ménageant presque aucun secteur de la société, la succession de mesures présidentielles, décrets et déclarations qui ont suivi son investiture nous incitent à dresser un premier bilan. Près de 3 mois après son accès au pouvoir, les points saillants de sa politique se dessinent : militarisation, ouverture néolibérale et fermeture du dialogue entre la société civile et le gouvernement.

Sur ce dernier point, les premières semaines de mandat de Jair Bolsonaro ont été marquées par un certain nombre d’attaques en direction des populations historiquement exclues par les pouvoirs publics. La mesure provisoire 870/2019, actée par décret présidentiel, a été un coup magistral. En rendant effective la restructuration ministérielle, plusieurs entités publiques en charge de programmes inclusifs ou redistributifs sont supprimés. Elle attribue également au Secrétariat du Gouvernement le devoir de « superviser, coordonner et accompagner les activités et les actions des organismes internationaux et les ONG sur le territoire national ». Elle n’épargne donc personne : communautés autochtones, noires, activistes féministes, communautés LGBTI… Soit l’ensemble de la société civile !

Plusieurs ministères à vocation sociale et inclusive, tels que ceux de la Culture, de la Ville ou encore de l’Intégration Raciale, ont été supprimés, tandis que d’autres ont été fusionnés. Le transfert de compétences du ministère du Travail au ministère de l’Économie a notamment provoqué quelques remous dans l’opinion publique. La Fédération Nationale des Avocats a ainsi saisi le Tribunal Fédéral Suprême, l’équivalent du Conseil Constitutionnel en France, pour dénoncer le conflit d’intérêt que cette absorption engendre.

Une restructuration de l’État et le retour à un « consensus autoritaire » en recul sur la garantie des droits fondamentaux

Les droits des travailleur.ses ne sont pas les seuls à avoir été mis à mal par la restructuration ministérielle. Les questions de genre et d’identité sexuelle ont été traitées par la simple suppression des institutions représentant leurs intérêts. Le secrétariat des Politiques pour les Femmes a été absorbé par le ministère des Droits de l’Homme, tout comme l’organisme d’État en charge des politiques publiques pour la communauté LGBTQI+. Autre fait marquant, la suppression de plusieurs conseils de politiques publiques, comme le Conseil national de sécurité alimentaire et nutritionnelle, organe qui coordonne l’attribution de l’aide sociale de la Bolsa Familia.

La réponse de la société civile organisée ne s’est pas faite attendre. Réactions, communiqués, plaintes, requêtes auprès d’instances juridiques et lettres ouvertes se sont ainsi multipliés. 50 organisations non gouvernementales brésiliennes ont publié une lettre ouverte pour s’opposer à l’émission du décret. Le point II de l’article 5 de la mesure provisoire 870/2019 place les organisations internationales et les organisations non gouvernementales sous la tutelle du Cabinet de la présidence, avec à sa tête un général de l’armée, Carlos Alberto dos Santos Cruz (…)

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